Les plumes d’Asphodèle n°47

imageVous trouverez ci-dessous ma participation aux Plumes n°47 chez Asphodèle.

Les mots imposés étaient : Espoir, guimauve, comédie, musique, plage, liaison, mièvre, baragouinage, égalité, classique, chanson, inspiration, balai, (essuie-glace : facultatif), navet, louche, roman, abracadabrantesque (facultatif), amoureux(se) et batifoler.

Comme je ne travaille que sous la contrainte, je n’ai pas utilisé les mots facultatifs.

CHAMPAGNE

Quand tu me serreras, comme ça, du bout de tes doigts,
Quand tu sentiras, entre tes mains, mon contact froid,
Reviendront les pensées amoureuses, leurs habitudes.
Et, d’un coup de balai, je chasserai ta solitude.

Tu en as bouffé des guimauves par la racine !
Des litres d’eau de rose à en remplir des bassines !
La plage horaire est passée, ton cœur n’y croit plus.
Prends-moi et tu batifoleras comme tu n’as jamais pu !

Ta vie est un navet, dont la bande est enterrée !
Tu as voulu te pendre et le doute t’a arrêté.
Ne crains rien, baisse la garde ! Je ne suis pas une issue !
Je suis juste le produit brut de tes espoirs foutus !

Si tu me goûtes encore, c’est que tu souhaites que la fièvre
Sabre cet ennuyeux présent et les baragouinages.
Si tu me goûtes encore, tu sais, c’est que les moments mièvres
Ont un gout plus sucré lorsque tu restes mon otage.

Je réveillerai ton aspiration si souvent en grève
Tu n’auras d’autre souffle que la course de tes rêves
Le cours de l’inspiration ? Oh ! Bien plus haut que l’envie !
Mais tu t’feras ton cinéma, seras pirate ou bien génie.

Tu seras l’expert de tout temps, Art Roman, Art Gothique.
Du Rap au Classique, tu connaîtras la musique!
Oubliés les mots de liaison, les peurs du quand-dira-t-on,
Ne restent que le doux et les paroles de quelques chansons.

Autant de promesses que de baisers de ta bouche.
Autant d’attentes déçues que tu comptes à la louche.
Bah ! L’Egalité ! La Liberté ! Quelles comédies vaines…
Quand la Révolution, soudain, circule dans tes veines !

Tu les pensais perdus, mais, à travers ton regard brumeux
Les royaumes suspendus te paraissent alors si beaux.
Tu les pensais perdus, tu vois, je t’ai hissé devant eux.
Et je suis sûre maintenant que tu m’as dans la peau !

©Emilie BERD 17/12/2015

 

Les Plumes d’Asphodèle n°46

imageLes mots imposés étaient les suivants :

belle, gardien, lapin, destin, envolée, fermer, souffle, partage, quitter, s’abstraire, voyage, cavale, réchapper, chose, respirer, poète, nid, rêve, vie, doux, fugue, oiseau, imaginer, balles, poudre,  bercé.

Un oiseau chante, ce matin. N’avaient-ils pas annoncé de belles gelées, pourtant ? Il n’y a plus de saison !
Le sommeil a été mouvementé.
Je ne sais pas pourquoi, j’ai fait des rêves curieux…Ce type en seconde à qui j’avais posé un lapin ! Il était plutôt marrant, doux…C’était plutôt platonique mais ma mère ne voulait pas que je sorte… alors, il a poireauté un moment !
Ma première fugue…De fugue, elle n’avait que le sens que celui que mon père lui donna. J’avais juste tardé à la fin des cours pour m’en griller une ou deux…
Et mon premier amour en Terminale A…Un vrai poète ! En plus, il avait une guitare, une gratte à deux balles ! Savait-il vraiment plaquer plus de quatre accords ? J’en doute encore ! Ses maigres talents lui attribuaient pas mal de succès, et la notion de partage qui est somme toute subjective, ne me convenait, dans ce cas, pas du tout !
La fac, je crois que ça a été le pire ! Mais le pire est toujours à venir…Les amphis aux bancs poussiéreux donnaient plus des envies de cavales que de destins académiques !
Puis mon bébé…Sait-on ce qu’est l’amour avant de prendre son enfant dans les bras ? Sait-on ce qu’est la souffrance avant d’acquérir la certitude que, quoiqu’il arrive, on nous séparera ? Le reste n’est que poudre aux yeux finalement. Bercé d’illusions, on en oublie l’essentiel, le cri primal, les bruits sourds de notre chair…
Cette nuit, un ange-gardien serait donc venu me prendre par la main pour m’emmener en voyage à travers mon passé…C’est quoi, cette odeur désagréable ?

