Les Plumes d’ASPHODELE n°50

Voici ma participation aux Plumes 50 d’Asphodèle.

Les mots à utiliser étaient les suivants :

Vedette-Fragiliser-Fortune-Film-Projecteur-Fumé-Paparazzi-Fanfreluche-Réputation-Prétention-Chanteur-Oublier-Local-Gros-Météorite-Etoile-Talent-Chaleur-Lumineux-Barricader-Moi-Diva

Je n’ai pas utiliser Météorite et Barricader.

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UN MIROIR SANS PRETENTION

Il était là, dans ce local sombre. Il n’y avait pour lumière que les fines raies du soleil qui coulaient entre les planches de bois de la cloison. De fines raies faufilant la liberté en lambeaux dans cet endroit sinistre. De fines raies dessinant effrontément, sur les cartons entassés, les barreaux d’une prison…
Il ne valait plus grand-chose, à présent…

Quelques semaines auparavant, il avait été acheté par un homme extravagant portant une cape noire et d’épais verres fumés.
Dès le premier regard, son propriétaire imagina qu’il valait une fortune. C’était pourtant un miroir sans prétention. Son cadre était simple et joli, même s’il avait été fragilisé pendant le transport par cette grosse brute ! A son nouveau domicile, le miroir sans prétention était suspendu au plafond d’une grande pièce lumineuse. Il avait pour compagnon des tables bancales, des boites de toutes les formes ! Dans le coin, un couple de lapin ! Près de la fenêtre, une volière très bruyante de colombes !
Des heures durant, des jours durant, le bonhomme restait avec eux ! Il avait des attitudes étranges…Il faisait de grands gestes, exerçait sa voix en articulant des onomatopées incompréhensibles, plongeait souvent ses longs bras dans une grande caisse d’où il sortait des rubans multicolores et d’autres fanfreluches…

Un soir, l’homme le décrocha, l’entoura plusieurs fois d’un film plastique, le couvrit avec une couverture fripée, et le chargea dans un petit fourgon. Le trajet fut long, mais le but était spectaculaire.
Une fois la couverture retirée, le miroir sans prétention se découvrit dans un théâtre ! Comme il était placé, il ne pouvait voir le sol. Il distinguait à peine les rideaux rouges sur les côtés…Au fond, les projecteurs crachaient leur chaleur blanche. Et en face, juste en face, comme les strapontins sur lesquels se hissait sa gloire à venir, comme les pavés de la route pour sa piste aux étoiles, les fauteuils, placides, accueillaient les spectateurs.

Ce premier soir, il comprit que son propriétaire était magicien. Il ne lui avait pas échappé que cet être fantasque était un artiste mais du fait des paroles énigmatiques qu’il psalmodiait, il l’avait pris pour un chanteur. Magicien, il était bien meilleur.
Le miroir sans prétention n’était pas fait pour jouer la vedette. Il était plutôt poli et discret. Et le talent de ce magicien n’était pas de ceux qui attiraient les paparazzi. Malgré cela, il avait toutefois pris la grosse tête et il se surprenait à faire sa diva.
Chaque soir, à la fin du spectacle, le magicien invitait les enfants à monter sur l’estrade…Les enfants étaient curieux de tout, la grosse boite, la petite table, les lapins, la colombe…Mais le miroir, lui, les intéressait peu et il s’en vexait beaucoup.

Le terrible accident survint lorsqu’un enfant jouant avec les accessoires renversa le miroir.
Pendant quelques secondes, le miroir refléta la moquette rouge et sale du sol. Et en quelques secondes, le destin brisé par une balle perdue, il fut balayé de la scène.

C’est pour cela que le magicien mit son cadre et ce qui tenait encore de la glace dans sa remise, à même la terre battue. Le miroir sans prétention ne valait plus grand-chose, et pourtant… Il ne pouvait oublier la phrase qu’il avait entendue alors qu’il tombait… « C’est pas moi ! »…

 
Ce n’était qu’un enfant. Ne pouvait-on déroger à la tradition ? Etait-ce une affaire de réputation ? De toute façon, ce n’était plus de son ressort.

 
Et alors qu’il acceptait son pauvre sort, enfermé dans sa prison de lumière, à réfléchir pour aider à passer les heures, les parents du briseur de rêve cherchaient désespérément un moyen de conjurer les sept ans de malheur.

