OCTOBRE INFIDELE

Dehors, assise contre le mur irradiant, le soir m’avait déjà prise, noir et épais, dans ses bras hâtés mais tendres. Les paupières grises et closes, l’âme à fleur de rêve, assoupie malgré moi, dans ce sommeil d’enfant presque méchant tant il est insouciant.
Je n’avais pas froid.

Quand un soupçon glacé se glissa dans mon cou, caresse exquise et imposée, attention requise par l’apparition terrifiante que je languissais.
C’est à mon effroi que je l’ai d’abord reconnue, car Octobre avait changé… et à ses bras aussi, de ramures, décorés, désormais bien moins bleues que cendres, comme si son sang s’était défilé… Incroyable déesse aux pieds gelés, vision d’horreur adorée…
Elle était là…

L’orage battait le ciel. Les éclairs sauvages lui découvraient parfois la couleur triste des corps que l’on ne convoite plus… Blancs comme la mort…
Elle leva les yeux vers la pluie qui ne tombait pas et je vis des grains de sel sur son visage, des larmes en cailloux qui roulaient jusqu’à ses lèvres humides.
Sa voix rousse entrait en moi.

« Mes nuits se sont allongées sous les draps chauds de la lumière… Enveloppées aux confins des astres, par le soleil, trompées… Blotti, à l’abri, j’avais l’illusion morbide de me donner, entière. Fondue, effacée sans laisser de trace, enfermée à double tour dans ce jeu de passe-passe… Lui, ardent et moi, absente…
De cette alliance funeste est né l’automne noir et miel, tandis qu’un désert rouge se dressait dans ma gorge…
J’ai vu des feuilles aux arbres qui toujours s’accrochent, pour éviter leurs sœurs gisantes en bas, en tas, et aux destins incendiaires. J’ai vu les aubes blêmes, dont les brumes et les boues balbutiantes se sauvaient sous les assauts de leur adversaire. »

Sa main était sur ma joue, ses ongles appuyés un peu…
L’odeur de ses doigts était devenue sucrée. De son poignet, couraient des chutes d’eau dont le débit puissant éblouissait par seconde. Chaîne immatérielle ou déferlante des veines ? Mon souffle était rythmé par ce compte à rebours hypnotique, horloge ou tambour, que mon cœur jusqu’à s’arrêter, entendait bien accompagner.

« Les ombres de juin me rappelaient par endroit le parfum des premiers frimas, et pourtant, elles n’étaient que le miroir sans éclat de mes propres pas… Ivre d’espace, j’ai cru que c’était son corps, alors que ce n’était que le mien qui desséchait sur place.
Mais je sais que l’hiver me suivra encore et de toute façon… Car, par nature, la passion se fout des saisons. »

Le tonnerre s’est calmé, apaisé et avec elle, sa colère disparut…
Un courant d’air vint se prendre dans mes jambes revigorant ma peau grâce à quelques gouttes égarées. Il avait plu.
Je fis un détour pour chercher quelques bûches de bois !
Demain, l’hiver sera là !

©Emilie BERD 17 octobre 2018

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