Une seule lettre vous manque

Les nuits sans toit
Sont celles où j’ai froid…
Où je compte en moi
Les traces des années…
Où, en coeur, âme et corps
Te répondent encore.

Je me remets à la foi
À l’absence de ta voix
À ce chemin de croix
Aux ombres plurielles
Qui, dans les coins sombres,
Guettent en surnombre.

Les larmes pour soie
Et le manque pour draps…
Je ferai n’importe quoi
Quand l’air à l’âme
Je prends tout au mot
…À lettre accroc

© Emilie BERD 17 mars 2019

L’Autre Andrée CHEDID

Gustav Klimt The Family

Mon autre
Mon semblable
En cette chair
Qui nous compose
En ce coeur
Qui se démène
En ce sang
Qui cavalcade
En ce complot
Du temps

En cette mort
Qui nous guette
En cette fraternité
De nos fugaces vies
Mon semblable
Mon autre
Là où tu es
Je suis

Andrée CHEDID « La poursuite » in Rythmes Poésie Gallimard

 

Source Photos  : Pinterest.fr

LES TEXTES DES PLUMES D’ASPHODELE 5-2019

Bonjour à toutes et à tous

Voici les textes des participants aux cinquièmes PLUMES D’ASPHODELE de l’année 2019.

Dans l’ordre d’arrivée :

Ghislaine Je suis
PatchCath Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants
Carnetsparesseux Tout un hiver, seule, en Cocagne
Lydia Une nouvelle vie
Adrienne Ne te raconte pas d’histoires
Laurence Délis Et demain
L’Ornitho Sauver les meubles
Iotop Piège à une seule entrée
Célestine Cariatide’s blues
Lilousoleil Une histoire simple
Eva et son texte

Les mots à utiliser étaient les suivants :

MERVEILLEUX CONSOMMER MARIAGE SOUCI FLEUR MEGERE FRATRIE UTOPIE

HARASSE HISTOIRE FERTILE ILLUSION CELEBRER CONTE CENSURE

Vous trouverez ma participation ci-dessous. J’ai laissé CENSURE à moitié de côté en le modifiant un peu.

LA VIEILLE

– On joue à cache-cache, Maman ?
– Si tu veux, oui…
– C’est toi qui comptes ! Tu comptes jusqu’à vingt !
– Ok ! Un, deux, trois….
– Vingt ! Cacher ou pas, j’arrive ! Mais enfin, tu n’es pas caché là, je te vois !
– C’est pas possible !
– Enfin ! À ton âge ! Tu t’es tout de même déjà rendu compte que ce n’est pas parce que TU ne vois pas que ça n’existe pas ! C’est juste une illusion !
Ça me rappelle l’histoire d’une vieille dame qui habitait dans un petit village !
On la voyait souvent… Lorsqu’elle passait devant quelques personnes assises sur un banc, devant des enfants qui criaient en jouant, les voix baissaient de volume…
Le silence s’établissait comme par un charme. On ne chuchotait même pas, on priait pour qu’elle s’en aille vite …
Même les nourrissons arrêtaient tout net de pleurer et les yeux fuyaient sur le côté, évitaient l’apparition… Comme toi : On ne la regardait pas espérant la faire disparaître ! Le souci, c’est qu’à force de ne pas la regarder, personne n’avait remarqué cette chose merveilleuse…
– Encore un de tes contes !!!
– Non, non ! J’ai parfois l’imagination un peu trop fertile, farfelue je te l’accorde mais ce n’est pas une de mes histoires, je t’assure !
– Continue, alors…
– Les gens du village prenaient donc bien soin de ne pas la regarder… Oh ! ça ne les empêchait pas de consommer entre eux leur animosité à son égard, lorsqu’elle était loin… Que c’était bien normal ! Cette mégère ! Aucun homme ne l’avait demandée en mariage. À l’époque, c’était important…
– C’était, à quelle époque ?
– Jadis…
– Jadis ?
– Lorsque l’on pensait que se marier suffisait à rendre une femme et un homme heureux…
– Des bêtises…
– Aujourd’hui, tu peux dire que ce sont des bêtises. Autrefois, ça correspondait plus à un idéal, une utopie…
La Vieille, alors… Les gens la méprisaient parce qu’elle n’avait pas trouvé de mari ! L’Un qui connaissait l’Un qui disait que l’Autre avait un jour osé lui offrir un bouquet de fleurs…Mais cela faisait tellement longtemps, qu’aucun ne se souvenait très bien de qui c’était… et puis que ce soit l’Un ou l’Autre, on s’en fichait, pourvu qu’on puisse encore dire du mal d’elle. Le matin, à la boulangerie, en fin de journée dans les jeux des fratries, la médisance occupait la population ! On s’ennuyait beaucoup dans ce village…
Elle le savait bien, la Vieille ! Et ça ne la faisait pas rire… Pourtant elle devait sortir de chez elle… Pour célébrer un rituel magique, ou pour jeter un sort…
Un après-midi d’été, un des garçons du hameau voisin harassé de sa journée, tomba de sommeil dans un champ… Lorsqu’il se réveilla, la nuit commençait à peine à tomber et il entendit un bruit étrange.
Il s’approcha du bruit et vit une jeune femme magnifique aux cheveux noirs et longs. Il ne vit la couleur de ses yeux, mais il déclara y avoir vu une étincelle…
Elle se baignait dans l’étang en chantant des phrases bizarres, les mots d’une formule magique…
Comme elle se dressait, il vit son corps recouvert de traces noires… Elle ôta les sangsues repues de sang, une par une en les rejetant à l’eau.
Elle ramassa ses habits, les secoua un peu et s’habilla…
– C’était la Vieille ?
– C’était la Vieille ! À force de la fuir du regard, personne n’avait jamais remarqué qu’elle avait toujours été âgée…

