NUES

Si nous avions un nuage, de gouttes fines et de sel, au goût d’ardoise et de rose chauffées par l’été… Un seul suffirait, car il serait papillon ou train au gré du vent… Et enfin peut-être il se ferait navire, aux voiles battues par un souffle amer.
Alors, débuterait notre traversée céleste et éphémère.

Les paupières fermées à demi, nous prendrons un peu de hauteur, sans craindre Dieu ni les hommes. Même cet orage aux commissures des cieux ! Ses caresses insolentes deviendront des draps d’air pur et sa plainte accablante s’éteindra dans nos murmures.
Ni le temps ni l’ange qui passe ne saurait nous inquiéter, car, mêlés, le désir et l’audace ne s’en laissent jamais conter. Les frissons suspendus aux soupirs de ta peau guideront notre empire d’eau et de coton. Entre tes mains s’élèvera la beauté du monde, et mon cœur accroché à ta bouche battra au rythme de ta voix.

De là-haut, les ponts et les rivières ne seront que des virgules et nous lirons, dans le sens du tour de la Terre, les histoires sans âge écrites à l’encre des reflets bleus-argent de l’océan.
La tête sur ton épaule, je boirai tes larmes, au fruit de la passion. Sur un chemin, de ton cou à tes pieds, je déposerai des baisers comme d’autres ont laissé leurs cailloux.
Etendus, nous respirerons ce parfum étrange qui fuit du ciel, juste avant que ne l’étreignent les étoiles. Et la chaleur de nos corps nous servira d’armure, pendant que notre vaisseau, à une folle allure, ira chercher le point du jour… Tu sais, lorsque le soleil revêt son aube, cousu aux fils de l’horizon… Lorsqu’il fait vibrer ses cordes ardentes et joue ses premières notes de lumière qui s’éparpillent en étincelles…

À éviter la nuit, une idée d’infini hantera nos âmes… Jusqu’à ce que la pluie ne vienne nous faire tomber des nues.

Nous rejoindrons, enlacés, cette plaine perdue.
En bas… Où l’ombre s’abrite aux pieds des brins d’herbe. Où elle boit la rosée innocente, explosée en petites perles, dents de lait pur et blanc qui dégoulinent de leur toboggan dans des rires superbes.
Cet endroit où l’éternité existe dans le froid des tombeaux…

©Emilie BERD 15/05/18

Ecrit pour l’Agenda Ironique de mai 2018, hébergé chez notre jument verte, avec pour thème « nu » sous toute les coutures:

 » Comme en écho non à Mars mais à Martine, le mois de l’agenda ironique aura pour thème : NU, NUE, NUS, NUES….

Vous pouvez donc d’ores et déjà :

– Vous mettre à l’aise : On est si bien, tout nu, dans une large chaise (1),

– Retirez vos lunettes : Sans ces lunettes, j’ai l’impression d’être tout nu au beau milieu d’une épicerie, avec des miroirs au plafond (2),

– Vous prendre pour le manneken-Pis

– Poétiser : La très chère était nue, et connaissant mon coeur, n’avait gardé que ses bijoux sonores (3)

– Faire ce qu’il vous plait…..mais nu (pour les pudiques, la vérité toute nue fera l’affaire :-))

 

Et pour le calendrier ?  parution des Textes jusqu’au 21 mai inclu, lecture et vote du 22 au 30, proclamation de la fin de mai le 31 🙂

:

(1) Alfred de Musset

(2) Alain Bashung

(3) Charles Baudelaire « 

25 réflexions au sujet de « NUES »

  1. C’est la chute au jardin d’Eden ?
    En tout cas , c’est magnifique
    J’aime particulièrement « Même cet orage aux commissures des cieux ! Ses caresses insolentes deviendront des draps d’air pur et sa plainte accablante s’éteindra dans nos murmures ».
    Bonne soirée Emilie

    Aimé par 1 personne

  2. Bon jour,
    Entre le fantastique et le conte, entre la poésie et la prose poétique entre les arrondies des nuanciers de la narration et la verticalité d’une pluie poétique aérienne entre les élans des sentiments presque lyriques et le romantisme défiant la nature … ce tout s’imbrique comme une œuvre originale d’une âme … amoureuse …
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

  3. Ping : L’agenda aux nues : les votes !!! | La jument verte

  4. La poésie exhale son arôme dans ton écriture et son parfum est envoûtant.
    Que de belles tournures de fragrances pour l’âme.
    C’est une traversée éphémère merveilleusement contée dont la fin en forme d’arrosage laisse entrevoir le cycle de la vie et de la mort.
    Whouah ! Le manque de temps te va très bien !
    Je suis sous le charme de ta poésie.
    Merci Emilie.

    Aimé par 1 personne

    • Oh… Je sais pas quoi dire… Merci beaucoup Jo!
      Pour le manque de temps, je ne voulais pas dire que je l’avais écrit rapidement… Simplement que je n’avais pas le temps de laisser mes inspirations aboutir.
      Merci à toi, Jo ❤

      Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup La Licorne!
      J’en profite pour te dire que ça fait un certain temps que je n’arrive plus à commenter sur blogspot
      😦
      En revanche, je suis allée lire les trois textes… Le roi nu, malheureusement d’actualité…La Clairefontaine dans laquelle je me serai volontiers plonger et la pudeur dont j’ai adoré la chute!!!

      J'aime

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