Détresse Maternelle (Épisode 4 ou Stratégies d’endormissement)

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Quelle heure est-il ? Dois-je ouvrir les yeux ? Si j’ouvre les yeux, je prends un risque, « The » risque : celui de ne pas me rendormir…Allez, je les ouvre… Je me redresse façon cobra rassasié…
Mince, le réveil affiche 3h23. C’est un peu tôt… Je ne dors plus et le cauchemar débute. Surtout ne pas paniquer… Surtout ne pas écouter le moteur qui se met en marche…Pas de Boogie woogie en pleine nuit…Chut ! Je ne l’entends pas. Je ne le vois pas. Il faut que cette locomotive me laisse tranquille, elle est en avance (Un train en avance ! Quelle histoire à dormir debout !).Chut ! Chut ! Pas de départ avant 7h00 du matin au moins…On est en vacances… Je vais me rendormir…
Pourquoi me suis-je réveillée ? Un craquement dans l’escalier ? Les bruits d’un mauvais rêve ? Mon horloge interne? Quand c’est un élément extérieur, je me rendors facilement…J’entends mon fils qui bouge à l’étage… C’est lui qui m’a dérangé…Ouf ! Je vais réussir. En deux temps, trois mouvements, en avant la musique ! Pas de Boogie woogie…Une chanson douce…

J’entends quelques ronflements…Si cela ne m’avait pas empêché de dormir, j’aurais pu trouver le rythme irrégulier de ces respirations plutôt amusant. Un léger souffle, quelques échos profonds, puis plus rien… Faudrait peut être que je fasse des recherches sur l’apnée du sommeil, demain matin ! Enfin…Demain matin…

Je tâte sous mon oreiller à la recherche de bouchons d’oreille. Je suis passée des bouchons en cire à ceux en mousse, je pensais les derniers plus efficaces… les pièges du marketing ! Il est difficile pour moi de me résoudre à dormir avec ces engins… De deux choses l’une, soit ils glissent dans la nuit et me laissent vulnérable aux désagréments sonores, faibles ou forts, soit ils font leur office si bien que je ne peux plus faire le mien en cas d’appel nocturne de mes bambins («Qui donc appelle ? Chéri ? Qui est-ce? »).
Je retente ma posture de serpent ventru…4h36… Si je m’endors maintenant, je ne serais pas trop fatiguée… Et puis, comme je me disais tout à l’heure, c’est encore les vacances… Je peux dormir sur mes deux oreilles dûment ouatées.

Je me tourne du côté du mur…Il fait plus frais… Je me mets sur le dos…Si j’allais dans le salon, je pourrais consulter mes emails, faire des recherches sur les ronflements, ou encore (mais là, je frôle la folie!) bouquiner…Non, non et non ! Je dois résister ! Car aller dans le salon, c’est l’échec total ! Aller dans le salon, c’est l’assurance d’une journée qui commence…mal…Je me tourne du côté de la porte…
Dans ma tête, je fais le tour de moi-même. Dans mon lit, je fais des tours sur moi-même tel un rôti seul dans sa rôtissoire, dans un sens, dans un autre…
A chaque tour, le refrain du dernier dessin animé de Mister Walt trotte dans ma tête. Quand serai-je enfin « libérée » de mes insomnies ? Je revois ma petite dernière (à moi aussi) boire les paroles de cette chanson devant le DVD reçu à Noel…Je ne la trouve pas assez habillée cette demoiselle qui se trémousse sur l’écran : la robe échancrée, décolletée…En plein hiver…Pas très raisonnable…Avec toute cette neige !

5h55 La nuit est bientôt finie…Si c’était le printemps, j’entendrais les oiseaux se saluer aux premières lueurs du jour. Mais ce n’est pas le printemps…Et il ne fait pas encore jour…Si seulement j’avais dormi… Si Si… Sans tous ses    « si », je l’aurais trouvé ce sommeil !!
Une vibration s’échappe de la chambre des enfants…Une tétine touche le sol…Je veille, j’attends l’alerte…Quelques petits pas légers sur le sol, « dap, dap, dap, dap » qui curieusement s’accélèrent sur la fin puis le silence…de courte durée « Papa, maman ». Sa voix perce l’obscurité de la maison comme le premier cri d’un chanteur de rock.
Je saute du lit en mode varan alangui…Elle s’était perdue dans son lit…Je la recouche, l’embrasse…me recouche…Pourquoi n’ai-je pas mis une bûche dans la cheminée?
6h 22 Les nuits sont épuisantes, ici…

9h30, 9h30 ! Les rires et les pleurs voyagent de la cuisine à ma chambre…J’ai dû m’assoupir un moment !