 

Prochain RDV des PLUMES D’ASPHODELE pour une nouvelle collecte le lundi 25 mars.

LES TEXTES DES PLUMES D’ASPHODELE 4-2019

Bonjour à toutes et à tous

Voici les textes des participants aux troisièmes PLUMES D’ASPHODELE de l’année 2019.

Dans l’ordre d’arrivée :

Ghislaine avec La Faucheuse
Lydia avec La Baronne
PatchCath avec Pauvr’Fille
MTG avec De vie à très bas.
CarnetsParesseux avec L’histoire de Ramasse-Miette le petit coq
Ecri’Turbulente avec Reine Gertrude en son miroir
Laurence Délis avec Peindre le vent
Adrienne avec A comme Asphodèle
Celestine avec Les gens qui font du bien

Les mots à utiliser étaient les suivants :

SAC MOULIN BEAUTE POULE FOLIE VEILLER MALICE ESSUYER SEL SABLE BLE PEAU PAPIER PARSEMER
Vous pouviez en laisser un de côté, si vous le souhaitiez.

Voici ma participation juste en dessous. J’avoue que j’ai laissé POULE de côté!

Folie jumelle qui éteint celles nées de la nuit.
Sur ton corps, veillent soie du soleil, sable et sel.
Duo cruel, beautés duelles, débat sans arme.
Ta peau papier…Mots parsemés…Or du commun.
Malice qui deale, la drogue idylle, que l’aube essuie.
Jardin d’Eden, d’amour et haine, originel…
Sous les paupières, la fièvre derrière un sac de larmes
Moulin à rêves, regain sans trêve d’un blé sans grain.

©Emilie Berd le 28 février 2019

Prochain RDV des PLUMES D’ASPHODELE pour une nouvelle collecte le lundi 11 mars.

LES TEXTES DES PLUMES D’ASPHODELE 3-2019

Bonjour à toutes et à tous

Voici les textes des participants aux troisièmes PLUMES D’ASPHODELE de l’année 2019.

