VENT

Je l’entends là flânant le long des fenêtres
Et des murs,
Fouillant quelques fissures,
Pour qu’enfin sa rôde s’arrête.
Il suit les failles et pénètre.
Tremblent portes et rideaux
Devant ses cris de revenant.

Je l’attends là effleurant juste mon visage
Et mes yeux
Filant dans mes cheveux
Des fragments d’étoile et d’orage
Alors, il se glisse et engage
Ses frissons sur ma peau
Par son assaut effervescent.

Je m’étends là sa fraicheur ressuscitée,
Brutale.
De l’amour en rafales…
L’eau salée perlant m’a quittée
Sous ses caresses précipitées.
Ma bouche fait écho
À ses souffles languissants.

Je l’entends là éloignant ses ondes exquises.
Une trêve…
Je retrouverai en rêve
Ses nuances de blanc indécises
Le goût de la mer qu’il a conquise.
Lorsque j’aurai trop chaud
L’ardeur le ravivant d’autant.

©Emilie BERD 7 août 2017

BAIN DE SOLEIL (2)

Assoupie sur le sable,
Une caresse insaisissable,
Dépose son safran sur ma peau.

Brille sous la chaleur,
Brûle en douceur,
Mon corps immobile.

Derrière mes paupières,
Saturées de lumière
Des ombres orange oscillent

Dessinent des cieux sauvages
Secoués de forts orages.
Mon corps au repos.

Mais l’étau se resserre
Et la fièvre se libère
À la fois poison et merveille

Amorce sans ardeur
L’appel de la fraîcheur
Mon corps en dérive.

Des sensations étranges
S’éveillent et se mélangent
Les mauvais rêves s’esquivent…

Caresse inoubliable,
Etendu sur le sable
Mon corps au soleil.

©Emilie BERD 20/07/17

MUE

 

Déjà, la toile se tisse
Et les étoiles s’étirent,
Une par une.
Quand, sous sa peau, respire
L’ambre des épices
Aux odeurs brunes.
Trop de démence satine
Le soufre qu’il expire
Qu’il expulse.
La souffrance se dessine
Aux silences qu’il soupire.
Il convulse.

L’heure de la pénitence.
C’est la danse qui commence,
Et s’éternise…
Au diable les apparences !
C’est juste une évidence
Qui se déguise…

Déjà le soir s’esquisse
Et les ombres conspirent
Avec la brume.
Lorsque sa peau aspire
Le mystère qui s’immisce
Et s’allume.
La créature devine
Que l’ange, lent, se glisse
Sous sa fourrure.
Et le démon s’incline
Soumet ses cicatrices
Aux sutures.

C’est l’heure de la naissance.
La splendeur qui s’avance
Et se dépose…
Docile et sans défense,
Il subit son intense
Métamorphose.

©Emilie BERD 5 juillet 2017

 

 

CREPUSCULES

Cassés, sans illusion, les faisceaux s’abaissent…
Tombent les rideaux, d’une pesanteur docile.
Le ciel sous perfusion signe sa détresse
Montent les flambeaux, à la lueur fragile.

Les larmes asséchées par l’éclat du jour
Laissent des traces salées d’eaux  et d’ennui.
Du réglisse effilé s’enroule tout autour,
Garde l’audace prisonnière de sa nuit.

L’horizon se perd dans les ombres anthracite
Mime le soleil de ses fumées orange.
Les nues et les couleurs des draps qui le quittent
Tisseront au réveil un puissant mélange.

Entrée par effraction, violant les persiennes,
Soulève les arceaux, et la splendeur luit !
Cernant sans condition la Terre qui est sienne
Fond l’or sur la peau. Et la lumière fuit !

©Emilie BERD 10/05/2017

LA CHAINE ET LE RÉSEAU

La chaîne un jour dit au réseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la conjoncture
Une élection pour vous est un lourd fardeau
Le moindre fake qui d’aventure
Se glisse, même pataud,
Fait tourner toutes les têtes :
Cependant que mon écran, à la stase pareil,
Non content de suspendre les esprits en éveil
Les laisse plats comme une carpette.
Tout vous est tourbillon, tout m’est soupir
Encor si vous naissiez à l’abri des commérages
Vous n’auriez pas tant à médire :
Loin de tout ce qu’on propage.
Mais vous naissez le plus souvent
De ouï-dire et de stupides cancans.
La méthode envers vous me semble bien injuste.

Votre compassion, alors que vous vous tapez l’incruste,
N’est pas sincère ! Quittez ce raccourci.
La rumeur m’est moins qu’à vous redoutable
Je tisse, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre ces bruits épouvantables
Résisté à tous les assauts
Mais attendons la fin. » Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt une furie
Le plus terrible des enfants
Que la maison eût abrités jusque là et pour longtemps.
D’un geste las, la chaîne éteignit,
Saisit la tablette sans effort
Et fait si bien qu’il chemine
Sur celui dont la lumière bleu fascine
Et dont les racines n’ont ni fond ni bord.

©Emilie BERD 05/05/17 avec l’aimable collaboration de Jean de La Fontaine 😀

Voici l’original

LE CHÊNE ET LE ROSEAU

Le Chêne un jour dit au Roseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.

Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. « Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts.

