LES ENFANTS QUI S’AIMENT de JACQUES PREVERT

Les amants MAGRITTE Source : Wikipédia

Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne
Et c’est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage leur mépris leurs rires et leur envie
Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour.

Jacques Prévert in Spectacles avec lequel je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwénaëlle.

Le dernier poème de Robert DESNOS

Lumière et couleur de Turner

J’ai rêvé tellement fort de toi,
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre
Qu’il ne me reste plus rien de toi.
Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres,
D’être cent fois plus ombre que l’ombre,
D’être l’ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.

Robert DESNOS avec lequel je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwénaëlle.

SENSATION de Arthur RIMBAUD

Champ de blé aux corbeaux Van Gogh Source : Wikipédia

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

Arthur RIMBAUD in Poésies avec lequel je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwénaëlle.

Solitude au grand coeur de Jules SUPERVIELLE

Le pécheur au grand coeur-Johanna Sierko-Filipowska Sources : Pinterest

Solitude au grand coeur encombré par les glaces,
Comment me pourrais-tu donner cette chaleur
Qui te manque et dont le regret nous embarrasse
Et vient nous faire peur?

Va-t’en, nous ne saurions rien faire l’un de l’autre,
Nous pourrions tout au plus échanger nos glaçons
Et rester un moment à les regarder fondre
Sous la sombre chaleur qui consume nos fronts.

Jules Supervielle in Le Forçat innocent avec lequel je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwénaëlle.

 

Avant de souffler toutes les bougies du monde de Dominique SAMPIERO

À chaque oiseau, un arbre
À chaque désert, une eau claire
À chaque flocon de neige, une forêt

À chaque homme debout sur terre
une maison, des chaussures et du travail

À toutes les mères
la paix dans le monde

À la planète
du soleil, du vent
des étoiles en pagaille
et des banquises immenses
pour les fesses des pingouins

Pour toi, je ne sais pas
de l’amour par exemple
et des yeux pleins de poèmes
qui viendront courir sur tes lèvres

C’est le rêve
m’a murmuré le Ciel
que fait chaque jour
le coeur de l’enfant qui va naître

Poème de Dominique SAMPIERO issu du recueil de poèmes pour enfant JE RÊVE LE MONDE, ASSIS SUR UN VIEUX CROCODILE aux Editions RUE DU MONDE avec lequel que je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwenaëlle  à l’occasion du Printemps des Poètes.

Take me to the beach…

Source : Pinterest

SABLES MOUVANTS

Démons et merveilles
vents et marées
au loin déjà la mer s’est retirée
et toi
comme une algue doucement caressée par le vent
dans les sables du lit tu remues en rêvant
Démons et merveilles
vents et marées
au loin déjà la mer s’est retirée
mais dans tes yeux entrouverts
deux petites vagues sont restées
Démons et merveilles
vents et marées
deux petites vagues pour me noyer.

Poème de Jacques Prévert issu du recueil Paroles avec lequel que je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwenaëlle  à l’occasion du Printemps des Poètes.

L’AMOUREUSE de Paul ELUARD

 

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Poème de Paul Eluard issu du recueil Capitale de la Douleur avec lequel que je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwenaëlle  à l’occasion du Printemps des Poètes.

En retard et sans illustration…

Psyché de Pierre LOUŸS

 

Psyché ranimée par le baiser de l’Amour CANOVA Source:Wikipédia

 

Psyché, ma sœur, écoute immobile, et frissonne…
Le bonheur vient, nous touche et nous parle à genoux
Pressons nos mains. Sois grave. Écoute encor…Personne
N’est plus heureux ce soir, n’est plus divin que nous.

Une immense tendresse attire à travers l’ombre
Nos yeux presque fermés. Que reste-t-il encor
Du baiser qui s’apaise et du soupir qui sombre?
La vie a retourné notre sablier d’or.

C’est notre heure éternelle, éternellement grande,
L’heure qui va survivre à l’éphémère amour
Comme un voile embaumé de rose et de lavande
Conserve après cent ans la jeunesse d’un jour.

Plus tard, ô ma beauté, quand des nuits étrangères
Auront passé sur vous qui ne m’attendrez plus,
Quand d’autres, s’il se peut, amie aux mains légères,
Jaloux de mon prénom, toucheront vos pieds nus,

Rappelez-vous qu’un soir nous vécûmes ensemble
L’heure unique où les dieux accordent, un instant,
À la tête qui penche, à l’épaule qui tremble,
L’esprit pur de la vie en fuite avec le temps.

Rappelez-vous qu’un soir, couchés sur notre couche,
En caressant nos doigts frémissants de s’unir,
Nous avons échangé de la bouche à la bouche
La perle impérissable où dort le Souvenir.

