Les Plumes n°41 d’Asphodèle

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Les mots imposés étaient Question, inattendu, merci, gâteau, méditer, souplesse, culot, surprise, hasard, décision, inspiration, trouver, hypocrite, goéland, bataille, réflexion, objectif, tourbillonner, turban, tison.

Je n’ai pas utilisé Goéland…ou presque…

SORTIE

Déjà sortir de sa propre tête où les réflexions se perdaient, dansaient et fusionnaient.
Elle aurait bien laissé toutes les batailles au hasard, petites ou grandes, mesquines et nobles.
Elle avait compris, que, à force de suivre des objectifs, la vie n’était pas vécue.
Elle se l’était juré : désormais, elle n’aurait que l’inattendu comme but. Chaque jour deviendrait une surprise, un gâteau à dévorer les yeux fermés.

Elle essaya de se redresser un peu. Elle voulait trouver une position confortable. Elle prit une grande inspiration et se hissa sur ses deux bras. Elle réussit à se caler sur l’oreiller. Il avait beaucoup servi et n’était plus d’une grande souplesse.

De là, elle pouvait observer l’extérieur. L’unique mais grande fenêtre donnait sur le parking. Il y avait quelques arbres dont les feuilles tombaient en tourbillonnant, comme dans une chanson de son enfance.
Sur ce parking, les places étaient rares. Il faisait jour depuis peu mais les véhicules s’y pressaient. Sous le regard d’autres, hypocrites, certains conducteurs avaient le culot d’emprunter des emplacements improbables. Elle, elle n’aurait jamais osé…Elle avait l’habitude de peser le pour et le contre une bonne cinquantaine de fois avant de prendre une décision…et pour regretter juste après !

A force de méditer, le temps passait…
Une douche ! Bonne idée, une douche !
Elle tenta de se lever… Elle était essoufflée. Assise sur le bord du lit, elle voulut reprendre sa respiration… ça ne passerait donc jamais… Ces lits étaient vraiment trop hauts. Mais il fallait bien oublier son égo et lentement, elle se dirigea vers la salle de bain.
Elle se doucha, puis enveloppa sa longue chevelure dans une serviette.

Pendant qu’elle s’habillait, deux personnes entrèrent pour changer les draps de son lit. Ah non…Seulement pour refaire le lit…Elle était donc là encore pour 24 heures…au moins…
Guettant derrière la porte leurs moindres mouvements, elle attendit leur départ pour sortir de cette salle de bain exiguë. « Et c’est une chambre double !», s’exclama t-elle.
Sa voisine de lit avait eu la chance de partir la veille et elle…Elle était bien allée voir l’interne, au bord des larmes pour négocier une sortie en échange d’une consultation en ville, mais il lui avait presque ri au nez !
Elle sentait bien que quelque chose ne collait pas. A chaque mouvement, elle s’épuisait, s’échauffait…Son coeur lui brûlait comme des milliers de tisons. Pourtant, elle voulait partir de cet endroit aseptisé et désertique.
Elle ôta son turban et se recoucha, les cheveux humides, dans le lit refait.

« – Bonjour (du ton de celui qui détient la clef de la prison) Alors, il paraît que la nuit a été mouvementée?
J’ai eu beaucoup de mal à m’endormir, avec ce coeur qui bat la chamade… »
Vous m’avez posé une question, hier soir ?
Je…Je peux sortir ?
On vous donne une permission pour la journée, vous devez être rentrée à 20h00, heure limite et rester raisonnable. Vous ne rentrez pas chez vous pour faire le ménage, compris? Vous avez quelqu’un qui peut venir vous chercher et vous ramener ?
Oui, oui (Telle Cendrillon voulant s’échapper au bal) aucun problème ! Merci, Docteur ! »
© Emilie BERD 25/02/15

BIENTOT

Dans quelques mois, dans quelques jours déjà,
Une odeur de viande grillée flottera
Dans la brise légère du printemps
Pendant que jouent dehors les enfants.

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Petit à petit, la brise deviendra avare.
La fraîcheur se fera bien trop rare,
Un bonjour le matin et un au-revoir
Bref et discret, très tard, le soir.

Les enfants ne rechigneront plus au bain,
Leur peau colorée comme des reflets de lune
Je n’entendrai plus « Mais Maman, demain ! »
Et les verrai chercher des mares de fortune.

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Les guêpes, attirées par les tartines sucrées
Agoniseront sous un pied cruel.
Le rouge marquera les joues gonflées
Quand le bleu clair dominera le ciel.