Dans l’ordre d’arrivée :

Ghislaine qui chante Le printemps
Soène qui joue avec BILL & BOQUET (publié lundi)
Lydia qui prône un Carpe Diem moderne
Célestine à qui tarde les stations d’hiver avec Vive le ski !
Laurence Délis qui brosse Une petite plume dans ta chevelure
Adrienne avec N comme non (Allez si, dis nous oui!)
Ecri’Turbulente qui s’amuse avec Crétin des Alpes
PatchCath avec Vivre et ne plus être l’ivre
Nadège qui raconte De ma fenêtre

Les mots à utiliser étaient les suivants :

 LEZARDER DUR LIVRE S’IMPREGNER CORPS ELASTICITE ENSOLEILLE APAISER PLUME GUITARE BILBOQUET MANQUE MOINS MALLE
Vous pouviez en laisser un de côté, si vous le souhaitiez.

Voici ma participation juste en dessous.

MAUX

Plus je passe au milieu des gens et plus je me demande… Je les vois lézarder dans l’enceinte du supermarché et moi qui fais comme si de rien n’était, je me dis : « Sentent-ils ce que j’ai en moi ? ».
Parce que ce qui a de plus drôle dans le désespoir, c’est qu’il ne se voit pas… Pas comme la misère… La misère, elle est voyante, criarde… Tu la sais, tu la renifles… Le désespoir, le vrai, le point de non-retour, il est silencieux, muet.
Les jours commencent à se suivre sans jamais se ressembler… Les idées sombres s’enroulent autour de l’aiguille du rouet et jouent au bilboquet avec ta tête. Tu perds la boule et rien, non rien, n’est capable de t’apaiser…Ton esprit dépose son élasticité dans des rayons de moins en moins clairs.
La douleur s’imprègne au plus profond de tes os, jusqu’à devenir une partie intégrante de ton corps, la lumière ne te touche plus… Elle glisse sur les pores de ta peau, comme une huile ensoleillée mais ne pénètre pas.
L’odeur âcre des cendres n’existe plus.
Ton cœur est sec… Voler dans les plumes de quelqu’un ? Pourquoi faire…
Quand tu t’imagines t’enfermer dans une malle pour ne plus jamais en sortir ou te pendre avec une corde de guitare, ça ne t’arrache même plus un sourire…
Plus de rêve, plus d’envie, plus de manque… On ne mange plus, on ne dort plus…

Plus rien n’est dur, plus rien n’est doux… Et ce rien de plus en plus contamine tout !

Seulement ces mots sont là, Plus et Rien…Et de ces deux mots, il faut choisir le moindre.

©Emilie Berd le 15 février 2019

Prochain RDV des PLUMES D’ASPHODELE pour une nouvelle collecte le lundi 11 mars.

NOM D’UN TARABISCOT, VOICI LES TEXTES DES PLUMES D’ASPHODELE 2-2019

Bonjour à toutes et à tous

Voici les textes des participants aux deuxièmes PLUMES D’ASPHODELE de l’année 2019.

Dans l’ordre d’arrivée :

PatchCath  respecter les traditions
Adrienne  A comme Asphodèle
Ecri’Turbulente Le dessous des mots et des plumes
Ghislaine La criminologue
Soène  L’Etoile
Lydia La galette des rois
Carnetsparesseux Après, longtemps après la fin
Laurence Délis Le rouge de ses bottes de pluie
Nadége Entrer dans la lumière
Célestine Poulet rôti

Les mots à utiliser étaient les suivants :

 NUISETTE TRADITION TRENTE-SIXIEME FEVE NOIR TREFONDS ENVERS TARABISCOT BRETELLE MUSARDER ABONNEMENT ARCANE AFFOLER ARNAQUER
Vous pouviez en laisser un de côté, si vous le souhaitiez.

Voici ma participation juste en dessous.

Quand on aime…

Si ça continue, sa femme va croire qu’il le fait exprès ! « Profite donc de ton abonnement aux Urgences pour passer un scanner du crâne, tiens !». La blague !

