MOTS

Les heures blafardes s’avancent.
Les vies sans fête commencent.
Les cœurs en feu vont faire sang
D’un coup de poing comme en cent.

Le glaive de l’ignorance
Fait vœu d’autodéfense.
Restent les vestiges puissants
Des derniers jours du monde d’avant.

Sur un bout de papier, résistants,
Aimés, brandis, les mots aimant…

Ils éveillent la lumière,
Frères d’armes ou de colère,
Font des étoiles incendiaires
Les milles larmes de l’univers.

Ils s’enflamment de dire,
Se nourrissent de pages pures,
Sont épris jusqu’à en mourir
Au prix de tâches et de ratures.

Encres ou cendres, répréhensibles,
Aimés, brandis, mots invincibles…

©Emilie BERD 27/01/2017

 

 

AGENDA IRONIQUE DU MOIS DE JANVIER-ESPECES D’ESPACE

Ce mois-ci, l’Agenda Ironique est hébergé par Carnetsparesseux.

Il nous proposait le thème suivant :

Espèces d’espace

Petit clin d’oeil à Georges Perec ? Façon d’arrêter de se croire tout seul sur notre petite planète ? De faire un peu de place aux autres d’ici ? Ou encore de rêver à nos frères inconnus qui se promènent dans les galaxies lointaines ? Autre chose encore ? A vous de dire.

Mode d’emploi : comme d’habitude, forme libre, chanson, poème, conte, récit, tarentelle, haïku… disons quand même pas plus de 700 mots – comme d’habitude…

Il précisait apprécier que soient glissés dans le texte sept des huit mots suivants : hippocampe, mimosa, n’importe, chat, manger, tentacule, épuiser, vert.

Voici donc Espèces d’Espace à ma façon :

TE SOUVIENS-TU ?

Te souviens-tu ?

J’étais venu te voir, par une nuit glaciale. Une nuit si belle, la première nuit…

Dehors, l’eau ne coulait plus. J’entendais les pierres se moquer d’elle : « Tout le printemps, tu glisses. Sur nous, tu cours. Tu te presses et nous nargues ! Et voilà que c’est ton tour. »  Elle, d’ordinaire limpide était immobile, figée par le gel en de fines statues, des dents pointues qui tombaient de ton toit et protégeaient ta porte.

La terre étouffait en silence sous la neige, celle du jour d’avant, un jour blanc.

Tu n’étais pas sortie. Tu n’avais pas bu et peu mangé. Tu essayais de réchauffer tes pieds menus, en improvisant une danse sur la terre battue. Adresse du chat faite petit rat, ballerine pleine de grâce imaginée par la glace qui se faufilait sous ta peau, aérienne… Je sentais ton cœur battre dans mes tempes.

Ce soir-là, je suis rentré chez toi, je suis allé dans ta chambre. Tu dormais. Tu tremblais tant, comme si le vent de l’hiver t’enlaçait sous tes couvertures, comme si une fièvre tenace épuisait tes rêves. J’ai caressé ta joue, tu n’as plus bougé et je suis parti.

Les nuits suivantes, je suis revenu. Je m’asseyais à côté de ton lit pour écouter tes songes. Et une fois, dans ces images d’horreur et de joie, je m’y suis vu !

Te souviens-tu ?

Surpris, je suis sorti, m’arrêtant sur le pas de ta porte. Tu t’es levée et tu m’as cherché. Tu m’as saisi la main et je t’ai étreint.

La lumière a frappé autour de nous. J’ai entendu faner le mimosa, l’eau ruisseler en grande pompe et les pierres la maudire. J’ai vu l’herbe poussée d’un coup comme un monstre vert souterrain libérant toutes ses tentacules. Le toit a commencé à pleurer, dans nos cous, des gouttes froides et seules…Nous étions deux…

Te souviens-tu ?

Au fur et à mesure des nuits, notre amour a grossi…Tu étais si inquiète, car, aux yeux des autres, disais-tu, je n’existais pas. Peut-être… mais aux tiens ? Je voulais rester ton roi et j’aurai fait n’importe quoi… Si j’avais pu, je l’aurai porté moi-même cet enfant, je me serais fait femme ou …ou hippocampe ! Mais les anges ne savent pas faire ces choses-là…

Tu m’avais promis pourtant que tu serais toujours là pour moi et tu m’as oublié pour que cet enfant vive comme un homme, cet enfant qu’un autre m’a volé…
Pourtant, au fond, tu avais raison, car personne au monde n’aurait pu croire qu’un ange et une étoile aient pu s’aimer.

©Emilie BERD 13 janvier 2017

 

POUSSIERE

 

Voici ma participation au Jeudi-Poésie tout en vert (et tout en vers) d’Asphodèle!

 

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Bille, balle, petite bulle
Grisâtre et pâle, particule
Elémentaire, simple débris éphémère.

Vire, volte, vite circule
Dessous, dessus, tout macule :
Les tables en verres et les étagères.

Perle, paille, pellicule
L’air muet te véhicule
De sa course légère et involontaire.

Sale, seule, minuscule
En grand troupeau, tu t’accumules
Or du temps tapi dans les recoins austères.

Grain, goutte, lait de granule
Tu es le bruit de la pendule
Qui prend corps et ternit la blancheur des draps.

Pluies, pleurs, mortelles plumes
Aux odeurs âcres de la brume
Tu es née de la terre, tu y retourneras.

©Emilie BERD 9 janvier 2017

Une petite berceuse pour les filles (mais aussi pour les garçons)

En 2016, j’avais promis une chanson tendre à Asphodèle. Alors voilà In A Little While, de U2 (issu de l’album All that you can’t leave behind) en version Live, tiré de Live From Boston, filmé pendant leur tournée ELEVATION qui date de 2001.