©Emilie BERD 17/02/2015

Détresse maternelle (Episode 3)

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Au pluriel, les noms qui se terminent par « ou » prennent un « s », sauf les mots : bijou-caillou-chou-genou-hibou-joujou-pou qui prennent un « x ».

Sans vraiment savoir pourquoi (à moins que je ne le sache trop déjà), je préfère de loin, même si pour le voir il faut être de près, le pou sans « x », le pou au singulier. Je n’ai aucune intention de discriminer un spécimen de l’espèce animale qui, soit dit en passant, est désormais pou-rvu de sensibilité.

Le pou au pluriel est fatiguant, épuisant. Bon, ceci étant dit, le pou seul, errant, hésitant pour son installation entre la ville et la campagne (parce que le centre-ville, c’est moins ennuyeux mais la campagne, pour les enfants, c’est mieux…), on en rencontre assez peu. Car le pou va au moins ou pour le moins par deux. Le pou cherche une compagne avec impatience pour fonder une famille.

Il ne s’embarrasse pas d’invitation au restaurant, de bagues ou de « voulez-vous m’é-pou-ser? ». Non non, la parade amoureuse est plutôt furtive chez le pou et la femelle ne s’en plaint pas. La femelle n’est pas vraiment craintive. Elle ne craint pas de passer pour une « Marie Couche-toi là », malgré le risque de se voir passer un savon par une certaine Marie-Rose. La femelle pou n’est pas fidèle, elle trompe plutôt prou que peu son pou.

Bref, les mœurs de Monsieur et Madame Pou permettent une prolifération rapide, sans complexe et sans souci d’une quelconque politique de l’habitat ou de la famille. Et c’est ainsi que leurs nombreux enfants s’épanouissent sur la tête des miens!

Car cette histoire fulgurante et fabuleuse, c’est l’histoire d’une rencontre: celle de Monsieur et Madame Pou dans un environnement propice, décrite succintement ci-dessus, et celle de deux humains ignorant le bonheur qui se développe juste au-dessus, aussi. Ces derniers vont être à leur insu les outils du pou pubère qui rampe pour saisir sa liberté et fonder lui aussi sa propre famille sur Sa propre tête, Son territoire…

Cette dissidence est le sujet de moultes discussions au portail de l’école entre mères inquiétées par l’infestation à venir, des douleurs suite au peignage soigneux de leur progéniture, du nettoyage sans fin, sans fin… Et là, arrive la question qui brûle, en plus des cuirs chevelus concernés, toutes les lèvres : celle du patient 0. Car on est plus prompt à voir les lentes dans les cheveux du voisin, qu’à retirer la pou-tre dans son œil!

Assieds-toi là mon chou,

je crois que tu as des poux

sur le caillou.

Vite pulvériser literie et joujoux!

D’aspirer dans les coins, j’ai mal aux genoux.

A cause du traitement, tu ressembles à un hibou

Mais bientôt, ta chevelure brillera tel un bijou!

©Emilie BERD 03/02/2015

Détresse maternelle (épisode 2)

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Cela fait aujourd’hui 19 jours que les « évènements » au cours desquels 17 personnes      « ont disparu » ont eu lieu… Les « évènements »… « ont disparu ».
Entre autres choses, la langue française a aussi ça de chic : les euphémismes.
Très pratiques, les euphémismes ! Le politiquement correct à l’heure des débats électoraux, le principe de précaution verbal, l’auto-censure au goût de liberté…ou comment édulcorer par quelques mots la brutale réalité…
Selon le Larousse Junior 2013, l’euphémisme se définit comme une : « expression que l’on emploie à la place d’une autre que l’on juge trop direct ». La version adulte de la définition indique un adoucissement d’une expression trop crue, trop choquante…

