LE FANTÔME

On raconte, dans le village, qu’il cherche quelque chose. Certains parlent d’un trésor égaré, d’autres sont sûrs qu’il voudrait retrouver son âme. Il se chuchote enfin, dans des cercles restreints, qu’en route pour le fond de la vallée, il laissa, un jour, tomber son amour…
Celui qu’il avait cueilli un soir de fin d’été à la cime de ce mont. Par hasard, ces yeux s’étaient arrêtés sur ce qui lui avait d’emblée semblé comme une merveille, offerte, à lui seul, posée sur une couche de lichen : un morceau d’étoile… Un petit bout… De rien du tout… Pas plus gros qu’une brindille…
Lorsqu’il la prit, cette étincelle, il devint fou d’elle. Il oublia de manger et en perdit le sommeil… Il ne la quittait pas, ne la lâchait pas ! Il la tenait dans son poing, bien serré… Il n’osait la mettre dans sa poche de crainte qu’elle ne cesse de briller. Il ne voulait la mettre dans une boîte de peur d’en être séparé… S’il la gardait ainsi, elle serait à l’abri, pensait-il.

Un matin, en descendant, il se rendit compte qu’elle n’était plus dans sa main… Il fit le trajet, une fois, dix fois, mille fois… Depuis le temps, il aurait dû être mort. Personne n’a jamais retrouvé son corps.

Car on peut voir toutes les nuits déambuler la lumière blanche qui le précède, ce halo qui l’accompagne et éclaire les sentiers sur lesquels il effectue sa ronde.

Cela commence toujours ainsi, lorsque le jour s’est endormi. Un souffle impérissable se murmure entre les rochers de la montagne. La mémoire du massif s’éveille, s’étire et frissonne sous la caresse de cette si discrète douceur.
La terre en tremble un peu. L’humidité se dépose à sa surface, rentre en elle pour s’assoupir, au chaud contre ses miettes de châtaignes et de charbon. Quelques bras de brume venus bercer la buée fuient sans bruit pour laisser place au sortilège.

Il approche…

Le silence s’agite dans les branches des arbres, se blottit et se cache, alors que les ténèbres haletantes, attendent sa venue.

Il est là.

Là-haut, tout en haut, où la roche et les nuages s’aiment en secret, là où le ciel se prend au sommet et s’y menotte, un point lumineux se dessine et descend en dodelinant. Cette lueur qui annonce qu’il marche le long du chemin, torturé…

Il s’évapore puis se ramasse. Il coule des hauteurs, glisse, effrayante rivière, lente mais déterminée. La tête baissée, il scrute le sol.

On l’entend, il l’appelle et fulmine. Sa rage résonne en tonnerre et dérange ce silence étrange qui angoisse la mort même.
Sa plainte s’étend jusqu’à la plaine, dans le souffle devenu vent, et terrorise les enfants qui, malgré l’avertissement de leurs parents, ne rêvent pas encore…
Tous les pores de sa peau pleurent des gouttes d’argent qui vernissent les herbes couchées et chatouillent les pierres brisées.
Il cherchera… jusqu’à ce que le soleil revienne… Et il sait déjà qu’il sera là… Demain soir, ou plus tard…

Un écrin blanc et rose s’émousse dans le ciel ouvrant les portes du ciel au jour. Il remonte la pente, espérant que bientôt l’obscurité gagnera et que là, dans l’ombre, il verra enfin briller son brin d’astre qu’il a laissé échapper…

On raconte, dans le village, qu’il cherche quelque chose. Certains parlent de plusieurs diamants, d’autres disent qu’il a perdu la tête… Si, une seule fois, il la relevait, il verrait que c’est son bout d’étoile qu’il suit, chaque nuit.

©Emilie BERD 17/07/17

 

 

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