Les Plumes d’Asphodèle n°45

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Voici ma participation aux 45èmes Plumes d’Asphodèle.

Les mots imposés étaient les suivants : Frissonner, vide, humeur, plume, embellir, enfin, sommeil, drogué, impasse, poésie, torture, plénitude, trop-plein, youpi, énergie, absence, temps, dénuement, bol, idée, déchirement, bus, besoin, rationner, abandonné.

Nous pouvions en laisser deux de côté. Je n’ai pas utilisé Youpi et Poésie.


 

J’imagine que ce doit être la même sensation lorsqu’à deux heures du matin, la tête engourdie de sommeil, on découvre un ami qui frissonne sur le pas de la porte…Hagard, il se tient là, des perles d’eau mêlées à quelques traces rouges sur le front. Pas besoin qu’il tienne une pelle, on sait très bien de quoi il est question. Pas besoin de discuter une demi-heure, de demander des nouvelles, on devine l’impasse…Le truc que l’on fait et que l’on regrettera pendant des siècles et des siècles. « Amène la bagnole, on y va ! ». Et on sait déjà que c’est une connerie.

Sauf que là, ce n’était pas un cadavre mais une vie que j’enterrais. Ce n’était pas un crime…Enfin, pas au début…Mes idéaux de jeunesse ? Mes rêves de petite fille ? Sans rire ! Ne me branchez pas sur mon enfant intérieur, Il n’a jamais vraiment été d’humeur !
Les copines, la famille…Comme si personne ne voyait ! Tout le monde s’en foutait ! Une vie lâchée aux chiens, une vie gâchée…De toute façon, mon surnom à moi, c’était « Pas de bol »…Et pourquoi la vie d’une autre plutôt que la mienne, après tout!

Ce qui au départ semblait être une bonne idée est donc subitement devenue vide de sens! On pense connaître les gens et puis, comme on a raison, le train-train s’installe.
Pour combler les absences, je pillais le frigo. Je vomissais le trop-plein. Cela me donnait une illusion de contrôle… de plénitude justement ! C’était mon secret, ma victoire sur cette routine de merde que je lui rendais ! Et quand il était là, on se volait dans les plumes… Ça nous divertissait, faut croire!

Au bout d’un moment, la lassitude s’est métamorphosée en torture.
Partir ? Pour aller où ? Vous avez lu mon CV ? Je préférais être abandonnée que choisir le dénuement. Affaire de courage ? Je ne sais pas trop… J’attendais, comme on attend un bus. « ça fait déjà 15 minutes que je suis là, si je me barre, il se pointe, c’est sûr ! ». Vous voyez le topo ?
Et il y avait les gosses. Chaque jour, leur énergie me renvoyait mon inertie au visage.

Le problème de la solitude, ce n’est pas tant l’ennui que le temps qu’elle donne pour réfléchir. J’ai pensé à finir toutes mes boites de comprimés, mais je ne voulais pas me rater. « Pas de bol », je vous ai dit ! J’étais droguée aux somnifères, ça aurait considérablement réduit l’efficacité ! Evidemment, rétrospectivement, c’est facile de juger, de mettre des termes barbares sur des situations qu’on ne comprend pas ! C’est facile d’être un autre, de lyncher plus petit que soi ! Ça rassure ! Ça donne de la grandeur !
Je ne me repends pas mais je ne mens pas! Ce n’est pas un déchirement pour moi !
Vous savez, on peut toujours essayer mais il y a des choses que l’on ne peut pas rationner…Je ne parle pas de bonheur, je ne parle pas d’amour…Cela embellit forcément le quotidien, mais la chaleur… la vraie chaleur ! Celle qui bout à l’intérieur, qui claque comme des billes, dont le manque file des crampes à en hurler, à en tuer !

Je l’ai trouvé si beau, alors. Il gisait sur le sol. Un filet de sang débordait de la commissure de ses lèvres tandis qu’un autre, plus épais, décorait sa tempe droite.

