Poème minute!

 

De la pâte à modeler
De toutes les couleurs,
Des miettes éparpillées
Aux craquements vainqueurs…

Du papier déchiré,
Des tâches d’encre aussi.
Là, le silence enflé
Par la poussière et ses nids

Qui s’accrochent aux murs
Et narguent à la volée
Le vent battant sans mesure,
Menaçant pour entrer.

Dans un coin, un tas mort,
Tas de morceaux laissés.
Je m’approche alors
Pour tenter d’assembler

Mon cœur en puzzle,
Les pièces mélangées.
S’il en manquait une seule
Il faudra tout jeter…

© Emilie BERD 24 janvier 2018

 

 

 

ANGOISSES AERIENNES

 

 

« Chut… Détends-toi… Tout va bien se passer. »

Cela n’a pas tardé ! Les billets d’avion ne sont pas encore imprimés que l’angoisse remonte lentement le long de mon œsophage en le brûlant au passage, alors j’essaie de me calmer en me parlant à moi-même…A voix haute, en plus… A cet égard, et contrairement à ce qu’on en dit, cette habitude n’a rien à voir avec l’âge. Car, aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours parlé toute seule.
Il est clair que comme ça, ça peut paraître sympa mais j’ai la malchance d’être tenace, et croyez-le ou non, je suis rarement d’accord avec moi-même !
Sauf dans ce cas précis : la peur de l’avion.
Je m’explique… Lorsque tu flippes à l’idée de prendre l’avion, tu tombes toujours sur quelqu’un qui va essayer de te rassurer. Cette personne, persévérante et adorable, qui elle, ne compte plus ses Miles, va utiliser plusieurs arguments dont l’ordre révèle, au fur et à mesure de ses développements, son degré d’exaspération…

1/ La statistique : « L’avion est le moyen de transport le plus sûr ! A 99,999%»
Les statistiques, ça ne sert qu’aux assureurs…La gravité, elle, c’est du sérieux ! Du scientifique ! Parce que, si tu es dans un avion présentant un problème critique, quelque chose me dit que tu es subitement bien plus concerné par le petit 0,001 % que l’arrogant 99,999%.
Prétentieux 99,999%…Je n’ai aucune confiance dans ce chiffre !
En revanche, lorsque je lis que l’année 2017 a été la plus sûre pour le transport aérien, alors que j’ai décidé de prendre l’avion en 2018, je m’en veux…Oh, oui je m’en veux de ne pas être partie l’année dernière… J’ai raté le coche « à ça ».  Et je reprends un pansement gastrique !

2/ La prise de conscience : « Ta peur n’est pas rationnelle. Le trafic aérien est si dense… Tu vois bien, il n’y a pas d’accident tous les jours
C’est une variante vulgarisée de l’argument numéro 1, pas loin d’être vexante…La première version n’ayant pas convaincue, malgré sa logique implacable, elle est resservie avec moins de technique au cas où l’incompréhension faisait barrage…
Pour autant, je sais très bien que ma peur n’est pas rationnelle, elle est tout bonnement naturelle ! Et pour cause : les oiseaux volent. Les abeilles volent. Les hommes, non. Les femmes non plus… Il peut arriver aux êtres humains, s’ils ont de la chance, de s’envoyer en l’air ou de monter au septième ciel mais ça reste du sens figuré !

3/ Le tourisme : « Tu va t’éclater quand tu y seras. »
Bah, pour moi… Du moment que je n’éclate pas pendant que j’y vais…

