Cinq ans bout à bout


Bouture d’argent,
Graine de trésor,
Fleur du vent…

Bourgeon urgent,
Boite à ressorts,
Tapis volant…

Boule de pluie,
Qui perle souvent,
S’écoule et puis
Boude d’ennui
Juste le temps…
Le chagrin fuit.

Boucles de toiles
opales et de l’or
jusqu’à la moelle.

Bouille qui dévoile
lorsqu’elle s’endort
ses airs d’étoile.

Boue salissant
habits et peau,
un jeu d’enfant…
Rires éclatants
m’ont mise K.O.
à bout portant.

©Emilie BERD 10/04/2017

CHOCOLAT

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Sa peau souvent noire, douce et laquée,
Craque sous les doigts aussitôt qu’on la touche.
Blanche parfois, ne rougit au soleil
Mais fond comme de la neige, dans la bouche.
Son coffret de lait est une boîte à trésor
Qui cache framboises, ganache et praliné.

Seul ou accompagné
Noisettes, amandes et autres ajouts,
Orange, piment, noix de Cajou,
Le gourmand se tait
Lorsqu’il est là.

Son odeur affole les sentinelles du corps
Qui se jettent, perdues, dans cette voie lactée.
Sa saveur sucrée met le cerveau en éveil
Et l’expose en douceur à ses feux d’artifices.
Sa couleur brille sous un papier doré
Dont la musique froissée est déjà un délice.

En épais carreaux
A la pistache, au café ou au nougat
Mandarine, fraise, giunduja
En petits copeaux
Le chocolat…

© Emilie BERD 9 avril 2015

MON FILS

Tu sais, dans mes colères, les prisons et l’Enfer,
L’échec et l’aveu.

Tu entends ramper le lierre d’argent et de poussière
Dans mes cheveux.

Tu vois dans mes attelles, des liens qui s’entremêlent
Et cachent tes yeux.

Tu sens pousser ma peur et les épines dans mon cœur,
Déjà si vieux.

Je sais dans mes regards, les tristesses et les gares,
La fin encore.

J’attends en silence les larmes de ton absence,
Seule dans le décor.

Je vois dans tes révoltes, les étincelles, les volts,
Tes météores.

Je renifle en cachette l’odeur de lait sur ta tête,
Noisette et or.

Faudrait que je déguise les démons qui t’épuisent
Souvent la nuit.

Faudrait qu’j’te répète les airs qui m’entêtent
Puis m’ennuient.

Mais chaque jour qui passe met toujours plus d’espace
Entre nous deux.

Et chaque jour qui reste t’éloigne sans conteste
M’efface un peu…

©Emilie BERD 13/02/2017

ALPHABET

Voilà Maman qui est fait !
J’ai appris par cœur l’alphabet
Et la comptine qui fait tourner
Les 26 lettres en ronde.

Je les chante, je les fais danser.
C’est la seule chose que je sais.
Mais qu’importe ce que peut penser
Le reste du monde !

Le B ressemble à tes câlins
Quand tu m’embrasses le matin
Ce ne sont pas que des dessins
C’est la vie qui m’appelle :

Le D roule dans les coins.
Le P fait rire les copains !
Et le S qui perd son venin
Quand il croise une voyelle…

Le Q n’est plus un malpoli
Le C est coquin, si, si !
Et le R qui fait des guilis
Comme les bonbons qui piquent !

Mais faudrait peut-être les appeler
Les messieurs de l’alphabet.
Comment ont-ils pu oublier
Ma lettre magique?

Tu pourrais leur signaler ?
Ou, en cachette, la rajouter ?
Pourquoi ont-ils enlevé
Ma lettre préférée ?

Attends ! Non ! Ne les appelle pas !
Je vais plutôt la garder, je crois !
Elle sera mieux rien que pour moi !
Ma lettre fée.

©Emilie BERD 06/10/2016

Poème largement inspiré par Mambo 3 qui avait prononcé la lettre F, fé et non èf!

