Les Plumes d’Asphodèle n°52

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Les mots imposés sont les suivants :Bleu, cauchemar, vertige, avion, tremblement, sursauter, vulnérable, coller, ventre, eau, téméraire, inspirer, méchante,  bouleverser.

Et nous devions insérer les trois titres de livres ci-dessous :

L’adieu aux lisières (de Guy Goffette)
L’étoile d’argent (Jeannette Walls) (roman)
La femme en vert (d’Arnaldur Indridaso,) (policier).

Voici ma participation aux 52èmes Plumes d’Asphodèle.

PEUR

Elle sentait son souffle si court enflammer ses poumons. Lorsqu’elle inspirait, des milliers de lames lacéraient son ventre. Depuis combien de temps courait-elle ? Elle ne le savait pas vraiment…mais cela faisait un moment déjà qu’elle avait fait l’adieu aux lisières du bois. Ses jambes allaient lâcher ! Et sa tête était prise de vertiges. Elle était obligée de s’arrêter. Elle savait que cela la rendait vulnérable, mais elle n’en pouvait plus !

Si on lui avait demandé ce qu’elle faisait là, dans cette forêt dense, elle aurait répondu qu’elle l’ignorait. Elle ne se connaissait pas si téméraire ! Et si on lui avait tendu une couverture, elle l’aurait prise sans hésitation. Celle de neige, qui ne la réchaufferait jamais, se répandait tout autour d’elle…Pourtant, aucun flocon ne tombait…Mais cela n’attira pas son attention.

Elle avait soif. Elle tira la langue pour goûter l’eau qui fuyait en énormes gouttes de son front. Sa chemise bleue lui collait à la poitrine.
La paume de sa main était douloureuse. Elle l’ouvrit et vit le sang perler en cinq points. L’étoile d’argent qu’elle serrait tant depuis le début de sa course l’avait joliment blessée !  Pourquoi la tenait-elle avec autant de détermination ? Elle ne s’en souciait guère car il lui semblait que sa vie en dépendait. Elle n’eut pas plus de temps pour s’attarder sur ses blessures, des aboiements la firent sursauter. Probablement, une horde de chasse avec chevaux, cavaliers armés jusqu’aux dents et tout le tremblement, mais elle ne devait pas céder à la panique! Qu’ils soient méchants ou non, elle n’avait jamais aimé les chiens, et ne souhaitait pas les rencontrer ! Elle devait repartir. Dans un effort incroyable, elle se releva et reprit sa cavale…

« –  Chérie, ça va ?
-Ou…Oui…J’ai fait un cauchemar terrible !
-Merci, je suis bien placé pour savoir ! Tu t’es mise à hurler « Par les anciens Dieux et les nouveaux, la femme en vert» !
– Et je t’ai réveillé ?
– Il y a peu de choses qui peuvent me tirer du sommeil à 4 heures du mat !!!
-Il faut que j’arrête de regarder GAME OF THRONES…
-Surtout si le lendemain, on doit partir en avion! »

©Emilie BERD 06/05/2016

434 mots tout compris

Les Plumes d’Asphodèle n°51

 

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Voici ma participation (enthousiaste) au 51ème Plumes d’Asphodèle!

Les mots imposés sont : Abeille, arabesque, ambre, arpenter, automobile, abricot, actif, azimuté, s’agenouiller, anamorphose, aimer, accroche-coeur, ajouter, affirmativement, approximatif, alléchant, ambiance, ahuri, agir, abreuver.

Et il fallait insérer dans le texte la petite phrase : « La soif ne la (le) (me)* quittait plus.  »

J’ai pris quelques libertés et je sens déjà le courroux de la Grand Prêtresse s’abattre sur moi! J’ai limité « Automobile » à « Auto » pour une raison de rythme et j’ai trafiqué « Affirmativement » car je ne savais vraiment pas où le mettre…Je sais que de grands fléaux vont s’abattre sur moi…

Ah, et pour la mise en page du dialogue (car il s’agit d’un dialogue), j’ai mis à mon insu des puces à la place des tirets (c’est WP qui l’a fait tout seul. Je suis blonde, ne l’oubliez pas!). Je présente immédiatement mes excuses aux puristes.

