SOUS TON ARBRE

Dessin de Mambo 2

Dessin de Mambo 2

Quand on se parle et qu’on se voit,
On dit souvent n’importe quoi
Sous les bras fuyant de ton arbre.

On discute des bruits et des joies
De nos peines et nos peurs parfois
Sous l’ombre chaude de ton arbre

Ensemble, à la vie à la mort
On trinque au silence du sort
Froid comme le marbre

On en oublierait les remords
L’inhumain et plus humain encore
De ce monde macabre.

On pourrait pendant des heures
Essayer d’épaissir nos cœurs
Pour refaire ce qui se délabre.

Mais ce serait bien trop de sueur
Et l’aube déjà brise ses lueurs
Sur les feuilles denses de ton arbre.

©Emilie BERD 28/09/2016

AGENDA IRONIQUE DE SEPTEMBRE, VOICI L’HISTOIRE DU LOUP

L’Agenda ironique ce mois-ci est chez Martine et chez Carnetsparesseux. Les deux organisateurs nous proposaient deux thèmes. L’un donne sa langue au chat tandis que l’autre s’égare dans des sombres histoires de loup et d’habit rouge. Après le chat, publié hier, voici le loup!

LE PETIT CHAPERON

Il était une fois une petite fille adorable et adorée ! Sa mère l’adorait, sa grand-mère l’adorait !
Cet amour la dota d’un indécrottable caractère. Des règles, elle n’en avait que faire !
Incorrigible, elle obtenait toujours ce qu’elle souhaitait. Les autres enfants de son village l’évitaient et les adultes ragotaient sur ses crises habituelles : « Qu’est-ce que sa mère va bien pouvoir faire d’elle ? ».

Cette petite fille portait un chaperon qui lui allait si bien qu’on l’appelait « Le Petit Chaperon».

Un jour que sa grand-mère fut malade, Le Petit Chaperon partit en ballade lui porter une galette et un petit-pot de beurre. Après tout, elle avait bon cœur.
En chemin, elle rencontra le Loup qui lui demanda :
« Où vas-tu, chère enfant ? »
« Chez ma mère-grand, répondit-elle en s’agaçant déjà, lui porter une galette et un petit pot de beurre que ma mère lui envoie. »
Le Loup lui dit « Voudrais-tu jouer à un jeu avec moi ? »
Le Petit Chaperon rétorqua « Non merci, je suis pressée, je n’ai qu’une hâte, voir ma grand-mère bien-aimée et me retrouver devant l’âtre. »
Le Loup resta sans voix. Il ne souffrait que, pour la première fois, quelqu’un lui résistât   ! Alors, il insista. « C’est que dans ce bois, je m’ennuie. Je ne serai pas contre un peu de compagnie. »
Mais l’enfant le regarda de travers ! « Il croit que je suis née d’hier ! » pensa t-elle alors qu’elle suait d’impatience ! « J’admire votre insouciance, mais voyez-vous, il commence à faire tard. Chercher donc une biche, un lapin, je ne sais pas…un lézard…. »

Le Loup n’y comprenant plus rien, mais se laissant guider par la faim, se jeta sur la pauvre petite qui ni une ni deux l’assomma bien vite ! Un crochet du gauche sans rancune, et un uppercut magistral le mit dans la Lune !
Le Petit Chaperon, rouge de colère, lui dit « Malgré vos grandes oreilles, vous êtes donc sourd, à moins que vous ne soyez tout bonnement lourd ! Quoiqu’il en soit vous m’avez mis à bout ! Je vous ai dit Non et vous en avez fait fi, Loup ! »

©Emilie BERD 21/09/2016

AGENDA IRONIQUE DE SEPTEMBRE

L’Agenda ironique ce mois-ci est chez Martine et chez Carnetsparesseux. Les deux organisateurs nous proposaient deux thèmes. L’un donne sa langue au chat tandis que l’autre s’égare dans des sombres histoires de loup et d’habit rouge.

Je ne sais pas encore si je pourrai pleinement participer au concours car je n’ai à cette heure terminé que le texte à la langue de chat…Mais écrit pour écrit, le voici!

BABEL

Il était un temps lointain où tout le monde parlait le même langage, un temps béni a priori mais ce serait occulter une bonne dose d’ironie…

Il était un temps, donc, où tout le monde parlait la même langue, avant que la pop anglaise envahisse l’espace musical (parce que lorsque l’on comprend les paroles…), avant que les étudiants ERASMUS animent les nuits de Brighton ou de Barcelone, et bien avant que les faux-amis, dont on ne se méfiera jamais assez, s’incrustent dans les conversations.