A l’époque où mon écran TV n’était pas monopolisé par des personnages de dessins animés, j’avais l’habitude de regarder le DVD de ce concert quotidiennement. J’aime énormément ce groupe, mais ce titre est mon titre préféré et il est là dans la version que je préfère aussi, même si la version album est belle aussi.

Je mets les paroles dessous pour les plus curieux!

 

IN A LITTLE WHILE PAROLES

In a little while
Dans un petit moment
Surely you’ll be mine
Tu seras sûrement à moi..
In a little while… I’ll be there
Dans un petit moment… je serai là
In a little while
Dans un petit moment
This hurt will hurt no more
Cette blessure ne fera plus mal.
I’ll be home, love
Je serai à la maison, amour.
When the night takes a deep breath
Quand la nuit prendra une respiration profonde
And the daylight has no air
Et que la lumière du jour n’aura plus d’air
If I crawl, if I come crawling home
Si je rampe, si je rentre en me trainant à la maison
Will you be there?
Seras-tu là?
In a little while
Dans un petit moment
I won’t be blown by every breeze
Je ne serai plus soufflé par le moindre brise
Friday night running to Sunday on my knees
Du samedi soir au dimanche sur les genoux
That girl, that girl she’s mine
Cette fille, cette fille, elle est à moi
Well I’ve known her since,
Et je l’ai connue lorsque
Since she was
Lorsqu’elle était
A little girl with Spanish eyes
Une petite fille avec des yeux espagnoles
When I saw her first in a pram they pushed her by
La première fois que je l’ai vue, ils la promenaient dans un berceau.
Oh my, my how you’ve grown
Oh, comme tu as grandi
Well it’s been, it’s been… a little while
C’était, c’était il y a peu de temps.
ooh ooh ooh ooh ooh ooh
Slow down my beating heart
Doucement mon coeur palpitant
A man dreams one day to fly
Un homme rêve un jour de voler
A man takes a rocket ship into the skies
Un homme monte dans une fusée à travers les cieux
He lives on a star that’s dying in the night
Il vit sur une étoile qui meurt dans la nuit
And follows in the trail, the scatter of light
Et suit sur la queue ( de l’étoile), la dispersion de la lumière
Turn it on, turn it on, you turn me on
Allume-là, allume-là, tu m’allumes.

Slow down my beating heart
Ralentit mon coeur palpitant
Slowly, slowly love
Slow down my beating heart
Slowly, slowly love
Slow down my beating heart
Slowly, slowly love

Source : U2.com
Traduction :moi-même

ADIEUX A MON SECHE-LINGE

Cela faisait presque quatre ans qu’il m’accompagnait…Aujourd’hui, il me faut lui dire adieu…

Je me sens redevable…

Il était mon épée invincible contre la pluie, mon assistant contre la propagation des épidémies. Fidèle et loyal, même la nuit, lorsqu’une gastro avait donné l’assaut ou qu’une couche avait fuit… Me voilà donc, l’air hagard et les bras ballants devant cette pile de linge humide qu’il n’a pas pu séchée…Et je me demande comment je faisais avant ? Il y aura bien un avant et un après…

Je vais vous le dire pour éviter toute méprise : Oui, je me sens abandonnée…Lâchée d’un coup, d’un seul…Je suis surprise, je ne m’étais pas préparée… Dois-je pour autant me blâmer ? Comment se préparer à son silence alors que c’était sa principale qualité ? Je sais bien que sa présence ne tenait qu’à un fil, mais j’avais foi en son programme, pauvre imbécile…

Je me crois responsable.

Les questions tournent dans ma tête comme son tambour, ce midi. Lui en ai-je trop demandé ? L’ai-je trop chargé ? Que s’est-il donc passé pour que son ronronnement impassible expire peu de temps après sa garantie ?

Bien sûr, j’ai essayé de le réanimer, espérant une manipulation malheureuse, un grain de sable dans le rouage… Bien sûr, j’appellerai le S.A.V., qui devinant l’intervention juteuse, répondra vite à mon message…

Mais, j’en suis convaincue. C’est le chant du cygne. Alors, parce que j’essaie de rester digne, je me dis qu’au fond, c’était son dernier don, car au bruit de son dernier souffle, et au fumet qu’il dégageait, il aurait pu cramer toute la maison !

©Emilie BERD 10/01/2017

Poème minute!

J’ai essuyé les beaux verres
Et je les ai rangés
Tout au fond du placard
Avec la vaisselle colorée.

Reste le sapin à défaire
La galette à dévorer.
Elle ne sera pas j’espère avare
En fèves à dénicher.

Et par miracle, peut-être
Trouvera-t-on le nom enfin
Après Melchior et Balthazar,
De celui dont nul ne se souvient…

C’est comme si l’on pouvait tout recommencer
Comme si un mouvement perpétuel nous aspirait.
Comme si l’on ne voyait pas le bout du chemin…

Elle traîne encore la fête
Elle n’enfile pas son manteau
Pour sortir dans le blizzard
Car elle dit qu’il est bien trop tôt !

Les bouteilles vides se font entendre
Elles rouspètent fort et haut :
« Quel est donc ce bazar ?
Recycle-t-on les papiers cadeaux ? »

Et dans ce premier matin tendre,
Un rayon perce mine de rien
L’épaisseur du brouillard
Installé là depuis Toussaint.

C’est comme si le temps n’était plus à compter
Que les histoires sombres s’évanouissaient…
Comme s’il y avait un jour plus grand demain !

©Emilie Berd 3 janvier 2017