Quelle plaie, cet oiseau ! Il m’empêche de respirer ! Ces envolées lyriques me collent une chape sur la poitrine ! Le nid doit être dans la grange. Difficile d’imaginer qu’il chante à tue-tête dehors, avec un froid pareil ! Chanter à tue-tête…Haut et grave parce que l’on a si froid que c’est la seule façon de se réchauffer…Fort et lourd lorsque l’on a si peur que c’est l’unique façon d’en réchapper…
J’ai l’impression qu’il s’approche.

Je suis si fatiguée…J’ai bien compris qu’il s’égosillait pour me réveiller. Je n’arrive pas à ouvrir les yeux. J’aimerai tant dormir encore un peu…un tout petit peu…Il va bientôt manquer de souffle. Il va enfin s’arrêter, si je garde les yeux fermés, bien fermés… Faudrait que je trouve le courage de me lever. Aller boire un verre d’eau. J’ai envie de vomir. Ces relents d’after-shave m’ont filé une migraine ! J’ai du plomb dans la tête.
Pourquoi l’oiseau chante t-il plus fort ? Il faut que j’ouvre les yeux ! Pourquoi cet appareil bipe t-il si fort ? Il faut que j’ouvre les yeux ! A qui sont ces pas sur le sol, ces manches qui me frôlent, ces mains qui me touchent ? A qui sont ces lèvres agitées par cette logorrhée incompréhensible ? Tout ce sang serait le mien…Faudrait que j’arrive à bouger ! Et ce poids sur mes poumons…Peut-être juste un cauchemar, c’est la pleine Lune…Peut-être juste une méprise…Ai-je encore de l’espoir ? Suis-je là depuis longtemps ? Où sont les enfants ? Je n’ai même pas fait de testament ! Je suis si fatiguée…

Je n’avais jamais remarqué comme parfois l’idée de notre propre mort dérange moins…Un flottement qui ressemble à la résignation, un air de sérénité, un murmure d’éternité…Rien à confesser, rien à absoudre, juste le besoin de s’abstraire, de quitter les horreurs. L’impuissance acceptée, la paresse enfin admise…De toute ma vie, au moins, aurai-je terminé quelque chose…

©Emilie BERD 20/11/15

563 mots

Les Plumes d’Asphodèle n°45

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Voici ma participation aux 45èmes Plumes d’Asphodèle.

Les mots imposés étaient les suivants : Frissonner, vide, humeur, plume, embellir, enfin, sommeil, drogué, impasse, poésie, torture, plénitude, trop-plein, youpi, énergie, absence, temps, dénuement, bol, idée, déchirement, bus, besoin, rationner, abandonné.

Nous pouvions en laisser deux de côté. Je n’ai pas utilisé Youpi et Poésie.


 

J’imagine que ce doit être la même sensation lorsqu’à deux heures du matin, la tête engourdie de sommeil, on découvre un ami qui frissonne sur le pas de la porte…Hagard, il se tient là, des perles d’eau mêlées à quelques traces rouges sur le front. Pas besoin qu’il tienne une pelle, on sait très bien de quoi il est question. Pas besoin de discuter une demi-heure, de demander des nouvelles, on devine l’impasse…Le truc que l’on fait et que l’on regrettera pendant des siècles et des siècles. « Amène la bagnole, on y va ! ». Et on sait déjà que c’est une connerie.

