DECEMBRE

 

Dans trois jours, trois tout petits jours (francs ! Je précise pour les puristes), nous sommes le 1er décembre. Et j’avoue qu’à cette idée, je sautille comme une puce !
Parce que, allez savoir pourquoi, j’adore le mois de décembre… Si je me laissais aller, je pourrais dire haut et fort que c’est le mois de l’année que je préfère…
J’entends déjà certains émettre des hypothèses ayant un rapport avec ma blondeur… Ceux-ci, je m’empresse de les rassurer ! J’ai, avec le temps, de plus en plus de doutes sur l’existence du Père Noël, même si, je dois bien le reconnaître, je l’attends toujours…
J’ai essayé de comprendre pourquoi décembre me plaisait tant. De prime abord, ce n’est pas le plus fou… Les jours rapetissent, la lumière va faire un tour… La température baisse…On finit ruiné…
Et, soudain, m’est apparue cette évidence : Décembre est le mois de la métamorphose !

Tenez, les enfants, par exemple… On ne les reconnait plus (Enfin, je parle des miens…C’est vrai que j’ai tendance à généraliser à partir de mon seul échantillon. Personnellement, je les trouve pas mal, pour autant je ne suis pas certaine que, et ce en raison de leur nombre, ils soient vraiment représentatifs…)

Mes enfants, donc, je ne les reconnais plus ! D’écoliers paresseux, ils passent à écrivains compulsifs… Alors que, d’habitude, il faut suer sang et eau pour leur faire écrire une ligne, là, Ô miracle… Aucun cri, aucun conflit : il faut bien envoyer la fameuse liste au Père Noël, cette prière à l’esprit si peu sain de la consommation…
Combien de pages noircies avec tant de dévotion jonchant le sol (Je ne suis pas une fée du logis, et je m’en explique ici), éparpillées sur la table à manger alignant des vœux à en perdre la tête (et, en même temps, l’oreille de son banquier) ? Pourquoi après l’école, ces petites mains laborieuses, ces cerveaux si inspirés ne daignent pas jeter un œil sur leurs cahiers de devoirs ?

J’exagère… Parce qu’en décembre, je l’admets, les enfants font leurs devoirs : ils obéissent… Au son d’une phrase unique, discréditant toute autorité et, c’est un paradoxe, malgré tout efficace…
Que l’enfant croie que les objets de ces désirs sont fabriqués par des petits lutins verts et rouges, ou qu’il soit au courant des circonstances bien plus sombres de leur fabrication, il y a la formule magique : « Le Père Noël te regarde… Et si, tu (au choix : ne finis pas ton repas, ne range pas ta chambre, ne pose pas cette tablette, ne baisse pas ce couteau, etc…) ne m’écoutes pas, tu n’auras pas de cadeau… »
Et là, en général, l’enfant s’exécute…C’est génial… (Enfin, si je mets de côté Mambo 3 qui noie sa soupe dans ses larmes de peur que le Père Fouettard ne vienne la voir… Soit dit en passant, elle termine son assiette !)

Pour la télé, c’est du pareil au même… Sans menace…
Les mambos, je ne vous le cacherai pas plus longtemps, sont accros à l’écran… « Attends, mais Maman, si tu me prives d’écran, mais je suis au bout de ma vie ! » (« Au bout d’ma vie », belle expression ! Elle existe aussi sous la forme « Au bout d’ma life ». Elle a remplacé le mot « ultime » que mon fils utilisait en ponctuation… De sorte qu’à la fin, tout était « ultime ». Désormais, l’expression consacrée pour l’émotion suprême, c’est « au bout d’ma vie », ça marche pour la joie, la honte, le chagrin, l’excitation… « The » type d’expression qui t’appauvrit le vocabulaire en quatre mots, genre… Je m’égare…)
En décembre, mes enfants refusent d’allumer la télé… Trop de pub ! Leur série préférée qui durait 25 minutes, fait maintenant plus d’une heure à cause des coupures… Ils n’en peuvent plus… Trop fatigant pour eux…
Alors, c’est sûr que même si je suis en train de bouquiner tranquillement, les paupières lourdes, pas très loin de la sieste, lorsque j’entends Mambo 2 se plaindre et Mambo 3 chanter pour la énième fois un slogan (à filer des sueurs froides), je me lève. Je les autorise à éteindre la télé… Je cherche le CD de chants de Noël et je commence le gavage…
Ce n’est pas grave… En fait, c’est merveilleux : les enfants deviennent raisonnables, et ce par la force des choses…ou plutôt des virus… Les premiers frimas arrivent… les premiers rhumes, les gros, se pointent, anéantissant la moindre velléité de turbulences chez les moins de 15 ans et faisant de ma carte vitale une vraie carte de fidélité. (L’année dernière, j’ai même pensé à inviter ma pharmacienne au repas de Noël. Je la voyais tous les jours, ça crée des liens.)