4/ La rapidité : « C’est génial la distance que l’on peut faire en si peu de temps. »
Le temps en avion… Parlons-en… C’est d’une lenteur…Comment est-il possible de s’ennuyer autant dans un appareil qui va aussi vite ! Confiné, coincé dans ce truc avec des demoiselles en jupette…
Après ton troisième film en anglais non sous-titré, tu commences à les observer… Tu n’as rien d’autre à faire et elles ne sont pas désagréables à regarder…
Enfin, si tout va bien… Si tu as tendance à l’affolement, tu ne mates pas les hôtesses de l’air pour te distraire, Tu les détailles. Tu les scrutes. Tu ne les quittes plus du regard… Elles sont à la fois ton phare et ton fardeau, ton seul espoir et ton cauchemar. Car leur sourire, si professionnel, n’en est pas un… C’est un miroir de ce qui se passe dans le cockpit. En comptant le nombre de dents visibles, tu connais la situation du vol. Et si la franche banane à l’américaine s’efface pour laisser la place à sa timide petite sœur, tu aurais dû prendre tes dernières dispositions avant le décollage.

Et finalement, vaincue et constatant qu’il ne peut plus rien faire pour vous, si triste que l’horizon ne vous semble qu’une toile de maître à admirer plutôt qu’un animal sauvage à chevaucher, l’interlocuteur lâche l’affaire : « Sinon, l’Europe c’est pas mal aussi… »

Alors, j’essaie de me rassurer toute seule, avec des petits trucs personnels… Irrationnels mais rien qu’à moi…
Je me dis qu’avant le départ, il faudra absolument que j’aille embrasser mes parents…
Je me dis aussi que je pourrais faire une sorte de testament… Loin de moi l’idée de déshériter mes enfants, puisque, de toute façon, on sera tous dans l’avion… Et puis, ce n’est pas que j’ai tant à donner…Simplement, je me demande ce que deviendraient tous mes cahiers…
Et j’aurais tant aimé que mes cendres soient dispersées dans mes montagnes ! Mais, en cas de crash aérien, ce genre de choses n’a peut-être pas d’importance…

« Oui, tout va bien se passer… Quoiqu’il en soit, s’il se passe quelque chose, j’espère que ce sera au retour… Que l’on puisse en profiter…»

©Emilie BERD 17/01/18

LA CRISE DE LA QUARANTAINE

Je viens de lire un article, , chez Mind The Gap… J’ai commencé à répondre en commentaire et comme je me suis rendue compte que ce serait trop long, je me suis dit que, de ce trop long commentaire, j’allais faire un tout petit billet, que ça ferait l’occasion de publier quelque chose sur ce blog moribond et que ça me permettrait de parler de cette fameuse crise de la quarantaine…

Déjà, aux sceptiques, je voudrais dire ceci : Soyez heureux ! Soyez heureux, je vous le dis, car si vous ne croyez pas en l’existence de cette crise de la quarantaine, c’est simplement parce que vous n’avez pas encore atteint les quarante ans.
Tant que l’on ne fait pas parti du club, on ne peut pas entrer, c’est comme ça… En revanche, on t’envoie la carte de membre sans te demander ton avis ! Il faut le garder à l’esprit.

Personnellement, cette crise m’a prise par surprise à quarante et un ans (Oh ! ça rime ! Moche, mais ça rime !) C’est vrai, au début, moi, j’étais plutôt heureuse… Quarante ans, c’est joli, c’est rond…J’avais même réussi à perdre du poids, malgré les nombreux témoignages que j’avais accueillis (Notez que si j’utilise le verbe « Accueillir » et non « Recueillir », comme je devrais, c’est parce que ces témoignages, je ne les avais pas réclamés !)
Lorsque l’on fait partie, comme moi, de cette catégorie de la population qui lutte chaque matin pour ne pas exploser son pèse-personne contre le miroir de la salle de bain (une pierre, deux coups !), on les connait bien.
La structure est toujours la même, avec une donnée qui change tous les ans : « A partir de tel âge, pour perdre du poids, faut jeûner pendant 6 mois. ». L’élément évolutif, c’est ledit âge justement, qui par un mystère ironique et insondable est immanquablement le tien…
Donc « A partir de quarante-deux ans (par exemple) pour perdre du poids, faut jeûner pendant 6 mois. »
Le témoin-type ne varie pas non plus : une aînée… qui te l’assène régulièrement avec un air à la fois compatissant et narquois, lorsque tu as décidé, une nouvelle fois, de manger moins gras, moins sucré et moins salé pour tenter le prochain été de porter un maillot de bain deux-pièces avec un minimum de dignité.
Avant, j’avoue que je ne comprenais pas… Ces dames, successives, voulaient-elles me faire du mal ? N’étaient-elles pas excessives ? À moins d’une question médicale, je ne saisissais pas cette impossibilité. Aujourd’hui, je sais… Et, je pense à elles avec tendresse, quand j’ouvre la deuxième tablette de chocolat pour oublier les deux rides que je viens de me découvrir, juste «  », bien placées, comme jadis le bouton d’acné… Sauf que le bouton, lui, disparaît… Je me souviens de leur sagesse bienveillante quoique brutale quand je me sers un nouveau verre de bordeaux en espérant taire l’angoisse du « truc ».