Sauf que là, ce n’était pas un cadavre mais une vie que j’enterrais. Ce n’était pas un crime…Enfin, pas au début…Mes idéaux de jeunesse ? Mes rêves de petite fille ? Sans rire ! Ne me branchez pas sur mon enfant intérieur, Il n’a jamais vraiment été d’humeur !
Les copines, la famille…Comme si personne ne voyait ! Tout le monde s’en foutait ! Une vie lâchée aux chiens, une vie gâchée…De toute façon, mon surnom à moi, c’était « Pas de bol »…Et pourquoi la vie d’une autre plutôt que la mienne, après tout!

Ce qui au départ semblait être une bonne idée est donc subitement devenue vide de sens! On pense connaître les gens et puis, comme on a raison, le train-train s’installe.
Pour combler les absences, je pillais le frigo. Je vomissais le trop-plein. Cela me donnait une illusion de contrôle… de plénitude justement ! C’était mon secret, ma victoire sur cette routine de merde que je lui rendais ! Et quand il était là, on se volait dans les plumes… Ça nous divertissait, faut croire!

Au bout d’un moment, la lassitude s’est métamorphosée en torture.
Partir ? Pour aller où ? Vous avez lu mon CV ? Je préférais être abandonnée que choisir le dénuement. Affaire de courage ? Je ne sais pas trop… J’attendais, comme on attend un bus. « ça fait déjà 15 minutes que je suis là, si je me barre, il se pointe, c’est sûr ! ». Vous voyez le topo ?
Et il y avait les gosses. Chaque jour, leur énergie me renvoyait mon inertie au visage.

Le problème de la solitude, ce n’est pas tant l’ennui que le temps qu’elle donne pour réfléchir. J’ai pensé à finir toutes mes boites de comprimés, mais je ne voulais pas me rater. « Pas de bol », je vous ai dit ! J’étais droguée aux somnifères, ça aurait considérablement réduit l’efficacité ! Evidemment, rétrospectivement, c’est facile de juger, de mettre des termes barbares sur des situations qu’on ne comprend pas ! C’est facile d’être un autre, de lyncher plus petit que soi ! Ça rassure ! Ça donne de la grandeur !
Je ne me repends pas mais je ne mens pas! Ce n’est pas un déchirement pour moi !
Vous savez, on peut toujours essayer mais il y a des choses que l’on ne peut pas rationner…Je ne parle pas de bonheur, je ne parle pas d’amour…Cela embellit forcément le quotidien, mais la chaleur… la vraie chaleur ! Celle qui bout à l’intérieur, qui claque comme des billes, dont le manque file des crampes à en hurler, à en tuer !

Je l’ai trouvé si beau, alors. Il gisait sur le sol. Un filet de sang débordait de la commissure de ses lèvres tandis qu’un autre, plus épais, décorait sa tempe droite.

Quand je lui ai dit que je voulais partir, les coups ont commencé à tomber. N’allez pas croire n’importe quoi, j’en distribuais aussi. J’ai tourné la tête pour me protéger et j’ai aperçu le petit dans l’encadrement de la porte. C’était drôle ! C’était la première fois qu’il venait dans un moment pareil.

Après, je ne me souviens plus de ce qui s’est passé. Tout ce que je peux vous dire, c’est que ce n’était pas prémédité.

657 mots

©Emilie BERD 23 octobre 2015

Les Plumes d’Asphodèle n°44

imageVoici ma participation aux 44 ème Plumes de ma chère Asphodèle. Les mots imposés étaient les suivants: Feu, chocolat, pelote, courage, croquer, branche, pleurer, folie, logiciel, admiration, couture, s’évader, play-boy (ou playboy), abeille, clope, plaisir, raquer, tunes (ou thunes), caramel, articulations, céder, raccommoder, vernis, allumette, amour, courses (dans le sens de shopping),  tonnerre .

Nous étions autorisés à en laisser deux de côtés. Je n’ai pas utilisé Chocolat et Caramel.

HAINE
Elle s’insinue sans douleur,
Se glisse doucement en moi,
Cette eau glacée sans saveur,
Ce puissant sentiment sournois.

C’est une folie passagère,
C’est ce que tu disais, en tout cas,
Une allumette incendiaire,
Une clope laissée sur un matelas.

