Les plumes n° 40 d’Asphodèle

PLUMES n°40 d’Asphodèle

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Nous devions nous inspirer de la phrase suivante :
« Car ceux qui ont perdu quelque chose, comment font-ils pour éprouver encore de la joie ? (…) Ils connaissent désormais l’envers des choses. » p.91, Le roi disait que j’étais Diable » de Clara Dupont-Monod.
Les 26 mots imposés sont :
temps, lire, ténacité, sidération, tour (nom masculin), regrets, déchirer, malgré, silence, bancal, résilience, pourquoi, aquarelle, fardeau, parenthèse, vide, rire, envol, vie, conscience, coeur, douleur, scintiller et , symphonie, scène, sinueux.

Nous pouvions en laisser un de côté, je n’ai pas utilisé Aquarelle

A quoi bon murmurer…
A quoi bon prier…
A quoi bon le silence…
Les rires des temps passés,
Pourquoi donc le nier,
Tirent leur révérence.
Quand d’autres ont saisi
Les armes de la douleur,
Et leurs théories avides.
Pour damner leur propre vie,
Ils ont glacé leur cœur
Et se sont promis au vide.

Mes béquilles sont bancales
Mon pardon est fragile
C’est quoi déjà, la résilience ?
Ma plume me fait si mal,
Son encre indélébile
Déchire ma conscience.
Où ma ténacité ?
Faut-il passer son tour ?
Faut-il fuir la scène ?
Où ma félicité ?
Le fardeau est bien lourd
Et les odeurs malsaines.

Tous les sinueux esprits
en appellent au divin
pour brûler ce qu’on lit.
Une triste symphonie
qui accompagne le tocsin
à chaque conflit.
Ce ne sont plus les astres
Mais des gyrophares
Que l’on voit scintiller.
Il est là, le désastre
Est-il déjà trop tard ?
Puisqu’ils n’ont aucun regret…

La parenthèse refermée
Sur la sidération
Laisse place à l’urgence.
Qui peut donc écouter
Ces lamentations
Malgré les turbulences.
Se dressent les barricades,
les murs et les geôles,
les chants à l’unisson…
Les oiseaux malades
savent –ils prendre leur envol
sous le coup des canons ?

©Emilie BERD 29/01/2015

Détresse maternelle (épisode 2)

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Cela fait aujourd’hui 19 jours que les « évènements » au cours desquels 17 personnes      « ont disparu » ont eu lieu… Les « évènements »… « ont disparu ».
Entre autres choses, la langue française a aussi ça de chic : les euphémismes.
Très pratiques, les euphémismes ! Le politiquement correct à l’heure des débats électoraux, le principe de précaution verbal, l’auto-censure au goût de liberté…ou comment édulcorer par quelques mots la brutale réalité…
Selon le Larousse Junior 2013, l’euphémisme se définit comme une : « expression que l’on emploie à la place d’une autre que l’on juge trop direct ». La version adulte de la définition indique un adoucissement d’une expression trop crue, trop choquante…

Je fonde mon travail de tous les jours, ma préoccupation permanente, mon inquiétude viscérale (l’éducation de mes enfants, hein!) sur l’esprit critique.
En pêle-mêle, dans le désordre, voilà quelques petits indices (liste non exhaustive !!) que l’on glisse pour encourager le raisonnement :
– Eviter les conclusions trop rapides,
– Réfléchir aux multiples vérités qui coexistent souvent,
– Ne pas s’arrêter aux apparences trop trompeuses,
– Sortir des clichés trop faciles,
– Se méfier des comportements  linéaires et conformistes.
Bref, malgré les discussions sans fin et les répliques frôlant l’insolence, en dépit des migraines et des dépenses massives en antalgiques que cela occasionne, leur apprendre à penser… (Et oui, parce que penser, ça s’apprend…)
La pensée, ce super pouvoir qui porte l’imaginaire jusqu’au plus profond respect de l’autre, jusqu’aux plus grandes prouesses techniques…
La pensée pour grandir, la pensée pour s’adapter, la pensée pour être…

Mais, alors quoi ?
Me serai-je donc trompée ? Des questions nouvelles troublent mon esprit.
« Oh Capitaine ! Mon capitaine ! »(1)
Me suis-je assoupie ? Ai-je raté quelque chose d’important ?
Dois-je enseigner dorénavant la censure, la paranoïa, la dénonciation en ligne de conduite?
Dois-je éteindre les lumières pour vivre dans la peur du noir ?
Dois-je oublier Voltaire… mes prés verts… et tout ce qui me fait, parce que désormais c’est trop ?
Faut-il élever les enfants dans ce monde putride et nauséabond en leur « cachant la vérité» parce que les adultes préfèrent les euphémismes ?

Cela fait aujourd’hui 19 jours que les « évènements » au cours desquels 17 personnes     « ont disparu » ont eu lieu… Le doute ne tue pas, l’ignorance si !

(1) Walt Whitman « O Captain ! My Captain!” Leaves of Grass
©Emilie BERD 26/01/2015

LE SILENCE EST D’OR

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Les rumeurs traîtres ordonnent
De vieilles insultes résonnent
Le silence est d’or…

La violence a abattu sa chape
Plus aucun mot ne lui échappe
Le silence est d’or…

Des mots bêtes à en pleurer
Alors qu’il suffit de se taire.
Fallait-il seulement en parler ?
Était-ce vraiment nécessaire ?