Ça ne l’embête pas d’attendre. Y en a toujours un pour la ramener mais c’est par pure tradition, pour affoler les petites qui bossent, histoire de passer avant les autres ! Parce que s’il la pousse encore, la voix, c’est bien la preuve qu’il peut patienter. Comme les gamins qui ont la couronne sur la tête alors qu’ils n’ont pas la fève ! Y a un truc qui cloche, ça sent l’arnaque ! Pas besoin de connaître les arcanes du service, pour voir qu’ici les gens ne musardent pas ! Après, c’est sûr que pour lui, c’est plus facile. Il sait pour qui il est là !

Trente minutes que l’infirmière l’a mis dans le box.  À la trente-sixième, il ira jeter un coup d’œil dans le couloir. Rien à faire en plus ! Impossible de lire les infos collées au mur. On dirait qu’elles ont été mises à l’envers !

La revoir et lui dire :  Lucie, c’est moi, tu te rappelles ?.

Il l’a simplement croisé, quand il était venu la dernière fois. Tellement belle, après tant de temps…De ce qu’il croyait, elle avait quitté la région après…

Si j’avais pu te dire pourquoi, Lucie… J’étais trop jeune… Je ne savais pas ! Je t’ai aimée, tu sais ! Mais à dix-sept ans, quand on aime…

Des pas hésitent devant la porte coulissante. Il pense qu’elle réajuste sa blouse ou sa coiffure. Il se souvient de ses cheveux plein de pailles.

  • Qu’est-ce qui vous amène ?
  • Je me suis blessé avec mon tarabiscot.
  • Un tarabiscot ?
  • Une sorte de rabot…

Elle l’interroge et pianote sur le clavier de l’ordinateur, impassible. Il a beaucoup changé physiquement, c’est vrai. Mais son nom sur la liste aurait dû la faire tiquer.

  • Date du dernier rappel DTPolio
  • Il y a trois mois, j’ai dû tout refaire à ma dernière visite
  • Une attaque du tarabiscot ?
  • Une attaque du tarabiscot…

Elle sourit. Elle fait rouler le tabouret et s’assied juste en face de lui. Elle le regarde droit dans les yeux. Elle lui sourit encore. Elle a le cou long et fin des rats de l’opéra, et lorsqu’elle penche la tête sur le côté pour observer sa blessure, il aperçoit un bout de la bretelle noire de son soutien-gorge et il l’imagine dans ses bras. Il l’embrasse, la serre fort tout contre lui, la main glissant sous sa nuisette. Il lui murmure à l’oreille des mots d’excuses.
Pardonne-moi… Je n’ai jamais voulu te faire de mal…
Mais quand on aime à dix-huit ans…
Il sursaute. Il a l’impression d’avoir parlé. Elle, n’a pas bronché.

Il va falloir plusieurs points de suture. Je vais m’en occuper.

Il voudrait avaler sa salive, mais il se retient… Il est sûr que le bruit qui en ressortira trahira le tréfonds de ses pensées.

Combien ? dit-il la voix séche.

Elle ne répond pas. Elle sort un bref instant, revient avec le kit de suture. Elle le regarde en souriant et lui dit : « Quand on aime, on ne compte pas. »

Elle s’approcha l’aiguille à la main : « On se passera d’anesthésie, bien sûr... »

©Emilie Berd le 1erfévrier 2019

Prochain RDV des PLUMES D’ASPHODELE pour une nouvelle collecte le lundi 11 février.

LES PLUMES D’ASPHODELE Calendrier et rappel du règlement

CALENDRIER DES SEMAINES DES PLUMES

Totalement dépourvue de sens de la discipline (Vous allez voir, on va bien rire !), les dates ci-dessous ont avant tout pour but de me mettre la pression.

Je vous propose ces semaines de Plumes :

Collecte le lundi 14 janvier et dépôt de vos liens le vendredi 18 janvier
Collecte le lundi 28 janvier et dépôt de vos liens le vendredi 1erfévrier
Collecte le lundi 11 février et dépôt de vos liens le vendredi 15 février

Collecte le lundi 11 mars et dépôt de vos liens le vendredi 15 mars
Collecte le lundi 25 mars et dépôt de vos liens le vendredi 29 mars
Collecte le lundi 8 avril et dépôt de vos liens le vendredi 12 avril

Collecte le lundi 6 mai et dépôt de vos liens le vendredi 10 mai
Collecte le lundi 20 mai et dépôt de vos liens le vendredi 24 mai
Collecte le lundi 3 juin et dépôt de vos liens le vendredi 7 juin
Collecte le lundi 17 juin et dépôt de vos liens le vendredi 21 juin

Je précise ici, bien qu’il s’agisse d’une évidence, que ce calendrier serait nul et non avenu au moindre souhait d’Asphodèle.

