TEMPS

 

 

 

 

Tant que je ne suis pas mort,
Alors qu’on veut me tuer
Tant que je cours encore…

Si je peux toujours compter…
Puisque je me montre utile,
Même si ce n’est qu’à moitié…

Tant qu’avec moi, au moins,
D’un pas sûr mais de travers
Tout s’en va, l’air de rien.

On me prendra comme je viens…

Tant que je ferai la pluie
Que demain reste la proie
Dont je me repais la nuit.

Tant que j’ emporte le vent,
L’ennui et la rage aussi
Que je suis l’oubli et l’argent.

Au mépris du dilemme
Car ce n’est que suspendu
Que vraiment l’on m’aime,

Jamais je ne serai perdu…

© Emilie BERD 15 novembre 2018

JE VIS DANS L’OEIL D’UN GEANT AVEUGLE…

 

Je vis dans l’œil d’un géant aveugle.
Les ombres s’annoncent en colère
Et les orages dessinent sans bruit
Les toiles orange brunes et claires
Jusqu’au fond de ces pupilles noires.

Mon coeur chevauche, à l’allure de ses rêves,
Le voile pourpre de ses paupières
Aux sillons creusés et bleuis.
Les yeux ouverts aux notes de lumière
Du silence souriant de la lune

Je vis dans l’œil du géant aveugle
Mes sombres forêts imaginaires
Où les ténèbres jouent sous la pluie,
Aux dés pipés, et trichent au poker
Avec des monstres à l’effroi vieilli.

Mon âme s’arrête, aux portes de la sienne
Frêles miroirs, fragiles barrières,
Aux paumelles usées par ses larmes de suie
D’épines blanches et de bras de lierres,
Conquérantes domestiques…

© Emilie BERD 13 novembre 2018