Le repas du 25 : l’objectif (ultime) de Décembre qui porte en lui quelque chose de fabuleux : on a le droit d’être gourmand.
Les bonnes résolutions, prises en janvier (logiquement), durement tenues (sauf pendant les vacances parce que hé, ho, hein !) se muent en une sorte de résignation, en une série de « A quoi bon… ».
« A quoi bon » faire du sport… « A quoi bon » faire attention… « Avec les agapes qui nous attendent ! » Après tout, exit les maillots de bain deux-pièces et les mini-jupes ! On est juste au début du port obligatoire de la doudoune bien rembourrée… « On a toute l’année, non ?! »

Et je vais vous faire une confidence…Ce que j’adore par-dessus tout, ce sont les dimanches ! Le reste de l’année, ces jours-là, je les passe à la recherche d’une corde pour me pendre… Tout est fermé… Tout est triste… Sans vie… Comme un mois d’août…
En décembre, les dimanches n’existent plus! Ils se sont tous changés en samedis. Les rues sont illuminées, les vitrines des magasins splendides. Tout ça, d’un coup de baguette marchande…

En décembre, tout se transforme !

Plus rien n’est comme en novembre et ne sera comme en janvier. La mandarine a l’odeur de Noël et en devient un souvenir nostalgique, un peu ce que la madeleine est à Proust ou ce que le mojito est à Cuba…
Mais surtout, en décembre, il y a parfois de la neige… Un peu, beaucoup, passionnément…Toujours assez pour que les adultes redeviennent des enfants…

©Emilie BERD 27 novembre 2017

 

LE FANTÔME

On raconte, dans le village, qu’il cherche quelque chose. Certains parlent d’un trésor égaré, d’autres sont sûrs qu’il voudrait retrouver son âme. Il se chuchote enfin, dans des cercles restreints, qu’en route pour le fond de la vallée, il laissa, un jour, tomber son amour…
Celui qu’il avait cueilli un soir de fin d’été à la cime de ce mont. Par hasard, ces yeux s’étaient arrêtés sur ce qui lui avait d’emblée semblé comme une merveille, offerte, à lui seul, posée sur une couche de lichen : un morceau d’étoile… Un petit bout… De rien du tout… Pas plus gros qu’une brindille…
Lorsqu’il la prit, cette étincelle, il devint fou d’elle. Il oublia de manger et en perdit le sommeil… Il ne la quittait pas, ne la lâchait pas ! Il la tenait dans son poing, bien serré… Il n’osait la mettre dans sa poche de crainte qu’elle ne cesse de briller. Il ne voulait la mettre dans une boîte de peur d’en être séparé… S’il la gardait ainsi, elle serait à l’abri, pensait-il.

Un matin, en descendant, il se rendit compte qu’elle n’était plus dans sa main… Il fit le trajet, une fois, dix fois, mille fois… Depuis le temps, il aurait dû être mort. Personne n’a jamais retrouvé son corps.

Car on peut voir toutes les nuits déambuler la lumière blanche qui le précède, ce halo qui l’accompagne et éclaire les sentiers sur lesquels il effectue sa ronde.

