LA CHAINE ET LE RÉSEAU

La chaîne un jour dit au réseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la conjoncture
Une élection pour vous est un lourd fardeau
Le moindre fake qui d’aventure
Se glisse, même pataud,
Fait tourner toutes les têtes :
Cependant que mon écran, à la stase pareil,
Non content de suspendre les esprits en éveil
Les laisse plats comme une carpette.
Tout vous est tourbillon, tout m’est soupir
Encor si vous naissiez à l’abri des commérages
Vous n’auriez pas tant à médire :
Loin de tout ce qu’on propage.
Mais vous naissez le plus souvent
De ouï-dire et de stupides cancans.
La méthode envers vous me semble bien injuste.

Votre compassion, alors que vous vous tapez l’incruste,
N’est pas sincère ! Quittez ce raccourci.
La rumeur m’est moins qu’à vous redoutable
Je tisse, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre ces bruits épouvantables
Résisté à tous les assauts
Mais attendons la fin. » Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt une furie
Le plus terrible des enfants
Que la maison eût abrités jusque là et pour longtemps.
D’un geste las, la chaîne éteignit,
Saisit la tablette sans effort
Et fait si bien qu’il chemine
Sur celui dont la lumière bleu fascine
Et dont les racines n’ont ni fond ni bord.

©Emilie BERD 05/05/17 avec l’aimable collaboration de Jean de La Fontaine 😀

Voici l’original

LE CHÊNE ET LE ROSEAU

Le Chêne un jour dit au Roseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.

Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. « Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts.

Jean de La Fontaine

LA VALSE DES VOLETS

Le matin, les bras ouverts,
Grand comme la Terre entière,
Pour inviter la lumière
A respirer au travers
Des vitres froides en verre,
Des briques, de la peinture
Qui s’écaille sur les murs,
Gorgés de la pluie d’hiver.

Un vie-à-vie plein d’amour,
Visa sans réserve ni frais:
« Venez donc, mais si entrez ! »
A tous les rayons du jour.
Et ils virent au quart de tour
Alors que la vue se noircit…
Ils découvrent les jalousies
Grincent de leurs destins lourds…

Car le soir, les yeux bien clos,
Délivrés de ce va-et-vient,
Rabattus, et libres de rien,
Ils évaluent leur fardeau.
Ils attendent, verrouillés,
La veilleuse vacillante
Et son ombre effrayante
Qui chante un peu puis se tait.

Tous, des fermes aux écoles,
Si le vent les faisait claquer,
A débloquer gonds et crochets
Et à entamer leur envol.
Ne plus entendre condamnés,
Le silence de la demeure,
Le son d’une maison qui meurt,
La maison aux volets fermés.

©Emilie BERD 03/05/2017

PROFESSION DE FOI

Voici ma participation au jeudi poésie tout en vert chez Asphodèle.

PROFESSION DE FOI

« Je saurais tracer vos voies
Si vous m’accordiez les vôtres.
Non, n’ayez pas peur de moi !
Je suis un Homme comme un autre !

Vous n’aurez plus jamais froid
Ici même j’en fais serment !
En fer, je signe la croix.
Que l’on me brûle, si je mens !

Oui ! Je tairais vos blessures
Vos terreurs et la faillite.
Et la Terre qui sature,
Tout à coup bien trop petite !

Pourtant j’élèverais des murs
Sur les larmes et les cailloux.
Passez-moi vite mon armure!
Je me dresserai devant vous !

Vous deviendrez mes épées,
Puisqu’il faudra faire la guerre.
Je s’rai maître des armées.
Vous! Vous en serez la chair !

Mais si! C’est la vérité !
Les loups hurlent à la ronde !
Et j’arriverai à vous sauver
De la fin de votre monde !« 

©Emilie BERD 12 avril 2017

Cinq ans bout à bout


Bouture d’argent,
Graine de trésor,
Fleur du vent…

Bourgeon urgent,
Boite à ressorts,
Tapis volant…

Boule de pluie,
Qui perle souvent,
S’écoule et puis
Boude d’ennui
Juste le temps…
Le chagrin fuit.

Boucles de toiles
opales et de l’or
jusqu’à la moelle.

Bouille qui dévoile
lorsqu’elle s’endort
ses airs d’étoile.

Boue salissant
habits et peau,
un jeu d’enfant…
Rires éclatants
m’ont mise K.O.
à bout portant.

©Emilie BERD 10/04/2017

MARS, LE MOIS DES FOUS

Ce mois-ci, c’est Monesille qui héberge l’Agenda Ironique et nous propose comme thème les fous :

« Les fous, bouffons et autres amuseurs public, les fous-rires, l’espoir fou, enfin quoi Mars sera le mois des fous ! Qu’est qui pourrait bien vous rendre fous ? De moi je sais déjà, hum, hum, mais d’écriture ? »

Voici donc ma folle participation à ce mois des fous :

MARS, LE MOIS DES FOUS

« Le sujet de l’Agenda Ironique de ce mois était donc « Mars, le mois des fous ». J’avoue avoir été très déçu, dans l’ensemble, par vos copies.

