PREMIER VOL

Le sol est si doux,
Il se mue en mystère…
Un secret tu partout…
C’est un voyage fou
Ma peau respire cet air
Qui se glisse dans mon cou.

Les nuages ont un goût
De fraises et de réglisse,
De soleil au mois d’août…
Et là, tout au bout,
L’horizon qui se plisse,
Pour me montrer la route…

Plus de tapis volant,
Plus de formules magiques…
J’ai des ailes, à présent !
A mon corps défendant,
Les lois de la physique
Sont perdues dans le vent…

Se retire l’océan,
En minuscule ruban …
Et je n’ai plus qu’à fendre
Le ciel, ce géant,
Qui s’ouvre droit devant !
La terre peut bien m’attendre…

© Emilie BERD 23 septembre 2017

Poème minute !

Des paillettes
Que le soleil et le vent chaud
Avait fait pleuvoir sur ma peau,
Il n’en reste que des miettes…

Et des souvenirs
Que le froid mordant et la pluie,
L’hiver et tout son train d’ennui,
Viendront bientôt assombrir…

Cette lumière
Qui pénétrait mes yeux mi-clos,
Jusqu’au plus profond de mes os,
N’est désormais plus que poussière…

Quelques clochettes
Qu’un éclat triste fera naître
Au hasard d’une simple fenêtre
En plusieurs milliers de paillettes…

© Emilie BERD 14 septembre 2017

PERCEPTIONS

Quand j’effleure la terre du bout de mes doigts,
Que les grains nobles s’accrochent à leur pulpe,
Pour quelques secondes, ou minutes parfois,
J’entends la vie s’agiter comme une brute.

Alors, je pose ma main tout entière
Et je tremble à l’harmonie du tumulte
Je serre le poing sur la courbe nourricière,
Et j’essaie de creuser, j’essaie et je creuse.

Les ongles noircis, le rouge des flammes aux joues,
Amoureuse inhumée, éternelle heureuse,
Je fais mon trou, follement et à genoux,
Puis j’allonge mon corps dans ce lit étrange.

Résonne dans mon ventre et brûle dans ma chair
L’écho des racines profondes et millénaires,
Nourri du fumier des cadavres anonymes
Aux rêves décomposés et réduits à l’infime.

Pose ta main sur la mienne, tu sentiras le pouls métallique qui passe de ma paume à ta peau.

Ferme donc tes yeux ! Ce jour-là est le nôtre !
Laisse venir à toi le frisson des anges,
Le bruit des sangs des saints et des autres…
Ouvre grand la bouche et respire la lumière.

Ton souffle trahit ta crainte de l’Animal,
Bois sans peur le vin des vendanges séculaires.
Car la Bête, libre, humaine et radicale
Se loge dans un royaume contre ton cœur !

Les fruits du dôme tombent déjà par rafales.
Entends-tu leurs noyaux sauter à la chaleur ?
Ecoute l’eau désertant la mer en spirales,
Elle rejoint le ciel et ne laisse que les pierres.

De la surface grise aux cavités souterraines
Progresse sans encombre l’infecte gangrène.
Pourtant, les fleurs noyées par les larmes du matin
Chatouillent encore la Lune de leur léger parfum.

©Emilie BERD 6 septembre 2016

Recyclage pour le jeudi poésie en vert d’Asphodèle.