Les flocons et les rayons jouent maintenant
A réveiller des idées de printemps.
A l’aube, une couche de gel sur le pare-brise
S’invite encore parfois, par surprise.

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Oubliés les bonnets, et les manteaux lourds
Dans quelques mois, oui dans quelques jours,
Les cheveux au vent, les genoux découverts
Rangeront au chaud les souvenirs d’hiver.

© Emilie BERD 22/02/15

Toutes les photographies sont des photographies personnelles et ne sont pas (comme le texte) libres d’utilisation.

Détresse Maternelle (Épisode 4 ou Stratégies d’endormissement)

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Quelle heure est-il ? Dois-je ouvrir les yeux ? Si j’ouvre les yeux, je prends un risque, « The » risque : celui de ne pas me rendormir…Allez, je les ouvre… Je me redresse façon cobra rassasié…
Mince, le réveil affiche 3h23. C’est un peu tôt… Je ne dors plus et le cauchemar débute. Surtout ne pas paniquer… Surtout ne pas écouter le moteur qui se met en marche…Pas de Boogie woogie en pleine nuit…Chut ! Je ne l’entends pas. Je ne le vois pas. Il faut que cette locomotive me laisse tranquille, elle est en avance (Un train en avance ! Quelle histoire à dormir debout !).Chut ! Chut ! Pas de départ avant 7h00 du matin au moins…On est en vacances… Je vais me rendormir…
Pourquoi me suis-je réveillée ? Un craquement dans l’escalier ? Les bruits d’un mauvais rêve ? Mon horloge interne? Quand c’est un élément extérieur, je me rendors facilement…J’entends mon fils qui bouge à l’étage… C’est lui qui m’a dérangé…Ouf ! Je vais réussir. En deux temps, trois mouvements, en avant la musique ! Pas de Boogie woogie…Une chanson douce…

J’entends quelques ronflements…Si cela ne m’avait pas empêché de dormir, j’aurais pu trouver le rythme irrégulier de ces respirations plutôt amusant. Un léger souffle, quelques échos profonds, puis plus rien… Faudrait peut être que je fasse des recherches sur l’apnée du sommeil, demain matin ! Enfin…Demain matin…

Je tâte sous mon oreiller à la recherche de bouchons d’oreille. Je suis passée des bouchons en cire à ceux en mousse, je pensais les derniers plus efficaces… les pièges du marketing ! Il est difficile pour moi de me résoudre à dormir avec ces engins… De deux choses l’une, soit ils glissent dans la nuit et me laissent vulnérable aux désagréments sonores, faibles ou forts, soit ils font leur office si bien que je ne peux plus faire le mien en cas d’appel nocturne de mes bambins («Qui donc appelle ? Chéri ? Qui est-ce? »).
Je retente ma posture de serpent ventru…4h36… Si je m’endors maintenant, je ne serais pas trop fatiguée… Et puis, comme je me disais tout à l’heure, c’est encore les vacances… Je peux dormir sur mes deux oreilles dûment ouatées.

Je me tourne du côté du mur…Il fait plus frais… Je me mets sur le dos…Si j’allais dans le salon, je pourrais consulter mes emails, faire des recherches sur les ronflements, ou encore (mais là, je frôle la folie!) bouquiner…Non, non et non ! Je dois résister ! Car aller dans le salon, c’est l’échec total ! Aller dans le salon, c’est l’assurance d’une journée qui commence…mal…Je me tourne du côté de la porte…
Dans ma tête, je fais le tour de moi-même. Dans mon lit, je fais des tours sur moi-même tel un rôti seul dans sa rôtissoire, dans un sens, dans un autre…
A chaque tour, le refrain du dernier dessin animé de Mister Walt trotte dans ma tête. Quand serai-je enfin « libérée » de mes insomnies ? Je revois ma petite dernière (à moi aussi) boire les paroles de cette chanson devant le DVD reçu à Noel…Je ne la trouve pas assez habillée cette demoiselle qui se trémousse sur l’écran : la robe échancrée, décolletée…En plein hiver…Pas très raisonnable…Avec toute cette neige !