 

VERRE D’EAU (ou le Dialogue du Contenant et du Contenu)

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  •  » Parfois, on me prend du bout des doigts, puis l’on se signe et l’on s’agenouille,
  • Et le ciel t’annonce en faisant bondir une grenouille !
  • Parfois, je calme les brûlures, refroidit les réacteurs divers et les autos l’été.
  • Et tu affirmes, hâtive…mens sur tes propriétés, alors que tu es mienne ! A mes bords descendants, tu glisses. Sans défense, le défi est difficile, c’est clair ! Car tes gouttes éprises qui arpentent mes parois s’abîment dans mes reflets d’or, arabesques courtisanes de l’abricot et de l’ambre. Elles s’emmêlent, s’ajoutent et se dévorent en mon sein, s’abandonnent enfin en un seul chœur…
  • Que n’aurais-je préféré voyager plus haut, plus loin… et plus que tout muer en marée, en mer métallique, porter sur mon flan les navires combattants et les frêles esquifs, éteindre le soleil pour épouser l’horizon…A nous deux, nous aurions pu aimer la Terre, pour devenir l’espoir, fragile mais actif
  • Au mieux, tu ne seras qu’une flaque miniature au gré d’un geste approximatif…Est-ce tes larmes qui baignent mes côtes ? Je sens des saccades qui ressemblent au ressac…
  • Un simple hoquet…Je sais mon destin, et malgré les rumeurs alléchantes, ne me faisais point d’illusion…Sous l’emprise de mon cycle, mon périple s’est arrêté…Mais je sais qu’ensemble, nous changerons le monde!
  • Si les yeux nus se noient dans tes courbes sable et dans mes dunes limpides, loin des murs opaques, des aveugles entraves, le regard ahuri se voit offrir l’anamorphose
  • Tu es une miette d’océan que la Providence m’a apporté…
  • Alors, je ne comprends pas…Pourquoi agis-tu de la sorte ?
  • Au risque de casser l’ambiance, c’est bien moins par amour que par habitude…
  • Tu es donc sans pitié ?
  • Je me suis construit une carapace…parce que des accroche-cœurs, j’en ai rencontrés…qui ont fui aussi vite qu’ils n’étaient arrivés…qui m’ont laissé brisé… »

 

 

Le carré de coton nid d’abeille, socle blanc de son tribut, absorbait, dans son noir dessein, quelques précipitations agitées, azimutées par leur trop-plein d’imagination. Pourtant, tandis que la routine s’accomplissait, le verre se demandait… Pourquoi…Pourquoi malgré tout…après tant d’années à abreuver les hommes, à combler leur besoin viscéral de cet élixir vital, la soif ne le quittait plus…

 

©Emilie BERD 21/04/2016

 

Le texte fait 360 mots environ…

Les Plumes d’ASPHODELE n°50

Voici ma participation aux Plumes 50 d’Asphodèle.

Les mots à utiliser étaient les suivants :

Vedette-Fragiliser-Fortune-Film-Projecteur-Fumé-Paparazzi-Fanfreluche-Réputation-Prétention-Chanteur-Oublier-Local-Gros-Météorite-Etoile-Talent-Chaleur-Lumineux-Barricader-Moi-Diva

Je n’ai pas utiliser Météorite et Barricader.

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UN MIROIR SANS PRETENTION

Il était là, dans ce local sombre. Il n’y avait pour lumière que les fines raies du soleil qui coulaient entre les planches de bois de la cloison. De fines raies faufilant la liberté en lambeaux dans cet endroit sinistre. De fines raies dessinant effrontément, sur les cartons entassés, les barreaux d’une prison…
Il ne valait plus grand-chose, à présent…

Quelques semaines auparavant, il avait été acheté par un homme extravagant portant une cape noire et d’épais verres fumés.
Dès le premier regard, son propriétaire imagina qu’il valait une fortune. C’était pourtant un miroir sans prétention. Son cadre était simple et joli, même s’il avait été fragilisé pendant le transport par cette grosse brute ! A son nouveau domicile, le miroir sans prétention était suspendu au plafond d’une grande pièce lumineuse. Il avait pour compagnon des tables bancales, des boites de toutes les formes ! Dans le coin, un couple de lapin ! Près de la fenêtre, une volière très bruyante de colombes !
Des heures durant, des jours durant, le bonhomme restait avec eux ! Il avait des attitudes étranges…Il faisait de grands gestes, exerçait sa voix en articulant des onomatopées incompréhensibles, plongeait souvent ses longs bras dans une grande caisse d’où il sortait des rubans multicolores et d’autres fanfreluches…

Un soir, l’homme le décrocha, l’entoura plusieurs fois d’un film plastique, le couvrit avec une couverture fripée, et le chargea dans un petit fourgon. Le trajet fut long, mais le but était spectaculaire.
Une fois la couverture retirée, le miroir sans prétention se découvrit dans un théâtre ! Comme il était placé, il ne pouvait voir le sol. Il distinguait à peine les rideaux rouges sur les côtés…Au fond, les projecteurs crachaient leur chaleur blanche. Et en face, juste en face, comme les strapontins sur lesquels se hissait sa gloire à venir, comme les pavés de la route pour sa piste aux étoiles, les fauteuils, placides, accueillaient les spectateurs.