Quand je lui ai dit que je voulais partir, les coups ont commencé à tomber. N’allez pas croire n’importe quoi, j’en distribuais aussi. J’ai tourné la tête pour me protéger et j’ai aperçu le petit dans l’encadrement de la porte. C’était drôle ! C’était la première fois qu’il venait dans un moment pareil.

Après, je ne me souviens plus de ce qui s’est passé. Tout ce que je peux vous dire, c’est que ce n’était pas prémédité.

657 mots

©Emilie BERD 23 octobre 2015

Aujourd’hui à la poubelle n°207/366

image« Dites-moi ce que vous jetez et je vous dirai qui vous êtes. » Vraiment? Il faudrait que je trouve une pirouette mais les idées ne sont pas fameuses, aujourd’hui, juste bonnes à mettre à la poubelle!

©Emilie BERD

366 réels à prise rapide proposés par Raymond QUENEAU

1- Ecrit sur le vif : ok.

2- Moins de 100 mots : 35 mots

3- Elément réel : ok

Aujourd’hui il me faudrait un mot pour désigner n°206/366

imageNon, non, il ne me faut aucun mot! Il y en a bien assez! 25, il y en a! 25 pour les 45emes Plumes chez Asphodèle! Personnellement, ça me suffit, parce que figurez-vous que je suis à la bourre, en retard, à la ramasse! Avec mes petits tyrans qui s’approchent dès qu’ils entendent les bruits du clavier! Alors, non merci! Il ne me faut aucun mot!

©Emilie BERD

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1- Ecrit sur le vif : ok.

2- Moins de 100 mots :  64 mots

3- Elément réel : ok

Aujourd’hui attention particulière à ne pas faire n°205/366

imageSurtout, surtout ne pas faire attention aux enfants qui font des aller-retours de la cuisine à l’extérieur et qui plongent leurs doigts dans le bol de chocolat fondu, pendant que je sue sang et eaux pour monter ces blancs d’oeuf en neige!

©Emilie BERD

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1- Ecrit sur le vif : ok.

2- Moins de 100 mots :  42 mots

3- Elément réel : ok

Aujourd’hui attention particulière à faire…n°204/366

imageJ’ai porté une attention particulière à ma fille de 3 ans. Elle m’a confié un mal singulier, une détresse à laquelle je n’aurais jamais songé…Il était 11h00, aujourd’hui, lorsqu’elle a fait cette déclaration qui, je l’avoue, m’a presque éblouie:

« – Maman, il rentre à quelle heure Papa?

Ce soir, mon coeur, pas encore…

Parce que, tu sais, sans Papa, je peux plus respirer! »

Quelques minutes d’observation pour comprendre qu’il ne s’agissait que d’une métaphore. Et elle poursuit sans doute pour me rassurer : »Mais je t’aime quand même! »

©Emilie BERD

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1- Ecrit sur le vif : ok.

2- Moins de 100 mots :  85 mots

3- Elément réel : ok

Aujourd’hui besoin d’un objet essentiel n°203/366

imageIl y a des jours comme ça lorsque la douleur se réveille, lorsque notre faiblesse se rappelle à nous, rien à faire…On n’est pas bien, on se sent rien…

Il est des jours ainsi, alors que la cicatrice fait à nouveau mal, alors qu’aucune abondance ne nous apaise, la seule chose essentielle ressemble au silence…

©Emilie BERD

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1- Ecrit sur le vif : ok

2- Moins de 100 mots :  55 mots

3- Elément réel : ok

Aujourd’hui l’ombre de n°202/366

imageAujourd’hui, l’ombre de ma vie fête son anniversaire! Euh! Pardon…L’hombre de ma vie fête son anniversaire! L’homme de ma vie, quoi! Au sujet du nombre des années, je dois me taire. Je préfère ménager mes nerfs ! Il est plus jeune que moi!