Je fonde mon travail de tous les jours, ma préoccupation permanente, mon inquiétude viscérale (l’éducation de mes enfants, hein!) sur l’esprit critique.
En pêle-mêle, dans le désordre, voilà quelques petits indices (liste non exhaustive !!) que l’on glisse pour encourager le raisonnement :
– Eviter les conclusions trop rapides,
– Réfléchir aux multiples vérités qui coexistent souvent,
– Ne pas s’arrêter aux apparences trop trompeuses,
– Sortir des clichés trop faciles,
– Se méfier des comportements  linéaires et conformistes.
Bref, malgré les discussions sans fin et les répliques frôlant l’insolence, en dépit des migraines et des dépenses massives en antalgiques que cela occasionne, leur apprendre à penser… (Et oui, parce que penser, ça s’apprend…)
La pensée, ce super pouvoir qui porte l’imaginaire jusqu’au plus profond respect de l’autre, jusqu’aux plus grandes prouesses techniques…
La pensée pour grandir, la pensée pour s’adapter, la pensée pour être…

Mais, alors quoi ?
Me serai-je donc trompée ? Des questions nouvelles troublent mon esprit.
« Oh Capitaine ! Mon capitaine ! »(1)
Me suis-je assoupie ? Ai-je raté quelque chose d’important ?
Dois-je enseigner dorénavant la censure, la paranoïa, la dénonciation en ligne de conduite?
Dois-je éteindre les lumières pour vivre dans la peur du noir ?
Dois-je oublier Voltaire… mes prés verts… et tout ce qui me fait, parce que désormais c’est trop ?
Faut-il élever les enfants dans ce monde putride et nauséabond en leur « cachant la vérité» parce que les adultes préfèrent les euphémismes ?

Cela fait aujourd’hui 19 jours que les « évènements » au cours desquels 17 personnes     « ont disparu » ont eu lieu… Le doute ne tue pas, l’ignorance si !

(1) Walt Whitman « O Captain ! My Captain!” Leaves of Grass
©Emilie BERD 26/01/2015

DETRESSE MATERNELLE (Épisode 1)

Featured image – Si tu avais le choix, tu préfèrerais mourir comment ?

– …

– Maman ! Maaman !

– Oui ! Qu’est-ce qu’il y a ? Tu vois bien que je fais quelque chose, là !

-Tu fais quoi ?

– Je prépare le repas et après j’irai chercher ta soeur. On pourra dîner dès qu’elle aura terminé sa douche.

-Je pourrai rester à la maison pendant que tu vas la chercher ?

– Bien sûr, si tu veux. –

-Et puis, si j’ai peur…

– Ah non, si tu as peur d’avoir peur, il vaut mieux que tu m’accompagnes ! Tu ne vas pas rester à la maison à stresser! Tu vas essayer de m’appeler, j’vais pas entendre mon portable et tu vas t’angoisser. On y va tous ensemble ! Y en a pas pour longtemps, y en a pour 10 minutes!

– Tu as raison, je vais venir avec vous parce que avec tout ce qui s’est passé…Charlie, et tout … Pourquoi ils font ça dans des grandes villes ?

-…

– Maman

– Oui !

– Je voulais te demander si tu avais le choix, tu voudrais quoi ?

– Quoi quoi, Chouchou ?

– Si tu avais le choix entre mourir de vieillesse et mourir, tu sais, d’un coup…

– Comment ça, d’un coup ? D’une crise car…euh… Comment ça d’un coup?

– Ben oui, qu’on te tire dessus, tu sais. Y a un mec qui entre et…

– On dit « une personne » pas « un mec », mon chéri !

– Ah, oui !Pardon…Y a une personne qui entre et qui te tire dessus. Alors, si tu pouvais choisir, tu choisirai quoi…

– A vrai dire, je n’y avais pas pensé…De vieillesse, je suppose.En fait, je fais beaucoup d’effort pour éviter de penser à ça, mon coeur.

– Ah bon, pourquoi ?

– Parce que la mort d’une personne, c’est triste, non ?

– Si, si, c’est vrai. Mais c’est mieux la mort d’une personne que la mort de plein de personnes !

– …

– Maman, c’est mieux ? A la guerre, c’est mieux ?

– Pro…Probablement…

– Et bien, moi, je préfèrerai qu’un sniper me tire une balle dans la tête, comme ça, hop !

– Mais, mon coeur, tu…Pourquoi ?Tu …

– Ben, comme ça, tu sens rien !

– Chéri, enfin, tu te rends bien compte que ça ne va pas t’arriver ! Jamais t’arriver, mon coeur !

– J’sais bien, mais bon … Et puis, quand même la vieillesse, c’est vrai que ça dure plus longtemps …

© Emilie BERD 15/01/2015