Poème de Pierre Louÿs issu du recueil Poésies avec lequel que je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwenaëlle  à l’occasion du Printemps des Poètes.

Aujourd’hui, je recycle un de mes petits poèmes en prose

 

RENDEZ-VOUS

Le long des chemins, l’ange avançait. Il avança ainsi durant des mois, des années peut-être…Revenant sans hésitation à son point de départ, lorsqu’il s’était égaré…Sans relâche et jusqu’au bout, jusqu’à ce jour où la terre attendue lui tendit les bras.

Les repères que sa mémoire comptait étaient là : le vieil arbre du pendu qui dégageait une odeur de pluie en secouant ses branches, la rivière sombre qui défilait sans bruit le long de blocs de pierre mousseux et le ciel pourpre, dont il pouvait admirer le pouls tressauter en éclats électriques.
C’était la première fois, depuis le début de son voyage, qu’au-delà des monts s’étalait un ciel d’une telle couleur. Ce n’était pas un mirage causé par son épuisement, ce n’était pas un rêve puisqu’il ne dormait pas, c’était le sang des empereurs versé dans la plaine qui remontait pour inonder le firmament.
Cette lumière pauvre laissait échapper du sol des ombres tristes qui ressemblaient à la mort. L’herbe désolée se couchait dans leurs larmes…Il était au bon endroit.

Il s’assit sur le bord de la route, relevant ses grandes ailes pour ne pas les salir. Il ouvrit son sac en bandoulière, prit sa gourde en cuir et bu quelques gorgées. Son expédition n’était pas terminée. A présent, il lui fallait attendre. La patience était l’une de ses plus grandes qualités…Il avait été choisi pour cela. Il savait se battre évidemment, mais du monde où il venait ce n’était pas une exception… « Un signe apparaîtra devant toi », lui avait-on appris…Il fixait l’horizon pour ne pas rater la brèche. Il était prévu que s’ouvre une porte, un passage en quelque sorte. Il ne savait pas vraiment où. Il ne savait surtout pas quand. Il savait que le pont qui lui donnerait accès à la Terre se révèlerait ici. Il avait une mission importante à y effectuer…Cette ouverture n’apparaissait que tous les deux mille ans, à peu près…Il ne fallait pas la laisser passer !

Les heures passaient comme l’eau qui coulait à ses pieds, lente, en silence… Il remarqua des mouvements réguliers qui ondulaient à la surface. Il n’était pas rare, dans ces contrées de rencontrer des créatures étranges. Elles n’étaient jamais hostiles. Il observait ce manège, curieux et amusé. Parfois, il entendait de petits clapotis, et des bulles d’air qui éclataient, en rire groupé, dans des notes de musique. Parfois, il sentait sur sa peau le frisson délicat d’une douce berceuse, celui qui glisse amoureusement quand l’éveil se rend au sommeil mais que l’œil implore quelques secondes encore… Une fois, il s’approcha de la rive.

Il vit son propre reflet, et juste après, il vit le visage d’une jeune fille qui lui souriait…Ses yeux d’un bleu-argent contrastaient avec l’eau noire. De ses hanches, tombaient deux courbes en écailles émeraude qui s’achevaient en nageoire. Il voyait dans son regard le tout et le rien, le commencement et la fin. Les dents blanches de la sirène mordaient dans l’esprit de l’ange, une morsure que seule sa bouche humide aurait su goûter. Elle était belle.

Dans une éclaircie magique, le jour se fit. La beauté découverte façonnait tout à l’entour. De l’apocalypse, l’environnement devint merveille. Le soleil en paillettes flottait autour d’eux. La vie se réveillait, l’oiseau au ciel, l’agneau sur la terre et, sur l’eau, dansaient un cygne et quelques canards. Il était heureux.

Quand le ciel s’ouvrit hurlant par orages la douleur de sa plaie béante, l’ange ne bougea pas. Quand le pont s’offrit comme la récompense de ses efforts, comme l’espérance à tire d’ailes, l’ange le désavoua. Il ne pouvait quitter cette vision d’amour qui s’étendait, cette promesse de passion qui l’attendait. Et alors que le ciel pansait sa blessure, alors que le pont s’effaçait, la sirène lui prit la main et lui murmura : « Allez, viens…en attendant le prochain… »

©Emilie BERD 13 mai 2016

 

Avec lequel que je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwenaëlle Péron à l’occasion du Printemps des Poètes. C’est mercredi, et c’est la meilleure idée que j’ai trouvée pour participer avant midi, malgré tout… Promis demain je mettrai un vrai poète !