Jusqu’à ce que quelqu’un eut une illumination:

 « Et si on construisait une Tour ! »

« Pas mal » répondirent les autres

« Une Tour qui toucherait le ciel »

« Mais un monument pareil ! Il lui faudrait un nom ! » (On admire au passage, la discipline de ce temps jadis où tout le monde ou presque parlait d’une seule voix ! )

« Appelons la, la Tour de Babel ! » Il faut préciser que l’homme à l’initiative de ce projet possédait un chat baptisé Babel, car ces miaulements nocturnes ressemblaient plus à la complainte d’un agneau qu’à des miaous de matou ! Malgré tout, c’était un chat d’une grande sagesse et, à son propos, son maître disait souvent qu’il ne lui manquait que la parole.

Les travaux commencèrent sous l’œil avisé du chat. Il guettait constamment et n’était jamais à l’abri d’une pierre ou d’une brique jetée par les ouvriers, ces derniers craignant qu’il leur joue un mauvais tour ou qu’il leur porte malheur. Pourtant il n’était pas noir, mais plutôt caramel…mais bon vous savez ce qu’on dit sur les pauvres chats, la nuit ! Du maçon à l’architecte, tous faisaient grise mine à son apparition et de sombres rumeurs ébranlaient les échafaudages. Mais remettons les choses dans leur contexte ! Du côté des hommes, la météo n’était pas clémente. Ils essuyaient de terribles orages et la construction allait de mal en pis…Et si l’on se penche un peu sur le cas du chat, son intelligence qu’il cherchait pourtant à cacher le desservait plutôt.

L’animal, fatigué d’être le bouc-émissaire de l’avancement désastreux du chantier qui somme toute n’était que le résultat de l’avidité des hommes (car se disait Babel, « une tour qui touche le ciel ne sert pas à grand-chose pour ceux qui ne retombent jamais sur leurs pattes ! ») prit ses jambes à son cou sans demander son reste !

Si la fuite du chat clairvoyant est méconnue, l’autre fin de l’histoire l’est beaucoup moins: aucune tour ne vit le jour, et les hommes, disséminés à la surface de la Terre parlèrent différents langages…

Et ce n’est que là que l’homme à l’idée géniale comprit, ayant perdu son fidèle compagnon et sa langue…et se dit qu’à défaut de l’avoir tournée sept fois dans sa bouche, il aurait mieux fait de la donner à son chat.

©Emilie BERD 20/09/2016

PERCEPTIONS

Quand j’effleure la terre du bout de mes doigts,
Que les grains nobles s’accrochent à leur pulpe,
Pour quelques secondes, ou minutes parfois,
J’entends la vie s’agiter comme une brute.

Alors, je pose ma main tout entière
Et je tremble à l’harmonie du tumulte
Je serre le poing sur la courbe nourricière,
Et j’essaie de creuser, j’essaie et je creuse.

Les ongles noircis, le rouge des flammes aux joues,
Amoureuse inhumée, éternelle heureuse,
Je fais mon trou, follement et à genoux,
Puis j’allonge mon corps dans ce lit étrange.

Résonne dans mon ventre et brûle dans ma chair
L’écho des racines profondes et millénaires,
Nourri du fumier des cadavres anonymes
Aux rêves décomposés et réduits à l’infime.

Pose ta main sur la mienne, tu sentiras le pouls métallique qui passe de ma paume à ta peau.

Ferme donc tes yeux ! Ce jour-là est le nôtre !
Laisse venir à toi le frisson des anges,
Le bruit des sangs des saints et des autres…
Ouvre grand la bouche et respire la lumière.

Ton souffle trahit ta crainte de l’Animal,
Bois sans peur le vin des vendanges séculaires.
Car la Bête, libre, humaine et radicale
Se loge dans un royaume contre ton cœur !

Les fruits du dôme tombent déjà par rafales.
Entends-tu leurs noyaux sauter à la chaleur ?
Ecoute l’eau désertant la mer en spirales,
Elle rejoint le ciel et ne laisse que les pierres.

De la surface grise aux cavités souterraines
Progresse sans encombre l’infecte gangrène.
Pourtant, les fleurs noyées par les larmes du matin
Chatouillent encore la Lune de leur léger parfum.

©Emilie BERD 6 septembre 2016