Les ondes médiatiques se déchaînent
Les discours viles s’enchainent.
Le silence est d’or…

Dans tous les sangs, le poison circule
Mais pas de peur du ridicule.
Le silence est d’or…

La parole est-elle d’argent
Quand le calme est mort
Quand les échos sont dissonants
Quand le cri est plus fort?

© Emilie BERD  21/01/15

DETRESSE MATERNELLE (Épisode 1)

Featured image – Si tu avais le choix, tu préfèrerais mourir comment ?

– …

– Maman ! Maaman !

– Oui ! Qu’est-ce qu’il y a ? Tu vois bien que je fais quelque chose, là !

-Tu fais quoi ?

– Je prépare le repas et après j’irai chercher ta soeur. On pourra dîner dès qu’elle aura terminé sa douche.

-Je pourrai rester à la maison pendant que tu vas la chercher ?

– Bien sûr, si tu veux. –

-Et puis, si j’ai peur…

– Ah non, si tu as peur d’avoir peur, il vaut mieux que tu m’accompagnes ! Tu ne vas pas rester à la maison à stresser! Tu vas essayer de m’appeler, j’vais pas entendre mon portable et tu vas t’angoisser. On y va tous ensemble ! Y en a pas pour longtemps, y en a pour 10 minutes!

– Tu as raison, je vais venir avec vous parce que avec tout ce qui s’est passé…Charlie, et tout … Pourquoi ils font ça dans des grandes villes ?

-…

– Maman

– Oui !

– Je voulais te demander si tu avais le choix, tu voudrais quoi ?

– Quoi quoi, Chouchou ?

– Si tu avais le choix entre mourir de vieillesse et mourir, tu sais, d’un coup…

– Comment ça, d’un coup ? D’une crise car…euh… Comment ça d’un coup?

– Ben oui, qu’on te tire dessus, tu sais. Y a un mec qui entre et…

– On dit « une personne » pas « un mec », mon chéri !

– Ah, oui !Pardon…Y a une personne qui entre et qui te tire dessus. Alors, si tu pouvais choisir, tu choisirai quoi…

– A vrai dire, je n’y avais pas pensé…De vieillesse, je suppose.En fait, je fais beaucoup d’effort pour éviter de penser à ça, mon coeur.

– Ah bon, pourquoi ?

– Parce que la mort d’une personne, c’est triste, non ?

– Si, si, c’est vrai. Mais c’est mieux la mort d’une personne que la mort de plein de personnes !

– …

– Maman, c’est mieux ? A la guerre, c’est mieux ?

– Pro…Probablement…

– Et bien, moi, je préfèrerai qu’un sniper me tire une balle dans la tête, comme ça, hop !

– Mais, mon coeur, tu…Pourquoi ?Tu …

– Ben, comme ça, tu sens rien !

– Chéri, enfin, tu te rends bien compte que ça ne va pas t’arriver ! Jamais t’arriver, mon coeur !

– J’sais bien, mais bon … Et puis, quand même la vieillesse, c’est vrai que ça dure plus longtemps …

© Emilie BERD 15/01/2015

Ma bulle

Bulles d’air froid tombant des nuages
Bulles d’air chaud remontant vers le ciel
Bulles d’air froid glaçant sur leur passage
Les chemins qui nous semblent essentielles.
Bulles d’air chaud ouvrant de nouvelles pages
Dans les livres d’histoire et de géographie.
Bulles de savon soufflées à tout âge
Que l’on joue à attraper à tout prix :
Bulles de paroles, voix des personnages,
Qui d’un trait de crayon, ont pris vie.

Bulles d’air chaud m’éloignant de la terre
Bulles d’air froid oxygénant mon sang :
Bulle d’air chaud protégeant mes chimères
Mes idées étranges, mes rêves les plus grands
Bulles d’air froid figeant ma colère
Dans un monde dépourvu de pitié.
Bulles d’effroi clamant un chant de guerre
Dont les vers ont été souvent humiliés.
Bulle, ma bulle, me préservant naguère,
Qui de toucher le sol, a éclaté.

                                                                  © Emilie BERD 14/01/2015

Liberté

Je t’ai apprise petit à petit, heures après heures, puis jour après jour,
Juste une question de survie, qui fait un peu peur, et fait fuir l’amour.
Dès que j’ai su tourner ma tête, je suis partie à ta conquête,
Dès que j’ai su tenir debout, pour ne jamais être à genoux …

Tu m’as fait petit à petit, heurts après heurts, jour après jour,
Grandir et jusqu’ici, je n’ai plus peur de courir à l’entour.
Dès que j’ai su parlé, j’ai pu dire ce que je voulais.
Dès que les mots ont filé, c’était drôle, pas vrai ?!

Grâce à toi, j’ai :
Dit mes premiers mots, enfin surtout les gros,
Enfiler mon manteau, même s’il faisait chaud.
Appris à lire, à écrire, à rire
Appris à aimer, au prix parfois de te quitter.
J’ai claqué des portes, je suis devenue forte,
J’ai fait des enfants, voyagé 2 fois par an.,
J’ai bu, j’ai fumé et des livres, j’en ai dévoré.
J’ai rencontré des amis, de tout bord, de tout pays.

Et je veux t’offrir à mes enfants tant aimés
Ma liberté

© Emilie BERD  08/01/2015
Texte écrit dans le cadre de ma participation à l’atelier d’écriture en ligne « Ecriture créative ».