Ce premier soir, il comprit que son propriétaire était magicien. Il ne lui avait pas échappé que cet être fantasque était un artiste mais du fait des paroles énigmatiques qu’il psalmodiait, il l’avait pris pour un chanteur. Magicien, il était bien meilleur.
Le miroir sans prétention n’était pas fait pour jouer la vedette. Il était plutôt poli et discret. Et le talent de ce magicien n’était pas de ceux qui attiraient les paparazzi. Malgré cela, il avait toutefois pris la grosse tête et il se surprenait à faire sa diva.
Chaque soir, à la fin du spectacle, le magicien invitait les enfants à monter sur l’estrade…Les enfants étaient curieux de tout, la grosse boite, la petite table, les lapins, la colombe…Mais le miroir, lui, les intéressait peu et il s’en vexait beaucoup.

Le terrible accident survint lorsqu’un enfant jouant avec les accessoires renversa le miroir.
Pendant quelques secondes, le miroir refléta la moquette rouge et sale du sol. Et en quelques secondes, le destin brisé par une balle perdue, il fut balayé de la scène.

C’est pour cela que le magicien mit son cadre et ce qui tenait encore de la glace dans sa remise, à même la terre battue. Le miroir sans prétention ne valait plus grand-chose, et pourtant… Il ne pouvait oublier la phrase qu’il avait entendue alors qu’il tombait… « C’est pas moi ! »…

 
Ce n’était qu’un enfant. Ne pouvait-on déroger à la tradition ? Etait-ce une affaire de réputation ? De toute façon, ce n’était plus de son ressort.

 
Et alors qu’il acceptait son pauvre sort, enfermé dans sa prison de lumière, à réfléchir pour aider à passer les heures, les parents du briseur de rêve cherchaient désespérément un moyen de conjurer les sept ans de malheur.

 
©Emilie BERD 11 mars 2015

608 mots

Les Plumes d’Asphodèle n 49

Voici ma participation aux 49emes Plumes chez Asphodèle.

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Les mots imposés étaient : Flânerie, pacager, liberté, baguenauder, circonstance, enthousiasme, prisonnier, errance, prairie, libellule, céleste, nuage, délire, rencontre, bohème, paria, alouette, gironde, évanescent, agripper.

Je n’ai pas utilisé Gironde

La vie n’est pas un rêve.

« Alors quoi ! Devenir un pantin blême dont les circonstances auraient floué le corps et le cœur désormais évanescents, avec pour unique réalité, les mille chaines que tu auras scellées à tes propres chevilles ! Un ectoplasme, dont la condamnation éternelle serait l’errance, prisonnier dans son délire nostalgique ! Un paria jusqu’au fond de ton âme, sans salut, sans pardon. La colonne vertébrale brisée à l’idée du vertige ! La liberté flagellée par la crainte du risque et les rencontres manquées radotées à l’infini…

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Alors quoi ! Laisser ton enthousiasme saigner d’être mort-né ! Laisser tes mains paralysées d’agripper cette maudite corde, de ne jamais lâcher pour une routine bien morne ! Sous prétexte de l’impossible, réduire les possibles. A la seule peur du vide, demeurer toujours du coté glacé du pont ! Evidemment, autant procrastiner, baguenauder et mettre les regrets sur le compte de ta flânerie. C’est si facile de ne voir que les alouettes dans un miroir, plutôt que de se regarder en face !

Tu peux infuser les herbes d’une prairie, mais pas la science ! Tu auras tes moments d’arrogance et de fierté, et, ne te le cache pas, le voyage sera perturbé, les voies célestes ne sont pas sans nuage. Dans le doute, dans le découragement, si l’envie n’y est plus, si l’espoir s’évanouit…Ne te trompe pas de chemin…Repose-toi, ressource-toi…La Bohème n’est pas le seul apanage des bohémiens et la nature inspire tant de choses à un esprit qui respire…Noient tes yeux dans les feuillages…Ne fait-on pas des toiles magnifiques d’animaux qui pacagent, des machines volantes d’insectes comme la libellule, des poèmes d’une eau qui ondule ?

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La vie n’est pas un rêve, mais un rêve peut faire une vie. Quelle chose merveilleuse rêves-tu d’accomplir ?« 

 ©Emilie BERD 26 février 2016

La statue et le poète

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Voici ma participation aux Plumes n°48 d’Asphodèle.

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Les mots imposés étaient :

Jour, gentillesse, motivation, coupable, fer, almanach, visite, éparpillement, dilettante, farandole, insomnie, maison, passe-partout, plaisir, poésie, éclaircie, tempête, mélancolique, serpillière, agacement, chaleur, respirer, minuscule et syncopé.