Quant à qui suivrait l’autre jusqu’au bout du monde, pour cela, il n’y a vraiment aucun mystère, aucun risque! Il est le jour et je suis l’ombre qui l’épousera jusqu’aux Enfers.

©Emilie BERD

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1- Ecrit sur le vif : ok.

2- Moins de 100 mots :  75 mots

3- Elément réel : ok

Aujourd’hui de l’argent n°201/366

image« – Chérie! Continue à manger ta soupe, mon coeur! Tu mangeais très bien. »

Le regard dans le vide, je n’obtins que le silence pour réponse!

« –Tu veux que je t’aide à finir ton bol?

-… »

Dis donc! Je sais très bien que tu fais semblant de ne pas m’entendre!

-Non, c’est même pas vrai ce que tu dis« 

Preuve en est que la parole est d’argent et le silence est d’or!

©Emilie BERD

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1- Ecrit sur le vif : ok

2- Moins de 100 mots :  71 mots

3- Elément réel : ok

 

Aujourd’hui comme un gosse n°200/366

imageAu croisement, j’ai eu au moins quatre extrasystoles, en attendant que le feu passe au vert. Cette crise aurait pu être provoquée par un véhicule bleu au milieu du carrefour, une angoisse existentielle devant le feu rouge…Non, non!J’allais inscrire mon fils en sixième, au collège, à l’école des grands (à défaut d’une grande école), à l’école de la vie où votre enfant vous échappe, où il s’échappe à lui-même en prise avec ses hormones, ses idéaux, ses envies et ses craintes…

Sur le parking devant le collège, j’ai fait trois fois le tour. C’était un parking bleu (avec les disques horaires), et il se trouvait que je n’en avais pas. J’ai vu un petit coin de gravier et d’herbe verte, juste avant le panneau signalant cette obligation…Je m’imaginais déjà voir rouge si un petit papillon se déposait sur mon pare-brise pendant le rendez-vous! « Mais enfin, Madame, le stationnement règlementé, c’est après le panneau, pas avant!Sinon, cela n’a aucun sens« 

Dans le bureau de la directrice, j’ai attendu deux minutes! Je cachais mes mains rouges de froid! Un élève était absent sans mot d’excuse. La directrice essayait de savoir pourquoi. Le coquin avait raconté à sa maman (j’imagine verte de rage) qu’il n’avait pas cours…Le gredin s’était fait prendre comme un bleu…C’était un bureau avec vue sur la cour de récréation. Je pouvais admirer, au milieu d’un terrain de foot en goudron, des êtres impatients, des corps semblant encore hésiter entre la tendre enfance et la brute adulte…

Et alors que le rendez-vous commençait, alors que c’est de mon fils dont il fallait parler, des choses étranges, irrésistibles sont remontées en moi…Je me suis sentie comme un…mais vous le savez déjà!

©Emilie BERD

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1- Ecrit sur le vif : plus ou moins…

2- Moins de 100 mots :  282 mots

3- Elément réel : ok

Aujourd’hui avance comme n°199/366

imageQu’est-ce que j’ai eu froid? Le ciel était blanc comme si des flocons de neige allaient nous ensevelir. Pourtant ce n’était pas de la neige, c’était une sorte de pluie glacée fouettant le visage…Ce n’était pas du grésil non plus…C’étaient de petits piques brûlant les mains surprises de tant d’emprise. Qu’est-ce que j’ai eu froid? Les parents d’élèves devant le portail étaient collés au mur sous la seule et unique pente de toit, une rangée de stalagmites noires, bleues, rouges et à fausse fourrure! Alors, j’ai attendu… »Quelle idée de partir si tôt!« , car j’étais en avance comme d’habitude!

©Emilie BERD

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1- Ecrit sur le vif : ok

2- Moins de 100 mots : 71 mots

3- Elément réel : ok