AILES

Tu me prends pour un drôle d’oiseau, prêt à te mener en bateau, à te bercer de ritournelles tendres et incroyables… À t’offrir comme un cadeau, une ribambelle pitoyable de mensonges et de maux.
Suis-je donc un si traître sir, qui ne chercherait qu’à vouloir te tromper avec des histoires, des délires de toute sorte puis les laisser lettre morte ?

Tends-moi un L et je serais ces voyelles qui sauront t’envoler.

Tu es ce miracle ma belle, les ténèbres et l’éclat, qu’une pâle aquarelle aux pastels délicats ne suffirait à croquer. Ton corps est cet autel, adorable adorée, où l’encens enfin se mèle à tes frissons agités…Et à ton goût un peu sucré, de chaleur et de cannelle, de prières exaucées…

Pas de corde ni de chaine qui nous lie… Juste la grâce de ces bretelles alanguies qui glissent sur ton épaule et que mon doigt frôle jusqu’à ton sein généreux et maternel. Tes baisers ne sont que tes mots, rubans de dentelles qui t’échappent infidèles et réveillent ma peau.

Si un jour tu voulais te retourner, m’abandonner, t’enfuir, plutôt que te retenir, je te ferais statue de sel, à mes yeux, rivée, et à mon désir, immortelle.
A tes pieds, vestale aux courbes figées, je pourrais t’admirer à genoux, éternelle, à en devenir fou. La passion me dévorant, mon délice et mon châtiment, balancelle désaxée où vacille ma raison…
Et tu deviendras cette stèle, passerelle sacrée entre tes jours infinis et mon amour sans condition.

©Emilie BERD 13 juin 2018

Pour les Plumes d’Asphodèle reprise par Mind The Gap (ici)

Il fallait placer les mots suivants : Aquarelle Voyelle Mirabelle Maternelle Stèle Eternel Bretelles Ribambelle Infidèle Dentelle Cannelle Passerelle Balancelle Ritournelle

J’ai pris une petite liberté avec Mirabelle.

Je voudrais te dévaster d’amour de Andrée SODENKAMPF

Je voudrais te dévaster d’amour
comme les cigales mangent les champs
et que tu sois nu de toi-même
et qu’il n’y ait que moi pour te recouvrir.
Tu ne saurais plus
où tu commences, où je finis.
Emmêlés dans la chair et l’esprit,
brûlés vifs l’un sur l’autre,
se riant du plaisir
comme les enfants, l’hiver,
qui ont enfin chaud
dans la chambre chaude.

Je veux être aussi
le chemin après l’amour
mouillé d’ombres légères
que tu puisses t’avancer en moi.

Je voudrais te dévaster d’amour de Andrée SODENKAMPF ( C’est au feu que je pardonne Ed.André de Rache) avec lequel je poétise et termine le défi du Printemps des Poètes sur l’idée de Gwenaëlle.

Illustration 1 : La Valse de Camille Claudel
Illustration 2 : Le Baiser de Auguste Rodin
Source : Pinterest

L’arbre de Jacques CHARPENTREAU

Perdu au milieu de la ville,
L’arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Les parkings, c’est pour stationner,
Les camions pour embouteiller,
Les motos pour pétarader,
Les vélos pour se faufiler.

L’arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Les télés, c’est pour regarder,
Les transistors pour écouter,
Les murs pour la publicité,
Les magasins pour acheter.

L’arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Les maisons, c’est pour habiter,
Les bétons pour embétonner,
Les néons pour illuminer,
Les feux rouges pour traverser.

L’arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Les ascenseurs, c’est pour grimper,
Les Présidents, pour présider,
Les montres pour se dépêcher,
Les mercredis pour s’amuser.

L’arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Il suffit de le demander
A l’oiseau qui chante à la cime.

 

Jacques CHARPENTREAU

Avec lequel je poétise sur une idée de Gwenaëlle.

Le ciel est, par dessus le toit de Paul VERLAINE

La maison de Docteur Gachet à Auvers Cézanne

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu’on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.

– Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?

Paul Verlaine in Sagesse avec lequel je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwenaëlle.

LES ENFANTS QUI S’AIMENT de JACQUES PREVERT

Les amants MAGRITTE Source : Wikipédia

Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne
Et c’est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage leur mépris leurs rires et leur envie
Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour.

Jacques Prévert in Spectacles avec lequel je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwénaëlle.

Le dernier poème de Robert DESNOS

Lumière et couleur de Turner

J’ai rêvé tellement fort de toi,
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre
Qu’il ne me reste plus rien de toi.
Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres,
D’être cent fois plus ombre que l’ombre,
D’être l’ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.

Robert DESNOS avec lequel je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwénaëlle.

SENSATION de Arthur RIMBAUD

Champ de blé aux corbeaux Van Gogh Source : Wikipédia

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

Arthur RIMBAUD in Poésies avec lequel je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwénaëlle.

Solitude au grand coeur de Jules SUPERVIELLE

Le pécheur au grand coeur-Johanna Sierko-Filipowska Sources : Pinterest

Solitude au grand coeur encombré par les glaces,
Comment me pourrais-tu donner cette chaleur
Qui te manque et dont le regret nous embarrasse
Et vient nous faire peur?

Va-t’en, nous ne saurions rien faire l’un de l’autre,
Nous pourrions tout au plus échanger nos glaçons
Et rester un moment à les regarder fondre
Sous la sombre chaleur qui consume nos fronts.

Jules Supervielle in Le Forçat innocent avec lequel je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwénaëlle.

 

Avant de souffler toutes les bougies du monde de Dominique SAMPIERO

À chaque oiseau, un arbre
À chaque désert, une eau claire
À chaque flocon de neige, une forêt

À chaque homme debout sur terre
une maison, des chaussures et du travail

À toutes les mères
la paix dans le monde

À la planète
du soleil, du vent
des étoiles en pagaille
et des banquises immenses
pour les fesses des pingouins

Pour toi, je ne sais pas
de l’amour par exemple
et des yeux pleins de poèmes
qui viendront courir sur tes lèvres

C’est le rêve
m’a murmuré le Ciel
que fait chaque jour
le coeur de l’enfant qui va naître

Poème de Dominique SAMPIERO issu du recueil de poèmes pour enfant JE RÊVE LE MONDE, ASSIS SUR UN VIEUX CROCODILE aux Editions RUE DU MONDE avec lequel que je poétise aujourd’hui sur une idée de Gwenaëlle  à l’occasion du Printemps des Poètes.