Parce que, à quarante ans, il y a le « truc ». Celui à ne pas faire : le regard en arrière… Et on le fait ! Pour autant, il ne faut pas s’en vouloir… A l’évidence, auparavant, on faisait nous aussi parti des sceptiques.
Et puis, a priori, un regard en arrière n’est pas dangereux en soi… C’est ce qui le suit qui craint ! Il suffit d’un rien : un coup d’œil léger, rapide, en mode furtif… Un éclair qui à lui seul déclenche l’orage… Absurde !
Pourtant, ce simple revers de la tête te la prend mais quelque chose de grand… Elle te la prend « de ouf » (De nos jours, c’est « de ouf » direct, les jeunes, par définition, n’ont pas à s’embarrasser du « truc ».)

Sournoisement, insidieusement et de manière totalement involontaire, se met en route un mécanisme irrésistible et douloureux : tu fais le bilan de ta vie… Pas la liste « des pour et des contre », pas l’inventaire des choses qui te rendraient heureux… Le vrai bilan… Celui qui te fait remonter la bile jusqu’au fond de la gorge, tellement ton enfant intérieur tape des pieds de colère dans ton estomac… Celui qui confronte le passif à l’actif et conforte un résultat en regrets si positif qu’il ferait rougir de plaisir le plus professionnel des banquiers.
Tu as bien conscience qu’elle ne sert à rien, cette roue infernale qui tourne à la puissance de tes larmes et de tes « si j’avais su… ».  Elle t’étourdit de « Etait-ce la bonne voie ? », alors que, en réfléchissant un tout petit peu, toutes les voies mènent au même endroit et c’est ça qui te terrasse, au fond… Tu te rapproches de plus en plus du cul de sac et tu sais à présent que les issues de secours que tu croyais voir clignoter tout le long ne sont que l’éclairage public…
Ça fait du surplace, en se mordant la queue. Tu voudrais tout arrêter en intervenant sur l’énergie hydraulique. Tu te concentres en fermant les yeux bien fort et en faisant ressortir tes jolies pattes d’oie toutes neuves !!!
Mais ça ne suffit pas. C’est trop tard. Y a un goût amer dans la bouche qui ne passe plus… Puisque ce qui est fait n’est plus à faire et ce qui n’a pas été fait non plus… C’est la vie… Et pour ce qui en reste, et bien, on ne l’a plus vraiment devant soi.

Du coup, tu recenses inconsciemment tes projets, ta « to-do list » avant de mourir, parce que même si tu sais où va le chemin, faut bien avancer…

C’est ainsi que je me suis mise à avoir des idées diverses et étranges:

  • Chercher dans un magasin de chaussures cette fameuse paire de bottes que je m’étais promise il y a vingt ans et qui de toute façon n’existe plus ;
  • Promettre à mes filles que l’on irait toutes les trois se faire percer les oreilles alors que je déteste ça ;
  • Reprendre contact avec mon amie d’enfance…

L’énumération ci-dessus n’est pas exhaustive car ce qui m’impressionne vraiment c’est la vitesse dingue à laquelle je peux produire ce genre de plans saugrenus…
Il y a peu, je me suis entendue proposer devant quatre personnes, une seule ayant la capacité juridique de le certifier, un voyage transatlantique… Aller et Retour…

Depuis, chaque soir, lorsque je lève les yeux au ciel et que je vois un de ces appareils volants, saisie par l’inquiétude viscérale qu’ils m’inspirent (en clair, le crash), lorsque je m’imagine terrorisée de l’enregistrement des bagages jusqu’à l’atterrissage, je me dis (comme ça a marché pour un, pas de raison que ça ne marche pas pour moi !) que j’y arriverai, parce que c’est MON projet !!!