Cela commence toujours ainsi, lorsque le jour s’est endormi. Un souffle impérissable se murmure entre les rochers de la montagne. La mémoire du massif s’éveille, s’étire et frissonne sous la caresse de cette si discrète douceur.
La terre en tremble un peu. L’humidité se dépose à sa surface, rentre en elle pour s’assoupir, au chaud contre ses miettes de châtaignes et de charbon. Quelques bras de brume venus bercer la buée fuient sans bruit pour laisser place au sortilège.

Il approche…

Le silence s’agite dans les branches des arbres, se blottit et se cache, alors que les ténèbres haletantes, attendent sa venue.

Il est là.

Là-haut, tout en haut, où la roche et les nuages s’aiment en secret, là où le ciel se prend au sommet et s’y menotte, un point lumineux se dessine et descend en dodelinant. Cette lueur qui annonce qu’il marche le long du chemin, torturé…

Il s’évapore puis se ramasse. Il coule des hauteurs, glisse, effrayante rivière, lente mais déterminée. La tête baissée, il scrute le sol.

On l’entend, il l’appelle et fulmine. Sa rage résonne en tonnerre et dérange ce silence étrange qui angoisse la mort même.
Sa plainte s’étend jusqu’à la plaine, dans le souffle devenu vent, et terrorise les enfants qui, malgré l’avertissement de leurs parents, ne rêvent pas encore…
Tous les pores de sa peau pleurent des gouttes d’argent qui vernissent les herbes couchées et chatouillent les pierres brisées.
Il cherchera… jusqu’à ce que le soleil revienne… Et il sait déjà qu’il sera là… Demain soir, ou plus tard…

Un écrin blanc et rose s’émousse dans le ciel ouvrant les portes du ciel au jour. Il remonte la pente, espérant que bientôt l’obscurité gagnera et que là, dans l’ombre, il verra enfin briller son brin d’astre qu’il a laissé échapper…

On raconte, dans le village, qu’il cherche quelque chose. Certains parlent de plusieurs diamants, d’autres disent qu’il a perdu la tête… Si, une seule fois, il la relevait, il verrait que c’est son bout d’étoile qu’il suit, chaque nuit.

©Emilie BERD 17/07/17

 

 

MUE

 

Déjà, la toile se tisse
Et les étoiles s’étirent,
Une par une.
Quand, sous sa peau, respire
L’ambre des épices
Aux odeurs brunes.
Trop de démence satine
Le soufre qu’il expire
Qu’il expulse.
La souffrance se dessine
Aux silences qu’il soupire.
Il convulse.

L’heure de la pénitence.
C’est la danse qui commence,
Et s’éternise…
Au diable les apparences !
C’est juste une évidence
Qui se déguise…

Déjà le soir s’esquisse
Et les ombres conspirent
Avec la brume.
Lorsque sa peau aspire
Le mystère qui s’immisce
Et s’allume.
La créature devine
Que l’ange, lent, se glisse
Sous sa fourrure.
Et le démon s’incline
Soumet ses cicatrices
Aux sutures.

C’est l’heure de la naissance.
La splendeur qui s’avance
Et se dépose…
Docile et sans défense,
Il subit son intense
Métamorphose.

©Emilie BERD 5 juillet 2017

 

 

EDEN

Il y avait de l’or, fin et froid,
qui tombait, seulement par endroit,
en toutes petites gouttes.
De la poussière d’étoile sans doute
Ou des larmes de lune en déroute…
Juste le mystère qui te touche.

Il y avait du miel sur ta peau,
Des pommes et des abricots,
Quelle que soit la saison.
Les voix des anges et des démons
S’embrasaient à l’horizon
Puis coulaient par ta bouche…

Il y avait dans l’air du temps
le parfum d’un ou deux serments
Et d’éternelles promesses…
Ni remords ni tristesse,
Aucun poignard qui ne blesse,
Le corps comme unique armure…

Il n’y avait pour seule lumière,
Que l’éclat de mes prières,
Dans tes longs silences…
Et ce serpent dont la danse
Libère encore en cadence,
Le poison dans sa morsure…

Il y a eu cet orage si fort
Qui grondait comme une mise à mort,
L’annonce d’une vie maudite…
L’espérance alors interdite,
Souffrir cette douleur inédite,
Pour un fruit soit-disant défendu…

Il y avait des chants si doux
Que l’on aurait pu vivre à genoux,
D’eau fraiche et d’amour…
Les grilles fermées à double tour,
Il n’y aura aucun retour,
Dans ce paradis perdu…

©Emilie BERD 26/06/17

En pause (ou en panne)!

