LA CRISE DE LA QUARANTAINE

Je viens de lire un article, , chez Mind The Gap… J’ai commencé à répondre en commentaire et comme je me suis rendue compte que ce serait trop long, je me suis dit que, de ce trop long commentaire, j’allais faire un tout petit billet, que ça ferait l’occasion de publier quelque chose sur ce blog moribond et que ça me permettrait de parler de cette fameuse crise de la quarantaine…

Déjà, aux sceptiques, je voudrais dire ceci : Soyez heureux ! Soyez heureux, je vous le dis, car si vous ne croyez pas en l’existence de cette crise de la quarantaine, c’est simplement parce que vous n’avez pas encore atteint les quarante ans.
Tant que l’on ne fait pas parti du club, on ne peut pas entrer, c’est comme ça… En revanche, on t’envoie la carte de membre sans te demander ton avis ! Il faut le garder à l’esprit.

Personnellement, cette crise m’a prise par surprise à quarante et un ans (Oh ! ça rime ! Moche, mais ça rime !) C’est vrai, au début, moi, j’étais plutôt heureuse… Quarante ans, c’est joli, c’est rond…J’avais même réussi à perdre du poids, malgré les nombreux témoignages que j’avais accueillis (Notez que si j’utilise le verbe « Accueillir » et non « Recueillir », comme je devrais, c’est parce que ces témoignages, je ne les avais pas réclamés !)
Lorsque l’on fait partie, comme moi, de cette catégorie de la population qui lutte chaque matin pour ne pas exploser son pèse-personne contre le miroir de la salle de bain (une pierre, deux coups !), on les connait bien.
La structure est toujours la même, avec une donnée qui change tous les ans : « A partir de tel âge, pour perdre du poids, faut jeûner pendant 6 mois. ». L’élément évolutif, c’est ledit âge justement, qui par un mystère ironique et insondable est immanquablement le tien…
Donc « A partir de quarante-deux ans (par exemple) pour perdre du poids, faut jeûner pendant 6 mois. »
Le témoin-type ne varie pas non plus : une aînée… qui te l’assène régulièrement avec un air à la fois compatissant et narquois, lorsque tu as décidé, une nouvelle fois, de manger moins gras, moins sucré et moins salé pour tenter le prochain été de porter un maillot de bain deux-pièces avec un minimum de dignité.
Avant, j’avoue que je ne comprenais pas… Ces dames, successives, voulaient-elles me faire du mal ? N’étaient-elles pas excessives ? À moins d’une question médicale, je ne saisissais pas cette impossibilité. Aujourd’hui, je sais… Et, je pense à elles avec tendresse, quand j’ouvre la deuxième tablette de chocolat pour oublier les deux rides que je viens de me découvrir, juste «  », bien placées, comme jadis le bouton d’acné… Sauf que le bouton, lui, disparaît… Je me souviens de leur sagesse bienveillante quoique brutale quand je me sers un nouveau verre de bordeaux en espérant taire l’angoisse du « truc ».

Parce que, à quarante ans, il y a le « truc ». Celui à ne pas faire : le regard en arrière… Et on le fait ! Pour autant, il ne faut pas s’en vouloir… A l’évidence, auparavant, on faisait nous aussi parti des sceptiques.
Et puis, a priori, un regard en arrière n’est pas dangereux en soi… C’est ce qui le suit qui craint ! Il suffit d’un rien : un coup d’œil léger, rapide, en mode furtif… Un éclair qui à lui seul déclenche l’orage… Absurde !
Pourtant, ce simple revers de la tête te la prend mais quelque chose de grand… Elle te la prend « de ouf » (De nos jours, c’est « de ouf » direct, les jeunes, par définition, n’ont pas à s’embarrasser du « truc ».)

Sournoisement, insidieusement et de manière totalement involontaire, se met en route un mécanisme irrésistible et douloureux : tu fais le bilan de ta vie… Pas la liste « des pour et des contre », pas l’inventaire des choses qui te rendraient heureux… Le vrai bilan… Celui qui te fait remonter la bile jusqu’au fond de la gorge, tellement ton enfant intérieur tape des pieds de colère dans ton estomac… Celui qui confronte le passif à l’actif et conforte un résultat en regrets si positif qu’il ferait rougir de plaisir le plus professionnel des banquiers.
Tu as bien conscience qu’elle ne sert à rien, cette roue infernale qui tourne à la puissance de tes larmes et de tes « si j’avais su… ».  Elle t’étourdit de « Etait-ce la bonne voie ? », alors que, en réfléchissant un tout petit peu, toutes les voies mènent au même endroit et c’est ça qui te terrasse, au fond… Tu te rapproches de plus en plus du cul de sac et tu sais à présent que les issues de secours que tu croyais voir clignoter tout le long ne sont que l’éclairage public…
Ça fait du surplace, en se mordant la queue. Tu voudrais tout arrêter en intervenant sur l’énergie hydraulique. Tu te concentres en fermant les yeux bien fort et en faisant ressortir tes jolies pattes d’oie toutes neuves !!!
Mais ça ne suffit pas. C’est trop tard. Y a un goût amer dans la bouche qui ne passe plus… Puisque ce qui est fait n’est plus à faire et ce qui n’a pas été fait non plus… C’est la vie… Et pour ce qui en reste, et bien, on ne l’a plus vraiment devant soi.

Du coup, tu recenses inconsciemment tes projets, ta « to-do list » avant de mourir, parce que même si tu sais où va le chemin, faut bien avancer…

C’est ainsi que je me suis mise à avoir des idées diverses et étranges:

  • Chercher dans un magasin de chaussures cette fameuse paire de bottes que je m’étais promise il y a vingt ans et qui de toute façon n’existe plus ;
  • Promettre à mes filles que l’on irait toutes les trois se faire percer les oreilles alors que je déteste ça ;
  • Reprendre contact avec mon amie d’enfance…

L’énumération ci-dessus n’est pas exhaustive car ce qui m’impressionne vraiment c’est la vitesse dingue à laquelle je peux produire ce genre de plans saugrenus…
Il y a peu, je me suis entendue proposer devant quatre personnes, une seule ayant la capacité juridique de le certifier, un voyage transatlantique… Aller et Retour…

Depuis, chaque soir, lorsque je lève les yeux au ciel et que je vois un de ces appareils volants, saisie par l’inquiétude viscérale qu’ils m’inspirent (en clair, le crash), lorsque je m’imagine terrorisée de l’enregistrement des bagages jusqu’à l’atterrissage, je me dis (comme ça a marché pour un, pas de raison que ça ne marche pas pour moi !) que j’y arriverai, parce que c’est MON projet !!!

©Emilie BERD 6 janvier 2018