C’était un play-boy, peut-être,
A vous deux, vous faisiez la paire.
Dans mon ventre et dans ma tête,
Ça résonne comme le tonnerre.

Et ce n’était pas pour les tunes.
Mais pour l’amour, un cas d’espèce.
On aurait pu faire fortune
Au lieu de cette vie à deux pièces.

Malgré le temps, je raque encore
Mais je n’ai plus le courage !
Ce feu terrible qui me dévore
Est bien plus fort que la rage.

Etouffé dans cette pelote,
Enroulée par tes mystères…
Entravé par ces menottes
Ton cœur m’est trop amer.

J’ai croqué toutes mes larmes
Au départ, juste par bravade
A présent est-ce que j’arme
Ou est-ce que je m’évade ?

Comme j’en ai marre de pleurer
Que je ne cherche plus ton émoi.
Je cède devant ta facilité.
Un plat qui se mange froid.

Je me fiche bien de ce vernis,
Des coutures refaites à la hâte
Tu raccommodes, moi je détruis
Tes sutures maladroites.

Plus d’admiration, plus de fierté !
Plus de parole qui me blesse.
Les courses sont terminées
Va falloir passer à la caisse.

Va falloir rembourser les merveilles
Que je t’ai données sans compter.
Je ne suis pas une abeille
Je ne mourrai pas de te piquer.

Aucune branche pour t’agripper !
Je ne te laisserai pas ce plaisir.
Les articulations sont grippées.
Notre corps fusionnel va pourrir.

Cette haine semble naturelle.
Elle pousse lentement pour toi.
Ce qui pollue mon logiciel,
N’est que ton Cheval de Troie.

Je danse sur ma propre tombe
C’est la mienne et je m’en fous !
Après tout, si un jour je tombe
Là, je tiens encore bien debout.

©Emilie BERD 15/05/2015

317 mots TTC

Les Plumes d’Asphodèle n°43

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Les mots imposés étaient : Allergie, velléité, brise, espérance, étincelle, écrire, déplaisir, censure, enfant, gourmandise, première, tramway, rides, éphémère, envie, amour, voyage, peluche, chocolat, tapir (l’animal ou le verbe au choix), envol, baiser (dans le sens que vous voulez), attendre, vibrer, volutes, valser.

Je n’ai pas utilisé Allergie et Tramway. Et j’avoue avoir pris mes aises avec la brise…

 MYTHO

Je dors dans des palaces, des galeries de mille glaces. Sur aucun lit, hélas, je ne peux m’étendre.
Les volutes que je brasse, les poussières blanches qui valsent, les enfants qui m’agacent. Je ne peux pas dormir.

Je sais dans leur regard, les baisers, les poignards. Je suis toujours en retard mais ne peux pas attendre.
La convoitise est mon rempart,la gourmandise m’égare, le nez dans le mini-bar. Je ne veux pas dormir.

Cette dévotion parfois provoque au fond de moi un petit je-ne-sais-quoi qui ressemble au déplaisir.
Parce que je ne suis pas un bout de chocolat, une peluche qu’on jète là, j’ai construit un empire.

De la divinité, je n’ai gardé que les velleités.
Leur amour glisse sur moi sans me toucher.
Leur envie est la seule chose qui me fait vibrer.
Les étincelles de ma vie ne font que de la fumée.

Je ne voyage pas en première. Pour m’envoyer en l’air, j’explore d’autres manières, et j’ai des heures d’envol.
Tapie dans la lumière, je brise l’éphémère. Je ne regarde pas en arrière. Je ne veux pas devenir folle.

Ce qu’ils écrivent sur moi ne risque pas la censure.
Leurs espérances me noient dans un or trop pur.
Une ou deux couches d’anti-rides, c’est plus sûr.

©Emilie BERD 24 avril 2015

271 mots TTC

Les plumes d’Asphodèle n°42

Logo Plumes aspho 4 ème tiré du tumblr vanishingintoclouds

Les mots imposés étaient Douceur, printemps, déserter, sommeil, chaleur, renaissance, air, bernard-l’hermite, édredon, paresse, plume, aile, volupté, insouciance, liberté, vaporeux, virevolter, cigogne, nuisette, ubac, univers, urgence.