Celles et ceux (:D) qui me lisent auront remarqué (ou pas) que depuis quelques temps, je laisse mes petits cahiers en friche… Le caractère hautement confidentiel de mon blog me permet d’habitude d’éviter les annonces « En pause ». Le blog a son propre rythme, sa discipline irrégulière au gré de mon inspiration et de la lutte perpétuelle contre mon penchant à la procrastination (parce que si la procrastination était à l’écrivain ce que l’inspiration est à sa plume, je peux vous dire que Stephen King n’aurait qu’à bien se tenir!).

Donc, en pause pour les vacances ou en panne d’imagination, jusqu’à présent, cela m’importait peu… Mais, en ce moment, le blog vivote…Et c’est moins ma fréquence de post que ma difficulté à vous lire qui me gêne…

Il y a trois mois, j’ai décidé de participer à un concours de nouvelles dont l’échéance était le 15 mai…Et l’échéance dépassée, j’étais seule devant cette date à analyser les jours passés pour comprendre ce qui m’avait empêché de participer…

Il y a deux mois, j’ai décidé de participer à un concours de poésie dont l’échéance était le 31 mai…Et l’échéance dépassée , je suis seule devant cette date à me demander ce qui s’est passé (D’autant que les concours de poésie ont moins d’exigence en matière d’originalité que les concours de nouvelles…Du genre, j’avais qu’à prendre deux heures pour piocher dans la rubrique « poésie » du blog et envoyer l’heureux élu… Mais non, c’était certainement trop dur pour moi…)

Il y a peu (un mois déjà) j’ai décidé de participer à un concours d’écriture dont l’échéance est le 14 juin (La Nouvelle George Sand).

Évidemment, lorsque les idées me viennent, je pense, naïve et blonde que je suis, pouvoir mener tout de front, c’est-à-dire étendre mon linge et établir le plan de ma nouvelle, laver le sol tout en écrivant un petit poème, et travailler mon inspiration tout en passant la chevelure de Mambo 3 au peigne fin (Là, pour le coup, c’était une fausse alerte ! Mais bon, les poux me prenant facilement la tête, je n’ai pas pu résister à évoquer ici cet épisode !). Et le résultat est troublant de vacuité… Parce que, et vous le savez tous, les contours ne suffisent pas à dessiner des histoires…

Aujourd’hui je sais que si je ne m’y mets pas franchement (au moins juste un peu pour semblant), cela sera ma énième participation imaginaire à un concours bien réel.

Ainsi, pour essayer d’envoyer un texte (corrigé et surtout correct) à l’échéance, et aussi pour le plaisir de citer mon ami Mind The Gap, « le bar est fermé » jusqu’au lundi 19 juin. Je vous tiendrai au courant…Enfin, pas d’affolement, à ce jour aucun des textes que j’ai adressés à un  concours quel qu’il soit n’a été retenu. Et de celui-là je n’attends guère plus… Pour autant, si en envoyant un texte, la chance qu’il soit retenu est proche de 0%, elle l’atteint sûrement et strictement si je n’en envoie aucun! C’est donc sur cette pensée du jour que je vous abandonne jusqu’au 19 juin 😀

Bisous à tous

Emilie

Quand le silence fait plus de bruit
Qu’une explosion ou que des cris…
Quand l’espoir trop pâle ne luit
Qu’à la faveur d’un cierge bien gris…
Quand le corps a perdu l’esprit,
Que la honte fige les atomes,
Quand la haine devient sans-abri,
Les entends-tu les fantômes?

Quand, seule, la douleur survit
Au milieu du sang et du verre,
Quand la déchirure grandit,
Qu’elle en étrangle la colère,
Quand les mots ont déguerpi
Devant la cruelle vendange,
Quand l’amour même en vomit
Dis-moi, entends-tu les anges?

(c) Emilie BERD 23/05/2017