 

Illusions perdues

J’avais pris la lumière du jour,
l’avais changée en poudre d’or
pour te guider à l’heure du soir.

Mon sac en est encore bien lourd
mais tes démons sont bien plus forts
que toutes mes armes illusoires.

Promis, je veillerai toujours,
ici, ailleurs, dedans, dehors,
même si tout ça est dérisoire.

J’ai encore des poussières d’amour
pour calmer tes peurs de la mort
qui te prennent dans le noir.

©Emilie BERD 01/10/2016

ORAGE (2)

Le vent éloigne les gens qui s’aiment et, ce soir, c’est ça qui fait tant de bruit.
Je comprends que tu aies peur des éclairs, du tonnerre et de la pluie.
Pourtant, il ne s’agit que de retrouvailles émues de nuées éprises qui s’étaient perdues.

La terre semble immense, mais elle est ronde et si petite que ce sont toujours les mêmes nuages qui gravitent dans le bleu de son ciel et dans ses nuits sombres, qui se font bateaux et visages pour t’offrir de l’ombre…

A tourner ainsi dans cette cage sans grillage, les nuages ne sont ni abeille ni oiseau, ils sont une horde de chevaux sauvages parquée dans un minuscule enclos.
Et depuis longtemps on raconte que, pour qu’ils ne broient pas du noir, pour que jamais la folie ne les dompte, la nature leur a ôté la mémoire.

Imagine, alors, si parmi ces moutons vaporeux, certains par hasard tombent amoureux.
Encore un, puis deux et un autre tour. Au premier déjà, ils ont oublié leur amour !
Ils ne se repèrent pas, étourdis par les flux…Ils ne souffrent pas puisqu’ils ne se reconnaissent plus !

Ce qui t’effraie maintenant et remplit d’eau tes beaux yeux c’est que le souvenir vraiment est un élément capricieux.
Ne cherche ni le pourquoi, ni le comment de cette affaire, mais certains se retrouvent, chahutés par des courants contraires.

De tels rencontres soufflent le chaud et le froid, quand l’un plus fébrile insiste auprès de l’autre glacial « Mais, tu ne vois donc rien ! C’est bien moi ! » C’est là que naît le moment crucial… Le coup de foudre, l’instant magique, ils se disputent, se grondent…
L’ambiance est électrique :

« – Sans moi, tu as couru le monde ! 
-Mais je n’avais pas le choix ! »

Les échanges se font de vives voix…Et enfin, de s’aimer à nouveau, ils pleurent tout deux de joie.

©Emilie BERD 10/06/2016

 

Faut-il encore chercher des mots
pour expliquer l’inexplicable ?
Penser peut-être que tout est faux ?
Mettre des œillères confortables ?

Je puise au fond de ma mémoire
des exemples de discours historiques,
Pour que le sang sur le trottoir
devienne un récit héroïque.

« – Il n’y a plus de sorties scolaires,
tu sais, à cause des évènements…
-Quel est donc ce vocabulaire ?
C’est un massacre, la guerre…mon enfant. »

©Emilie BERD 17/11/2015

Jeudi en poésie chez Asphodèle

imageLE DEPART

Quel pavillon pourrai-je donc hisser ?
Sans lâcher les illusions au sillage ?
Sans laisser ton cœur, là, désenchanté ?
Pour rompre les nœuds avant le naufrage ?

Mais quelle couleur vive choisir d’agiter ?
Le vert n’est pas juste celui du papier.
Ici c’est l’or qui fait l’unanimité,
Qui grise le bleu de la mer sans pitié.

Le départ 1

Un grand drap résistant à tous les tourments
Et assez épais pour protéger ta peau,
Une voile qui, quelque soit le gréement
Saurait t’exalter, serait ton drapeau.

Car, teintée d’optimisme, cette toile
Maintiendrait ainsi peu ou prou ton cap
Elle te guiderait, amoureuse étoile,
Dans ce monde sans fard, à chaque étape.