Nombre d’entre vous n’ont pu s’empêcher de faire quatre feuilles complètes sur des connaissances qui de leur famille, qui de leurs amis, étaient nées au mois de mars ! Il ne s’agissait pas de recopier une page de votre journal intime ou de débuter un livre de doléances. Ce n’était pas le sujet ! Ce que je vous demandais, et je croyais avoir été clair, c’était de vous attarder sur les caractéristiques du mois de mars, et partant, sur les raisons qui lui donnent une telle réputation.

Je vais donc à tous vous demander de le refaire et sérieusement, cette fois, s’il vous plaît ! Pour vous aider, et pour m’éviter une nouvelle migraine à la correction, je vais vous donner quelques pistes de réflexion :

Commençons par le commencement, le mois de mars est le troisième mois de l’année. Il arrive donc juste après celui… de février. Jusque là, je pense que vous me suivez, pour le moins je vous le souhaite…Le mois de février donc qui, on peut le dire sans crainte, est loin d’être foufou…Froid, court…Bref, on ne se le cachera pas : on aurait bien pu mettre avril ou (soyons fous puisque c’est le thème) juillet après le mois de février, il nous aurait paru tout aussi déjanté que le mois de mars, qui (soit dit en passant) est tout de même beaucoup moins givré que son prédécesseur !

Prédécesseur (février pour rappel) qui de désœuvrement nous a gavés de crêpes et de gaufres, amèrement regrettées aussitôt après, c’est-à-dire au moment d’ôter la doudoune pour le petit gilet cintré, car le mois de mars est aussi le mois du…printemps !

Et qui dit printemps, dit…saison des amours ; Les plantes s’épanouissent, les abeilles butinent , les jupes fleurissent et s’envolent à la brise légère du matin… ou de l’après-midi…ou du soir même, car vous n’êtes pas sans savoir que mars est un mois de caractère, avec une météo venue pour ainsi dire d’une autre planète que l’on nomme poétiquement « giboulées »…Il lui les faut tous : orage, tempête, grêle et compagnie, avec du soleil aussi, un grand fou, je vous dis ! Car si en avril, il ne faut pas se découvrir d’un fil, en mars, pas d’apéro sur la terrasse !

Alors après, en conclusion, que fait-on ?… On ouvre le sujet. Par exemple Mars, mois des fous : Fiction ou Réalité ? C’est là où il faudra vous positionner ! Faites preuve de courage. N’hésitez pas à soulever des lièvres !

En revanche et ce sera mon dernier conseil, pour votre réflexion, ne vous bornez pas au mois de mars que vous êtes en train d’expérimenter. En effet, et j’aurais dû commencer par là, mars cette année a une spécificité un peu farfelue…une french touch. Sa fin habituellement fixée au 31 aura lieu en 2017 le 7 mai. Donc puisez dans votre mémoire ! J’attends vos copies le vendredi 24 mars au plus tard ! »

©Emilie Berd 24/03/2017

 

MON RÊVE

Je t’ai rencontré dans cette heure de miel tendre à laquelle l’aube tend la main pour inviter le teint à s’allumer. Tu sais, lorsque l’esprit tente de se noyer dans les remous amoureux de l’ombre… Je te vois dans ces moments de luttes inégales : incandescent.

Mon corps reste immobile dans l’espoir fou de plonger, de se prolonger dans le mystère de ses propres méandres et de s’y perdre enfin, car là c’est déjà si loin que ni la soif ni la faim ne parviennent à s’y rendre. Et tu es là, jusqu’à ce que le réveil, cruel, pointe au matin et que s’enchaînent les temps gris et moites, à l’odeur sombre du chagrin.

Je te vois encore dans l’instant brunissant où les yeux frissonnent de sommeil derrière les paupières bleuies par leur tâche régulière. Tu sais, lorsque tu apprends à marcher à l’amorce de mes nuits… A la seconde où tu tâtonnes, où tu prends appui…Juste avant que tu ne t’élèves et prennes l’horizon tout entière.

S’échappant et filant sans fin, tes brumes se posent sur ma bouche. Elles répandent leur beauté d’épouvante, évanescente et absolue. Il n’y a plus d’hiver, plus de vent…Rien ne bruit. La chaleur sur ma peau respire sous ton hâle de printemps qui m’enveloppe. Et même si tu sais à quel point je suis morte, tu me transportes et me soulèves, mon Rêve.

©Emilie BERD 17/03/2017

MOTS D’AMOUR pour le jeudi poésie en vert d’Asphodèle

MOTS D’AMOUR

A l’ancre dans leur bleu acier,
Aux silhouettes rondes chaloupées,
Illustrant par leur port altier,
L’entre-deux lignes menues imprimées,
Les mots lient en secret les aveux sacrés
et les serments.

A l’allure des sons enlacés,
Ils déferlent dans un élan infernal,
déchainent leur flot des agrès,
Enflent et roulent jusqu’au point final.
Les mots râlent encore de naître d’un corps
non du firmament.

Amoureux est l’esprit qui part
Court, sans souci des accords en nombre
En tout genre, oubliant règles et art,
Pour passer de la lumière à l’ombre.
Les mots se font fougueux à l’idée que fous d’eux,
s’aiment les amants.

A couvert, sous la plume nue,
Neutres et souvent trahis dans la bataille,
Ils aident les cœurs lâches ou déçus
Et prennent soin de ceux qui déraillent.
Les mots sont à l’âme ce que sont les larmes
au tourment.

©Emilie Berd 7 mars 2017