RAPPEL DU REGLEMENT

Dans les grandes lignes…

Collecte des mots :
Vous déposerez un mot inspiré par le thème ou une phrase que je vous soumettrai dans un billet, le lundi de 6h00 à 20h00.
Le mot existe et, pour preuve, est référencé dans un dictionnaire connu, les sites internet ne faisant pas foi.
Le mot est commun, ce qui, de fait, exclut les noms propres.
Le mot peut être simple ou composé et peut, dans les textes, être accordé en genre et en nombre (donc, conjugué pour un verbe).

Lorsque vous laisserez le mot, merci de l’écrire en MAJUSCULES, afin de lever tout doute.

Je déposerai trois mots commençant par la même lettre.

Le thème soumis n’est utile qu’à la collecte des mots, et ne constitue pas une contrainte d’écriture.

Participation :
Selon les mots d’Asphodèle, « N’ont le droit de laisser un mot que ceux qui s’engagent à participer au moins une fois à l’atelier et ceux qui ont déjà participé ».

Rédaction des textes et dépôt des liens
Je vous remercie de déposer vos liens avant le vendredi 20h00.
Vous pourrez les laisser en commentaires de la publication récapitulative de la collecte du lundi.
Les personnes souhaitant participer et n’ayant pas de blog peuvent m’envoyer leur texte par email et je m’occuperai de leur publication.

Vous retrouverez le règlement complet chez Asphodèle.

À très vite

 

Je reprends LES PLUMES D’ASPHODELE… Vous me suivez ?

 

Parce que cet atelier m’a remis la plume dans l’encrier
(Ne cherchez pas, ce n’est pas une contrepèterie…)

et avec l’accord de La Grande Prêtresse,

 je vous propose de reprendre temporairement Les Plumes d’Asphodèle…

 

Même nom

Même règlement (dont je vous ferai très vite un rappel mais que vous pouvez retrouver ici )

Rythme à voir selon votre enthousiasme mais possiblement bimensuel. Hors vacances scolaires évidemment à moins que je trouve un moyen de perdre les Mambos…

Première collecte de mots lundi 14 janvier de 6h00 à 20h00 selon un thème ou une phrase que je vous aurai donné.

Ça vous dit ?

 

Emilie

Source GIF: giphy.com

Photo : pinterest.fr

NUITS D’OCTOBRE

De la fenêtre de ma chambre, j’ai vu, un soir,  Octobre traîner sa longue robe, brume et pluie, le long de ma campagne.
Sa marche est lente, épuisée par le poids de l’ombre qu’elle élève et par le goût de l’eau sale qu’elle crache. Elle avance, sûre, sa mission ad vitam æternam affichée sur ses bras marbrés, découverts et tatoués par l’Hiver, son seul amour… Ici pour l’aider à accomplir sa destinée glaciale, que l’on sait perpétuelle et banale. Mais elle, si elle échouait, elle en mourrait !
Alors, avec soin, elle fait son chemin, enferme la lumière dans des boules de verres, chasse les rires pour les mettre sous pierres.

Je l’observe quelques minutes, brunissant tout sous ses pas. Je la vois dérouler son hémorragie, comme un tapis d’honneur, bientôt piétiné par son amant. D’où vient donc tout ce sang ?
« –Me vois-tu ? »
Elle se tourne vers moi et s’approche lentement ! Je crie « Reste loin de moi ! », mais le son de ma bouche ne sort pas ! Pétrifiée par cette beauté humide qui se révèle au gré des réverbères, sa chevelure rousse dégoulinant à ses pieds.