Le départ 3

Alors que, maintenant, tu dois embarquer,
Je crains ne t’avoir donné guère d’armes
Et si un jour venait soudain à me manquer
Te condamner à voguer sur tes larmes.

©Emilie Berd 11 novembre 2015

Aujourd’hui, une fleur n°231/366

imagePETITE FLEUR

Petite Fleur, tu nous offres ta splendeur,
Ton parfum, ton odeur, à demi-éclose,
Petite chose.

Petite fleur 1

Petit Cœur, bien plus belle qu’une rose,
Les couleurs de tes yeux explosent.
Petite Fleur.

Petite Chose, tu te ris des censeurs.
Sous un air boudeur, tu t’opposes.
Petit Cœur.

Petite fleur 2

Petite Prose, dans la torpeur morose,
Tes mots chassent la noirceur et reposent.
Petit leurre.

A petite dose, tu disperses ta candeur,
Soignes tes peurs et tes ecchymoses
Petite Prose

Petite Fleur 3

Petite Fleur… même quand tu fuis l’erreur,
Les fachos destructeurs et veux de la douceur
A petite dose…

© Emilie BERD 17/09/2015

Les photographies sont des photographies personnelles et ne sont pas, comme le texte, libres d’utilisation.

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1- Ecrit sur le vif : recyclage

2- Moins de 100 mots : 92 mots

3- Elément réel : tous les jours

LA PETITE ETOILE QUI NE VOULAIT PAS PLEURER

Dans le ciel, il était une petite étoile qui adorait la Lune. On ne s’ennuyait jamais avec la Lune. Modeste, sans phare et réfléchie ! La meilleure des amies, et de loin, dans toute la galaxie! Les nuits sans elle paraissaient si tristes! Tristes à en pleurer ! Mais la petite étoile retenait ses larmes, car elle savait que la Lune reviendrait. Et à chaque fois qu’elle retenait ses larmes, à chaque fois, elle se mettait à gonfler !

Une grosse pierre fila tout près d’elle et de sa voix de pierre lui lança: «Attention à toi, tu vas exploser ! »

Mais la petite étoile ne voulait pas pleurer. Elle avait dans l’idée que ses sanglots la noieraient !
« Que deviendraient mes ardents feux ? Sans mystère, je deviendrais toute bleue. Comme cette vieille sphère que je croise parfois, et dont l’incandescence est murée en son cœur. Disparue ma chaleur, je n’aurai pour me réchauffer, que celle du Soleil, s’il veut bien rayonner ! Pas toujours à la hauteur, il se prend pour un Roi ! Voilà ce qui m’arrivera si je pleure ! »

Une comète énorme la frôla et de sa voix de comète lui siffla :
« Je vois bien que vous êtes terrifiée. Mais, très chère, vous allez lâcher ! Et si, par malheur, vous tombez sur la Terre, dispersée à sa surface par son atmosphère, plus que votre masse, c’est votre vie qui va changer! Et croyez-moi, vous n’avez rien à gagner ! Dans quelques milliers d’années, tout au plus, un enfant curieux aura aperçu un de vos morceaux semés par vos caprices. Craignez que dans sa poche, il vous glisse ! »
A l’abri d’une poche ? Sans lumière ?
« Et ce ne sera pour le mieux, soyez-en sûre, car il pourrait aussi bien vous jeter en pâture, vous abandonner au milieu de voyous (entre eux, ils se nomment « cailloux ») descendus des sommets terrestres pour envahir les plaines ou ce qu’il en reste ! »

Sur ce, la comète s’éclipsa.

Cela en était trop pour la petite étoile ! Quelle histoire, cette comète lui racontait là ! D’un coup, elle déversa toutes ses larmes et d’un coup, elle dégonfla ! Pas de destin tragique de planète asservie ! Pas d’étoile étiolée, d’éclat affaibli ! Autour d’elle se dessina un voile drapé qui brillait, insolent, dans la voie lactée…à en faire pâlir l’Etoile du Berger !

©Emilie BERD 27/10/2015