 

 

 

VIE

Assaillie de toute part, le temps passe et j’essaie d’en rire.
J’imagine les départs, et regarde en face les souvenirs.
Mon insouciance s’est trompée de chemin.
Elle ne me suit plus. Elle m’a lâché la main.

Aurais-je perdu ma liberté quand la leur commence à virevolter?
« Non, la cigogne n’apporte pas les bébés. »

Pourrai-je rester planquer ? Sous l’édredon, je paresse.
ça y est, Maman a déserté… pété un plomb…une petite baisse.
Je pourrai peut-être me cacher dans ma coquille.
Le bernard-l’hermite a la vie facile.

Céder aux lois de l’univers. Eviter le risque et ses mystères.
«Non, dans le mot Ubac, il n’y a pas d’air. »

La douceur flotte dans le chant des oiseaux.
Les rayons vaporeux écartent les rideaux.
Les enfants prennent leurs ailes en vélo
Je m’agite pour faire peur aux corbeaux.

Finies les nuits sans sommeil, en nuisette, gelée, dans le salon
C’est un autre genre de réveil qui me fait tourner en rond.
Des Urgences, je connais par coeur le chemin.
« Roule un peu plus vite. Ce n’est sûrement rien. »

Aurais-je des plumes dans le cerveau ? Est-ce trop tard ou trop tôt ?
« Non, chéri, les humains ne changent pas de peau ».

Voilà que revient le printemps. Plutôt banale, cette renaissance !
Il fait le même coup tous les ans, et on avale sans résistance.
A la recherche d’une éphémère volupté,
Apéro, grass’mat., on s’y croirait…

Je suis décidée comme hier. C’est juste que je ne sais plus quoi faire.
« Non, ma puce, la vie n’est pas un enfer. »

La chaleur flotte dans le chant des oiseaux.
Les couleurs vives écartent les rideaux.
Les enfants prennent leurs ailes en solo
Je m’agite pour les faire voler plus haut.

© Emilie BERD 12/03/2015

Les Plumes n°41 d’Asphodèle

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Les mots imposés étaient Question, inattendu, merci, gâteau, méditer, souplesse, culot, surprise, hasard, décision, inspiration, trouver, hypocrite, goéland, bataille, réflexion, objectif, tourbillonner, turban, tison.

Je n’ai pas utilisé Goéland…ou presque…

SORTIE

Déjà sortir de sa propre tête où les réflexions se perdaient, dansaient et fusionnaient.
Elle aurait bien laissé toutes les batailles au hasard, petites ou grandes, mesquines et nobles.
Elle avait compris, que, à force de suivre des objectifs, la vie n’était pas vécue.
Elle se l’était juré : désormais, elle n’aurait que l’inattendu comme but. Chaque jour deviendrait une surprise, un gâteau à dévorer les yeux fermés.

Elle essaya de se redresser un peu. Elle voulait trouver une position confortable. Elle prit une grande inspiration et se hissa sur ses deux bras. Elle réussit à se caler sur l’oreiller. Il avait beaucoup servi et n’était plus d’une grande souplesse.

De là, elle pouvait observer l’extérieur. L’unique mais grande fenêtre donnait sur le parking. Il y avait quelques arbres dont les feuilles tombaient en tourbillonnant, comme dans une chanson de son enfance.
Sur ce parking, les places étaient rares. Il faisait jour depuis peu mais les véhicules s’y pressaient. Sous le regard d’autres, hypocrites, certains conducteurs avaient le culot d’emprunter des emplacements improbables. Elle, elle n’aurait jamais osé…Elle avait l’habitude de peser le pour et le contre une bonne cinquantaine de fois avant de prendre une décision…et pour regretter juste après !

A force de méditer, le temps passait…
Une douche ! Bonne idée, une douche !
Elle tenta de se lever… Elle était essoufflée. Assise sur le bord du lit, elle voulut reprendre sa respiration… ça ne passerait donc jamais… Ces lits étaient vraiment trop hauts. Mais il fallait bien oublier son égo et lentement, elle se dirigea vers la salle de bain.
Elle se doucha, puis enveloppa sa longue chevelure dans une serviette.