5h55 La nuit est bientôt finie…Si c’était le printemps, j’entendrais les oiseaux se saluer aux premières lueurs du jour. Mais ce n’est pas le printemps…Et il ne fait pas encore jour…Si seulement j’avais dormi… Si Si… Sans tous ses    « si », je l’aurais trouvé ce sommeil !!
Une vibration s’échappe de la chambre des enfants…Une tétine touche le sol…Je veille, j’attends l’alerte…Quelques petits pas légers sur le sol, « dap, dap, dap, dap » qui curieusement s’accélèrent sur la fin puis le silence…de courte durée « Papa, maman ». Sa voix perce l’obscurité de la maison comme le premier cri d’un chanteur de rock.
Je saute du lit en mode varan alangui…Elle s’était perdue dans son lit…Je la recouche, l’embrasse…me recouche…Pourquoi n’ai-je pas mis une bûche dans la cheminée?
6h 22 Les nuits sont épuisantes, ici…

9h30, 9h30 ! Les rires et les pleurs voyagent de la cuisine à ma chambre…J’ai dû m’assoupir un moment !

©Emilie BERD 17/02/2015

SIRENES

Depuis hier, je pense beaucoup aux sirènes…J’ai la chanson « Petite sirène » de Francis CABREL qui tourne en boucle dans la tête ! Cette douce berceuse murmurée dans l’obscurité alors que la ville dort encore…

Les créatures amoureuses d’un enfant espiègle, jalouses de celle qui veut l’extraire de son pays imaginaire…joueuses, taquines, un peu trop femmes pour ce garçon qui ne veut pas grandir…

Les vierges des mers séduisant les navigateurs, démêlant sur les récifs, leur longue chevelure comme les pêcheurs démêlent leur filet… renversant les embarcations, entrainant leurs proies humaines au fond des Océans…sanguinaires, sans pitié…

La Petite Sirène d’Andersen qui s’etait perdue, attirée par le chant de sortilèges, tentée de marcher sur les voies de l’amour…qui a, malgré ses erreurs, atteint le ciel, parce que son âme était limpide comme de l’eau claire…De la mer au ciel en passant par la terre…épargnée du feu de l’Enfer grâce à un coeur sans mélange…
Une princesse parmi les ondes…Une rose dans les buissons…

Le Pere et son trident, impuissant, souhaitant dérober sa fille à l’aube…
Les sons stridents des véhicules de la police Danoise…
Je vois cette statue de Copenhague et je l’imagine noyée dans ses propres larmes…

Si je pouvais

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Si je pouvais…

J’invoquerais les cieux
Pour cacher tes mains de l’hiver.
J’allumerais dans tes yeux
Tous les secrets de l’Univers.
Il n’y aurait pas un seul lieu
Que tu n’irradierais sur Terre
Il n’y aurait pas un seul Dieu
Pour te descendre aux Enfers.

Je me viderais de mes larmes
Pour calmer tes brûlures.
Je dissimulerais les armes
Qui transpercent les armures.
Je t’éloignerais des charmes,
Des serpents, de leur morsure.
Je t’éloignerais du vacarme
Des gens, de leurs éclaboussures.

J’aurais toujours, sur le fourreau,
La main, pour en sortir l’épée.
Je deviendrais pour tes bourreaux
Le fléau trahissant leur lâcheté.
Il n’y aurait pas d’échafaud
Dont je ne saurais te sauver.
Il n’y aurait pas d’autres peaux
Plus sûres pour te préserver.

© Emilie BERD 11/02/2015

Une journée de ski

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Il était 7h00. Le réveil n’avait pas encore sonné mais elle ne dormait plus depuis longtemps déjà. Elle était habituée à ces heures un peu étranges entre l’insomnie et la grasse matinée. La lucidité la prenait vers 4h00 et la liste des choses à faire, les conversations imaginaires s’égrenaient jusqu’à 7h00. Une sorte de récitation incantatoire afin d’éliminer les ondes néfastes, d’éloigner les mauvais esprits.

De toute façon, elle n’y pouvait pas grand chose. Elle faisait avec…
Les somnifères la transformaient en zombie…Ils l’aidaient à dormir sans doute, mais la journée suivante, elle retrouvait le sel dans le frigo, les clefs de voiture dans le tiroir à couverts, un gilet dans la poubelle. Alors, elle faisait sans…
Et puis, 4h00, ça allait encore. L’insupportable, c’était lorsque, sans raison apparente, la conscience surgissait plus tôt…à 2h00…Passer cinq heures à ressasser…Quel ennui.
Souvent, ces matins-là, après 5 heures de chants intérieurs, des feux follets commençaient à danser devant ses yeux fermés. Des courbes incandescentes se dessinaient derrière ses paupières soudain devenues lourdes. L’instant magique où le rêve s’ébauchait dans la toile électrique de ses synapses. Et tandis que le voile tombait, elle partait naviguer au loin…au moment de se lever… C’était d’un commun ! Mais c’était dimanche, ce matin.