LA STATUE ET LE POETE

Des agents municipaux l’avaient installée là un printemps.
Au début, elle était flattée ! Malgré sa figure triste, elle recevait énormément de visites. Pour un peu, on aurait pu la prendre pour une dilettante. Elle avait tant d’admirateurs ! On l’avait même prise en photo pour l’almanach annuel du département! Elle avait pourtant bien conscience de sa situation ! Evidemment, elle n’avait pas le choix, elle était tout le temps sur le pont ! Aucun répit ! Aucun congé ! Par forte tempête ou sous de grandes éclaircies, par canicule ou sous des heures glaciales, ce parc était sa maison, son piédestal était sa croix!

Puis, tout s’est vite dégradé…
Les farandoles d’enfants à lui donner le tournis ! Les ivrognes crachant sur sa robe ! Les coureurs qui, pour un pas malchanceux, raclaient leurs semelles sur son socle comme sur une vulgaire serpillière ! Sans parler des mains passe-partout…
Elle tenait le coup, restait debout, mais elle s’épuisait…Elle n’éprouvait plus de plaisir à faire la belle, plutôt une envie de se la faire, la belle !

L’avantage de sa position était que son manque de motivation était imperceptible. L’inconvénient était qu’elle était vouée à l’immobilité.
Voulant tout de même exprimer son agacement, elle commença à faire des blagues aux passants. Le regard statique de certains, lui renvoyant le sien en plein visage, la mettaient en rage, et elle essayait de loucher. Les cris des enfants l’assourdissaient, faisant résonner en elle son silence éternel, et elle essayait de hurler.
Elle n’était pas sûre du résultat…Ce qui était certain, c’était la raréfaction des promeneurs ! Elle était tranquille désormais…jusqu’à ce que quelqu’un à la Mairie comprenne que c’était elle, la coupable. Et on l’a mise aux fers un petit moment.
Les ouvriers chargés de la restaurer avaient cherché une façon de mettre un peu de gaieté sur son visage. Ne serait-ce que l’esquisse d’un sourire ? Mais le budget n’était pas grand et le risque de dommage important.
Le bilan coût-avantage ayant parlé, on l’installa, rénovée, à sa place triste et seule…
Il y avait toutefois un promeneur, probablement victime d’insomnie, qui la sortait de sa langueur mélancolique. Il s’attardait à ses pieds. Il la regardait, longuement…et lui murmurait de belles phrases. Elle se laissait aller à sa douce poésie. Elle sentait presque la chaleur lui monter aux joues. Enfin, elle avait droit à de l’attention, à de la considération, de la gentillesse…Pendant quelques semaines, il vint toutes les nuits. Elle pouvait le sentir respirer, pendant qu’il lisait ses minuscules bouts de papier à la lumière faible des lampadaires. Elle se surprenait à rêver… A qui donc étaient destinés ces mots ? A elle, peut-être… Que celui qui n’y a pas pensé lui jette la première pierre ! N’était-ce pas normal, pour elle, de se sentir concernée lorsqu’un homme vient jusqu’à vous en pleine nuit murmurer des choses tendres ? N’était-ce pas logique, pour elle, de se prendre au jeu de celui qui, bravant les grilles du jardin public, la chérissait! Mais elle n’était pas si sotte ! Elle savait bien qu’il apprenait ses textes pour déclarer sa flamme à une femme, une vraie, une qui saurait ne pas rester de marbre devant de telles déclarations !
Elle réfléchissait, pendant ses absences, à une solution quelconque… Quelle potion magique ? Quelle âme à vendre ? Quelle prière à Dieu ? Celui qui l’avait créée ne pouvait prévoir qu’un cœur pouvait battre dans ce corps rigide… Comment aurait-il pu savoir, cet être morose et prétentieux… Mais lui, il était différent…
Alors qu’une nuit, semblable à la nuit d’avant, il lui tenait compagnie, il fut surpris par le gardien du parc. Elle se souvenait de son souffle syncopé, de sa main lâchant les petits papiers. Elle se souvenait, dans l’éparpillement, avoir reconnu la photo de l’almanach. C’était donc, elle, sa muse !
Il ne revint plus. « Il avait honte de sa fuite, songea-t-elle. Ou alors, peut-être avait-il avoué leur passion, ce qui pour le monde, aurait évoqué d’inquiétantes hallucinations ! » Abandonnée par son poète, la vie autour s’était figée. Et elle se sentait plus vivante que jamais ! « Un jour, un fou a su m’aimer » se dit-elle. Et depuis, elle sourit.
©Emilie BERD 15/01/2016

700 mots