Pendant qu’elle s’habillait, deux personnes entrèrent pour changer les draps de son lit. Ah non…Seulement pour refaire le lit…Elle était donc là encore pour 24 heures…au moins…
Guettant derrière la porte leurs moindres mouvements, elle attendit leur départ pour sortir de cette salle de bain exiguë. « Et c’est une chambre double !», s’exclama t-elle.
Sa voisine de lit avait eu la chance de partir la veille et elle…Elle était bien allée voir l’interne, au bord des larmes pour négocier une sortie en échange d’une consultation en ville, mais il lui avait presque ri au nez !
Elle sentait bien que quelque chose ne collait pas. A chaque mouvement, elle s’épuisait, s’échauffait…Son coeur lui brûlait comme des milliers de tisons. Pourtant, elle voulait partir de cet endroit aseptisé et désertique.
Elle ôta son turban et se recoucha, les cheveux humides, dans le lit refait.

« – Bonjour (du ton de celui qui détient la clef de la prison) Alors, il paraît que la nuit a été mouvementée?
J’ai eu beaucoup de mal à m’endormir, avec ce coeur qui bat la chamade… »
Vous m’avez posé une question, hier soir ?
Je…Je peux sortir ?
On vous donne une permission pour la journée, vous devez être rentrée à 20h00, heure limite et rester raisonnable. Vous ne rentrez pas chez vous pour faire le ménage, compris? Vous avez quelqu’un qui peut venir vous chercher et vous ramener ?
Oui, oui (Telle Cendrillon voulant s’échapper au bal) aucun problème ! Merci, Docteur ! »
© Emilie BERD 25/02/15

Les plumes n° 40 d’Asphodèle

PLUMES n°40 d’Asphodèle

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Nous devions nous inspirer de la phrase suivante :
« Car ceux qui ont perdu quelque chose, comment font-ils pour éprouver encore de la joie ? (…) Ils connaissent désormais l’envers des choses. » p.91, Le roi disait que j’étais Diable » de Clara Dupont-Monod.
Les 26 mots imposés sont :
temps, lire, ténacité, sidération, tour (nom masculin), regrets, déchirer, malgré, silence, bancal, résilience, pourquoi, aquarelle, fardeau, parenthèse, vide, rire, envol, vie, conscience, coeur, douleur, scintiller et , symphonie, scène, sinueux.

Nous pouvions en laisser un de côté, je n’ai pas utilisé Aquarelle

A quoi bon murmurer…
A quoi bon prier…
A quoi bon le silence…
Les rires des temps passés,
Pourquoi donc le nier,
Tirent leur révérence.
Quand d’autres ont saisi
Les armes de la douleur,
Et leurs théories avides.
Pour damner leur propre vie,
Ils ont glacé leur cœur
Et se sont promis au vide.

Mes béquilles sont bancales
Mon pardon est fragile
C’est quoi déjà, la résilience ?
Ma plume me fait si mal,
Son encre indélébile
Déchire ma conscience.
Où ma ténacité ?
Faut-il passer son tour ?
Faut-il fuir la scène ?
Où ma félicité ?
Le fardeau est bien lourd
Et les odeurs malsaines.

Tous les sinueux esprits
en appellent au divin
pour brûler ce qu’on lit.
Une triste symphonie
qui accompagne le tocsin
à chaque conflit.
Ce ne sont plus les astres
Mais des gyrophares
Que l’on voit scintiller.
Il est là, le désastre
Est-il déjà trop tard ?
Puisqu’ils n’ont aucun regret…

La parenthèse refermée
Sur la sidération
Laisse place à l’urgence.
Qui peut donc écouter
Ces lamentations
Malgré les turbulences.
Se dressent les barricades,
les murs et les geôles,
les chants à l’unisson…
Les oiseaux malades
savent –ils prendre leur envol
sous le coup des canons ?

©Emilie BERD 29/01/2015