« – ça va ? »
Son mari était réveillé, lui aussi. Il avait prévu de partir avec les enfants pour une journée de ski. Départ prévu à 8h00. Il se leva rapidement, s’ensuivit un branle-bas de combat rythmé par le choc des cuillères contre les bols de céréales, le chuintement assourdissant des combinaisons de ski et les gloussements des enfants électrisés par la perspective d’une belle journée.
« – Tu pourras rentrer quelques bûches de bois, avant de partir. »
Il avala une dernière gorgée de café et s’exécuta.
A 7h50, ils étaient partis. Elle avait entendu le coffre de la voiture se refermer sur les 3 paires de ski, les casques et les sandwichs qu’il avait attentivement préparés la veille. Puis le moteur de la voiture…Puis le silence…
Elle s’était levée pour tous les embrasser. Elle avait hésité, mais une pensée sordide avait traversé son corps et l’avait littéralement dressée sur ses pieds.
« – Tu m’enverras un message à votre arrivée ?
– Dans la benne ?
– Quand vous serez arrivé.
– Ok »
Elle était retournée au chaud sous la couette en attendant que sa puce l’appelle, elle qui, au premier étage, dormait comme un bébé. Et sa puce l’avait sortie du lit.

La matinée s’était déroulée sans rien d’exceptionnel : lectures d’histoire, dessins animés, coloriages, comptines. Les rayons du soleil transperçaient la pièce principale. Elle pensa que c’était une merveilleuse journée pour descendre à toute allure les pistes enneigées. Ils devaient être contents, tellement contents. Vers quelle station étaient-ils partis, déjà ? Elle ne s’en souvenait plus. Elle, séparée d’eux…Elle sortit la table à repasser pour chasser toute suite à ce début de phrase. Après le repassage, elle se sentait mieux. Elle avait fait quelque chose pour demain.

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Ensuite, s’était enchaînée une série de luttes avec la petite: pour qu’elle enfile ses habits, pour qu’elle termine son repas, pour qu’elle fasse la sieste…

Une fois qu’elle l’eut couchée dans sa chambre, elle s’assit sur le canapé et prit machinalement son téléphone portable. Il était 15h00. Aucun message.
Il avait probablement oublié…Il ne se doutait pas à quel point ces messages, contraignants pour lui certes, la rassuraient. Il avait probablement oublié.
Elle essaya de le joindre, elle tomba directement sur le répondeur. Elle hésita à laisser un message. Peut-être n’avait-il pas senti le vibreur de son téléphone dans sa poche? Peut-être n’avait-il pas de réseau ? Peut-être n’avait-il plus de batterie ?

Elle voulut penser à autre chose. Elle alluma le poste de télévision, exécuta un zapping rapide. Ce n’était pas fameux…Un dimanche après-midi… Un vent glacé soufflait dehors. Le bois qu’il avait ramené tôt ce matin brûlait dans la cheminée. Le soleil brillait toujours.

Elle éteignit le poste de télévision. Elle prit un livre, mais les lignes et les pages défilaient sans aucun sens. Elle voulait en avoir le coeur net ! Elle saisit son téléphone et essaya de le joindre à nouveau. Encore le répondeur ! Cette fois-ci, elle laissa un message : «Coucou, c’est moi. Je voulais juste avoir des nouvelles. J’espère que vous vous éclatez ! Je t’aime ». Il était 16h00 passées.

Il allait sûrement la rappeler dans quelques minutes. Il n’avait pas entendu son appel, filant librement sur les pentes, plaisantant avec ses enfants ou se réhydratant à l’occasion d’une pause. Il n’avait pas entendu son appel, consolant sa fille d’une mauvaise chute, godillant rapidement pour rattraper son fils trop exalté pour s’arrêter…
Pourtant, si elle était tombée directement sur le répondeur, c’est que le téléphone de son mari était coupé…A moins qu’il était déjà en cours d’appel…Qui pouvait-il bien appeler un dimanche après-midi en pleine session de ski ? Sa mère ? Les secours ?