©Emilie BERD 6 janvier 2018

DECEMBRE

 

Dans trois jours, trois tout petits jours (francs ! Je précise pour les puristes), nous sommes le 1er décembre. Et j’avoue qu’à cette idée, je sautille comme une puce !
Parce que, allez savoir pourquoi, j’adore le mois de décembre… Si je me laissais aller, je pourrais dire haut et fort que c’est le mois de l’année que je préfère…
J’entends déjà certains émettre des hypothèses ayant un rapport avec ma blondeur… Ceux-ci, je m’empresse de les rassurer ! J’ai, avec le temps, de plus en plus de doutes sur l’existence du Père Noël, même si, je dois bien le reconnaître, je l’attends toujours…
J’ai essayé de comprendre pourquoi décembre me plaisait tant. De prime abord, ce n’est pas le plus fou… Les jours rapetissent, la lumière va faire un tour… La température baisse…On finit ruiné…
Et, soudain, m’est apparue cette évidence : Décembre est le mois de la métamorphose !

Tenez, les enfants, par exemple… On ne les reconnait plus (Enfin, je parle des miens…C’est vrai que j’ai tendance à généraliser à partir de mon seul échantillon. Personnellement, je les trouve pas mal, pour autant je ne suis pas certaine que, et ce en raison de leur nombre, ils soient vraiment représentatifs…)

Mes enfants, donc, je ne les reconnais plus ! D’écoliers paresseux, ils passent à écrivains compulsifs… Alors que, d’habitude, il faut suer sang et eau pour leur faire écrire une ligne, là, Ô miracle… Aucun cri, aucun conflit : il faut bien envoyer la fameuse liste au Père Noël, cette prière à l’esprit si peu sain de la consommation…
Combien de pages noircies avec tant de dévotion jonchant le sol (Je ne suis pas une fée du logis, et je m’en explique ici), éparpillées sur la table à manger alignant des vœux à en perdre la tête (et, en même temps, l’oreille de son banquier) ? Pourquoi après l’école, ces petites mains laborieuses, ces cerveaux si inspirés ne daignent pas jeter un œil sur leurs cahiers de devoirs ?

J’exagère… Parce qu’en décembre, je l’admets, les enfants font leurs devoirs : ils obéissent… Au son d’une phrase unique, discréditant toute autorité et, c’est un paradoxe, malgré tout efficace…
Que l’enfant croie que les objets de ces désirs sont fabriqués par des petits lutins verts et rouges, ou qu’il soit au courant des circonstances bien plus sombres de leur fabrication, il y a la formule magique : « Le Père Noël te regarde… Et si, tu (au choix : ne finis pas ton repas, ne range pas ta chambre, ne pose pas cette tablette, ne baisse pas ce couteau, etc…) ne m’écoutes pas, tu n’auras pas de cadeau… »
Et là, en général, l’enfant s’exécute…C’est génial… (Enfin, si je mets de côté Mambo 3 qui noie sa soupe dans ses larmes de peur que le Père Fouettard ne vienne la voir… Soit dit en passant, elle termine son assiette !)