 
©Emilie BERD 11 mars 2015

608 mots

43 réflexions au sujet de « Les Plumes d’ASPHODELE n°50 »

  1. Ping : Les plumes 50 – Les textes pour la célébrité ! | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  2. Hé hé, belle chute Emillie. Comme le dit Valentyne, pas facile de faire vivre un miroir et de l’humaniser et tu y parviens. J’adore les magiciens, j’aurais aimé faire ça je crois…
    Peu de personnes ont pris la météorite dis-moi…
    C’est du vécu un enfant turbulent qui casse un miroir ?? Warf 😀 😀

    Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup Mind The Gap…Oui la météorite est vite passée…Et barricader aussi vite du coup! Roo! Bon, ce qui est fait est fait!
      Non non ce n’est pas du vécu! Aucun miroir chez moi (il ne me reflète pas😄😄😄)
      Bisous

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  3. Haaaa je reviens ! Que vois-je ?? Tu as laissé 2 mots alors que tu n’avais droit qu’à un seul…cela mérite une punition !!
    Moi je n’en ai laissé qu’un seul mais j’ai un peu transformé le deuxième…Aspho le verra pas sinon je vais y avoir droit aussi…Warf !!
    Mais non je te balance pas… 😀

    Aimé par 2 people

  4. Bien menée cette histoire de miroir; à chaque fois un court métrage d’images insolites et vivantes et la chute (c’est bien le cas ici) qui réduit à néant les attentes de ton personnage réfléchissant. Bravo Emilie, je me suis laissée prendre par tes mots.

    Aimé par 1 personne

  5. Excellent ton texte ma belle Emilie, non mais franchement…et tu voulais laisser tomber !!! 🙄 C’eût été affreux de passer à côté ! Je me suis piquée au jeu, me mettant à la place de ce pauvre miroir, c’est dire si tu as su lui donner vie et âme ! Bon, je te pardonne les oublis de mots, je suis indulgente aujourd’hui, profitez-en ça n’arrive pas tous les jours ! 😆 Et ton lien marchait, je crois comprendre pourquoi (c’est le « domaine ») ! Alors un grand sourire et encore bravo ! 😉

    Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup Asphodele…Je ne voulais pas te faire ramer comme c’est arrivé une fois avec un de mes liens! C’est quand même du boulot, hein?!
      Ton indulgence me touche pour les oublis de mots.😁Je suis confuse, d’autant que ce n’était pas volontaire! Merci pour ta sollicitude Grande Prêtresse 😄
      Bisous Asphodele et merci encore.

      Aimé par 1 personne

      • Rhooo mais ne t’inquiète pas pour les liens : oui c’est du boulot c’est pour ça que je suis contente quand chacun me donne le « bon » tout de suite mais ce n’est pas non plus (ça n’a jamais été) un critère pour refuser un texte !!! J’ai eu du mal aussi avec « local » de Camomille, avec oubli que j’ai failli oublier (souvent les mots simples sont les plus durs à placer) alors oui je sais qu’en fonction de ce que l’on écrit, mieux vaut parfois ne pas les mettre plutôt qu’ils fassent tache ! 😆 Je sais très bien que tu aurais pu les placer, ce n’était pas volontaire ! Et ton texte est si beau que tout est pardonné !!! 😀 Bisous♥

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  6. Pôv’ miroir porteur de tous les maux de l’incompétence humaine ^^. Un rêve brisé là est avant tout celui du miroir.
    J’ai beaucoup aimé ce conte et je me suis permise de l’imprimer pour le lire a ma troll de 6 ans, je suis sûre que ça va lui plaire et m’amener une migraine suite aux réponses obligatoires des « pourquoi », mais je relève le défit 🙂

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    • Oh! Merci Rejanie, c’est trop chou!!!
      J’espère qu’elle aimera! Désolée pour les migraines éventuelles😄( je connais bien!Tant les migraines que les questions😉) N’hésite pas à me tenir au courant de son retour, positif ou négatif!

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  7. Magie et superstition vont bien ensemble ! Elle est triste, l’histoire de ce miroir sans prétention ! Peut-être aurait-il fallu qu’il en eut et qu’il les manifestât ? Ah si Dodo avait été là, plus que sûr qu’il y serait arrivé ! Tout ceci me fait penser à la discussion que nous avons eue hier soir, avec nos amis Nous parlions rebouteux, médecines parallèles, somatisation et je leur ai demandé s’ils se rappelaient la pièce d’André Roussin : la voyante.
    Tu me diras que cela n’a rien à voir avec ton texte qui m’a emballée mais bon… une idée en entraînant une autre, n’est-ce pas ? 😀 Bisous

    Aimé par 1 personne

  8. Même les miroirs peuvent avoir une âme quand on sait leur en donner une! et toi Emilie, tu m’as vraiment impressionné par la valse de ce miroir qui se maintenait dans son coin, ne faisait rien qui puisse gêner son propriétaire magicien. Il accepte même son destin brisé, sans mot dire et surtout sans maudire. Mais les parents eux ne sont victimes que de leur croyance absurde, le miroir n’était que le reflet de leur triste sort!! Bonne soiré Emilie.

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    • Bizak
      Merci pour ce beau commentaire! Je dois avouer que le miroir a longtemps hésité, le temps pendant lequel nous décidions, lui et moi, de son destin! Il a été un instant où il aurait voulu les maudire, mais un miroir sans prétention n’a pas mauvais fond, et il prend le temps de réfléchir…Bonne soirée Bizak

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