Un de ses enfants était peut-être blessé. Il ne l’avait pas encore prévenu parce qu’il était trop préoccupé…Il attendait l’avis des médecins aux urgences… Il craignait sa réaction.
A son appel, elle partirait sans attendre. Elle réveillerait la petite qui hurlerait évidemment, elle ne comprendrait pas. Elle devrait penser à prendre quelques biscuits et de l’eau. Dans les hôpitaux, rien n’était prévu pour les enfants accompagnants, attendant, assoiffés et affamés, des heures durant que l’on fixe le sort d’un des membres de leur famille. Ne pas oublier les biscuits et l’eau…

Etait-ce lui qui s’était blessé ? Avait-il son numéro sur lui ? Comment saurait-elle ? Ses enfants ne connaissaient pas son numéro de téléphone. Il faudrait prendre le temps de leur apprendre, leur faire réciter, plusieurs fois, pour éviter de l’oublier dans un moment de panique…Comment saurait-elle ?
Tout lui revint d’un coup. Leur rencontre sur Les Champs Elysées, les pubs enfumés, les disputes, les voyages, la belle famille, le mariage, le 1er enfant, le 2e enfant, le 3e enfant et son départ ce matin.
Lui avait-elle assez dit qu’elle l’aimait ? Il avait raté un virage ou était-ce à cause du verglas?
Il faudrait joindre toute la famille…

Elle sursauta. La clef tourna dans la serrure et la porte s’ouvrit ! Elle se dit alors qu’il fallait vraiment qu’elle dorme un peu plus.

© Emilie BERD 08-02-2015

Détresse maternelle (Episode 3)

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Au pluriel, les noms qui se terminent par « ou » prennent un « s », sauf les mots : bijou-caillou-chou-genou-hibou-joujou-pou qui prennent un « x ».

Sans vraiment savoir pourquoi (à moins que je ne le sache trop déjà), je préfère de loin, même si pour le voir il faut être de près, le pou sans « x », le pou au singulier. Je n’ai aucune intention de discriminer un spécimen de l’espèce animale qui, soit dit en passant, est désormais pou-rvu de sensibilité.

Le pou au pluriel est fatiguant, épuisant. Bon, ceci étant dit, le pou seul, errant, hésitant pour son installation entre la ville et la campagne (parce que le centre-ville, c’est moins ennuyeux mais la campagne, pour les enfants, c’est mieux…), on en rencontre assez peu. Car le pou va au moins ou pour le moins par deux. Le pou cherche une compagne avec impatience pour fonder une famille.

Il ne s’embarrasse pas d’invitation au restaurant, de bagues ou de « voulez-vous m’é-pou-ser? ». Non non, la parade amoureuse est plutôt furtive chez le pou et la femelle ne s’en plaint pas. La femelle n’est pas vraiment craintive. Elle ne craint pas de passer pour une « Marie Couche-toi là », malgré le risque de se voir passer un savon par une certaine Marie-Rose. La femelle pou n’est pas fidèle, elle trompe plutôt prou que peu son pou.

Bref, les mœurs de Monsieur et Madame Pou permettent une prolifération rapide, sans complexe et sans souci d’une quelconque politique de l’habitat ou de la famille. Et c’est ainsi que leurs nombreux enfants s’épanouissent sur la tête des miens!

Car cette histoire fulgurante et fabuleuse, c’est l’histoire d’une rencontre: celle de Monsieur et Madame Pou dans un environnement propice, décrite succintement ci-dessus, et celle de deux humains ignorant le bonheur qui se développe juste au-dessus, aussi. Ces derniers vont être à leur insu les outils du pou pubère qui rampe pour saisir sa liberté et fonder lui aussi sa propre famille sur Sa propre tête, Son territoire…

Cette dissidence est le sujet de moultes discussions au portail de l’école entre mères inquiétées par l’infestation à venir, des douleurs suite au peignage soigneux de leur progéniture, du nettoyage sans fin, sans fin… Et là, arrive la question qui brûle, en plus des cuirs chevelus concernés, toutes les lèvres : celle du patient 0. Car on est plus prompt à voir les lentes dans les cheveux du voisin, qu’à retirer la pou-tre dans son œil!

Assieds-toi là mon chou,

je crois que tu as des poux

sur le caillou.

Vite pulvériser literie et joujoux!

D’aspirer dans les coins, j’ai mal aux genoux.

A cause du traitement, tu ressembles à un hibou

Mais bientôt, ta chevelure brillera tel un bijou!

©Emilie BERD 03/02/2015