Jean de La Fontaine

LA VALSE DES VOLETS

Le matin, les bras ouverts,
Grand comme la Terre entière,
Pour inviter la lumière
A respirer au travers
Des vitres froides en verre,
Des briques, de la peinture
Qui s’écaille sur les murs,
Gorgés de la pluie d’hiver.

Un vie-à-vie plein d’amour,
Visa sans réserve ni frais:
« Venez donc, mais si entrez ! »
A tous les rayons du jour.
Et ils virent au quart de tour
Alors que la vue se noircit…
Ils découvrent les jalousies
Grincent de leurs destins lourds…

Car le soir, les yeux bien clos,
Délivrés de ce va-et-vient,
Rabattus, et libres de rien,
Ils évaluent leur fardeau.
Ils attendent, verrouillés,
La veilleuse vacillante
Et son ombre effrayante
Qui chante un peu puis se tait.

Tous, des fermes aux écoles,
Si le vent les faisait claquer,
A débloquer gonds et crochets
Et à entamer leur envol.
Ne plus entendre condamnés,
Le silence de la demeure,
Le son d’une maison qui meurt,
La maison aux volets fermés.

©Emilie BERD 03/05/2017

PROFESSION DE FOI

Voici ma participation au jeudi poésie tout en vert chez Asphodèle.

PROFESSION DE FOI

« Je saurais tracer vos voies
Si vous m’accordiez les vôtres.
Non, n’ayez pas peur de moi !
Je suis un Homme comme un autre !

Vous n’aurez plus jamais froid
Ici même j’en fais serment !
En fer, je signe la croix.
Que l’on me brûle, si je mens !

Oui ! Je tairais vos blessures
Vos terreurs et la faillite.
Et la Terre qui sature,
Tout à coup bien trop petite !

Pourtant j’élèverais des murs
Sur les larmes et les cailloux.
Passez-moi vite mon armure!
Je me dresserai devant vous !

Vous deviendrez mes épées,
Puisqu’il faudra faire la guerre.
Je s’rai maître des armées.
Vous! Vous en serez la chair !

Mais si! C’est la vérité !
Les loups hurlent à la ronde !
Et j’arriverai à vous sauver
De la fin de votre monde !« 

©Emilie BERD 12 avril 2017

Cinq ans bout à bout


Bouture d’argent,
Graine de trésor,
Fleur du vent…

Bourgeon urgent,
Boite à ressorts,
Tapis volant…

Boule de pluie,
Qui perle souvent,
S’écoule et puis
Boude d’ennui
Juste le temps…
Le chagrin fuit.

Boucles de toiles
opales et de l’or
jusqu’à la moelle.

Bouille qui dévoile
lorsqu’elle s’endort
ses airs d’étoile.

Boue salissant
habits et peau,
un jeu d’enfant…
Rires éclatants
m’ont mise K.O.
à bout portant.

©Emilie BERD 10/04/2017

MON RÊVE

Je t’ai rencontré dans cette heure de miel tendre à laquelle l’aube tend la main pour inviter le teint à s’allumer. Tu sais, lorsque l’esprit tente de se noyer dans les remous amoureux de l’ombre… Je te vois dans ces moments de luttes inégales : incandescent.

Mon corps reste immobile dans l’espoir fou de plonger, de se prolonger dans le mystère de ses propres méandres et de s’y perdre enfin, car là c’est déjà si loin que ni la soif ni la faim ne parviennent à s’y rendre. Et tu es là, jusqu’à ce que le réveil, cruel, pointe au matin et que s’enchaînent les temps gris et moites, à l’odeur sombre du chagrin.

Je te vois encore dans l’instant brunissant où les yeux frissonnent de sommeil derrière les paupières bleuies par leur tâche régulière. Tu sais, lorsque tu apprends à marcher à l’amorce de mes nuits… A la seconde où tu tâtonnes, où tu prends appui…Juste avant que tu ne t’élèves et prennes l’horizon tout entière.

S’échappant et filant sans fin, tes brumes se posent sur ma bouche. Elles répandent leur beauté d’épouvante, évanescente et absolue. Il n’y a plus d’hiver, plus de vent…Rien ne bruit. La chaleur sur ma peau respire sous ton hâle de printemps qui m’enveloppe. Et même si tu sais à quel point je suis morte, tu me transportes et me soulèves, mon Rêve.

©Emilie BERD 17/03/2017

CHOCOLAT

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Sa peau souvent noire, douce et laquée,
Craque sous les doigts aussitôt qu’on la touche.
Blanche parfois, ne rougit au soleil
Mais fond comme de la neige, dans la bouche.
Son coffret de lait est une boîte à trésor
Qui cache framboises, ganache et praliné.

Seul ou accompagné
Noisettes, amandes et autres ajouts,
Orange, piment, noix de Cajou,
Le gourmand se tait
Lorsqu’il est là.

Son odeur affole les sentinelles du corps
Qui se jettent, perdues, dans cette voie lactée.
Sa saveur sucrée met le cerveau en éveil
Et l’expose en douceur à ses feux d’artifices.
Sa couleur brille sous un papier doré
Dont la musique froissée est déjà un délice.

En épais carreaux
A la pistache, au café ou au nougat
Mandarine, fraise, giunduja
En petits copeaux
Le chocolat…

© Emilie BERD 9 avril 2015