Ses doigts froids sont déjà sur mes yeux, brandissant le passé bien plus haut que l’avenir… Elle les pose sur ma bouche, désertée par la salive sous l’effet de la frayeur…L’odeur de ses promenades nocturnes glisse de ses ongles à mes narines et je l’entends :
« Dès le premier temps des nuits, du moment où elles virent le jour, me dit-elle, on m’appela, moi la huitième, pour les aider à grandir. Et lorsque je l’ai rencontré, je suis tombée amoureuse de l’hiver et de sa splendeur. Je courais dans l’espoir de nous unir, mais je n’avais pas compris que cette passion dévorante était une impasse. Ne me suit-il pas chaque année ? Il est perdu si je l’attends… 
Ne me lâche t-il pas chaque année ? La solitude est son seul présent ! »

Son discours était secoué de sanglots qui semaient leur lot de sang sur le sol.

« Alors, je prépare sa voie, faisant mon possible pour faciliter son issue…, continua-t-elle, Après toutla feuille de l’arbre meurt plus souvent sur un pare-brise que sur la terre qui lui est promise
Je l’aime ainsi à faire son lit pour que seul il se couche ! Je l’aime encore, sans lui, sans qu’il ne me touche. Pourtant si l’on me donnait aujourd’hui le choix, cela n’aurait rien changé…Car c’est le mois de juin que j’aurais préféré…Voir enfin s’épanouir le jour, voir les nuits blanches de Saint-Pétersbourg, imaginer le bruit de mes larmes sans l’assaut obscure, et donner un sens à mes insomnies grises et stupides qui flétrissent mes voiles comme le temps creuse tes rides…
Profiter du ciel pâle, pour me pâmer, impériale, dans les rues animées ou bien faire l’ermite pour ruminer sur ce monde à la fois petit et sans limite… Laisser à la nuit l’ennui, tendre une corde vers l’horizon et ne jamais m’en tirer. Effacer les saisons et les mois, et moi…m’oublier…»

Silence. Les flots de la mer rouge sont calmés, les pleurs de l’automne arrêtés. Quand j’ai osé regarder autour, il n’y avait plus rien. De la fenêtre de ma chambre, j’ai vu la Terre chercher avec peine un début de clarté, dans un brouillard déjà grisonnant.

Depuis, il me tarde de vivre la première heure noire, de guetter l’apparition, le cœur palpitant devant la probabilité d’un simple mirage…Et l’âme encore pleine d’été consolée à l’idée qu’Octobre aurait pu aimer le soleil.

©Emilie Berd 22/10/2016

 

I WANT TO BELIEVE…

« C’est le cœur tourmenté que je vous écris cette lettre, même si je fais des efforts en surface pour ne rien laisser paraître…
Lorsque j’ai appris cette nouvelle qui, je vous avoue, me glace, j’ai d’abord laissé la place sur mes joues et sur mes lèvres au sillage de mes larmes, pour me laver de ce mauvais rêve.
Et, dans cette tempête, bouleversante et amère, j’en ai beaucoup voulu à ma mère dont les mensonges et l’hypocrisie m’ont écartée du doux chemin de mon enfance. Pourtant quand j’y pense, je m’en doutais un peu… La Terre est immense et vous étiez si vieux !

Il y a des questions à conserver sous clef pour croire aveuglément, mais c’était trop tard, j’avais demandé à Maman et mes illusions se sont évadées comme mes yeux ont fuit !
« Et le lapin de Pâques ? Et la petite souris ? »
Il paraît que l’on peut parfois retrouver la magie, lorsque plus grand, on laisse croire aux petits les mystères de votre existence… Si, désormais mes listes seront bien plus habiles à mettre sous le sapin des cadeaux d’importance, les choses se présentent de plus en plus fragiles…

Cher Père Noël, avec tant de nostalgie, je regarde en arrière et pour tous ces beaux moments que nous avons passés, je jure de garder le secret ! Croix de bois, croix de fer…

Toutes les belles histoires ont une fin, assurément… Tiens ! Je demanderai ce soir, pour le Prince Charmant ! »

©Emilie BERD 5 octobre 2018