Pour la télé, c’est du pareil au même… Sans menace…
Les mambos, je ne vous le cacherai pas plus longtemps, sont accros à l’écran… « Attends, mais Maman, si tu me prives d’écran, mais je suis au bout de ma vie ! » (« Au bout d’ma vie », belle expression ! Elle existe aussi sous la forme « Au bout d’ma life ». Elle a remplacé le mot « ultime » que mon fils utilisait en ponctuation… De sorte qu’à la fin, tout était « ultime ». Désormais, l’expression consacrée pour l’émotion suprême, c’est « au bout d’ma vie », ça marche pour la joie, la honte, le chagrin, l’excitation… « The » type d’expression qui t’appauvrit le vocabulaire en quatre mots, genre… Je m’égare…)
En décembre, mes enfants refusent d’allumer la télé… Trop de pub ! Leur série préférée qui durait 25 minutes, fait maintenant plus d’une heure à cause des coupures… Ils n’en peuvent plus… Trop fatigant pour eux…
Alors, c’est sûr que même si je suis en train de bouquiner tranquillement, les paupières lourdes, pas très loin de la sieste, lorsque j’entends Mambo 2 se plaindre et Mambo 3 chanter pour la énième fois un slogan (à filer des sueurs froides), je me lève. Je les autorise à éteindre la télé… Je cherche le CD de chants de Noël et je commence le gavage…
Ce n’est pas grave… En fait, c’est merveilleux : les enfants deviennent raisonnables, et ce par la force des choses…ou plutôt des virus… Les premiers frimas arrivent… les premiers rhumes, les gros, se pointent, anéantissant la moindre velléité de turbulences chez les moins de 15 ans et faisant de ma carte vitale une vraie carte de fidélité. (L’année dernière, j’ai même pensé à inviter ma pharmacienne au repas de Noël. Je la voyais tous les jours, ça crée des liens.)

Le repas du 25 : l’objectif (ultime) de Décembre qui porte en lui quelque chose de fabuleux : on a le droit d’être gourmand.
Les bonnes résolutions, prises en janvier (logiquement), durement tenues (sauf pendant les vacances parce que hé, ho, hein !) se muent en une sorte de résignation, en une série de « A quoi bon… ».
« A quoi bon » faire du sport… « A quoi bon » faire attention… « Avec les agapes qui nous attendent ! » Après tout, exit les maillots de bain deux-pièces et les mini-jupes ! On est juste au début du port obligatoire de la doudoune bien rembourrée… « On a toute l’année, non ?! »

Et je vais vous faire une confidence…Ce que j’adore par-dessus tout, ce sont les dimanches ! Le reste de l’année, ces jours-là, je les passe à la recherche d’une corde pour me pendre… Tout est fermé… Tout est triste… Sans vie… Comme un mois d’août…
En décembre, les dimanches n’existent plus! Ils se sont tous changés en samedis. Les rues sont illuminées, les vitrines des magasins splendides. Tout ça, d’un coup de baguette marchande…

En décembre, tout se transforme !

Plus rien n’est comme en novembre et ne sera comme en janvier. La mandarine a l’odeur de Noël et en devient un souvenir nostalgique, un peu ce que la madeleine est à Proust ou ce que le mojito est à Cuba…
Mais surtout, en décembre, il y a parfois de la neige… Un peu, beaucoup, passionnément…Toujours assez pour que les adultes redeviennent des enfants…

©Emilie BERD 27 novembre 2017

 

Ma demoiselle

 

Quand tu es sortie de ta bulle, ma Belle,
Il y avait déjà au fond de tes yeux,
Cette minuscule étincelle,
Que s’échangent les amoureux
Lorsqu’ils se disent qu’ils s’aiment.

Avec ton air, ma Line, dans la lune,
Tu avances pourtant si sûre de toi…
Parfois trop pressée ma Prune…
De tracer enfin ta voie,
De cueillir l’or que tu sèmes…

Il y a tes poupées qui font la poussière.
Les images ont disparu de tes lectures.
Ce sont désormais les posters
Qui ont recouvert les murs
De ta chambre d’enfant.

Et s’esquissent, dans ton regard qui brille,
Ou bien dans la mèche repoussée par ta main
Les allures de jeune fille,
Les joies et les chagrins
Des lendemains adolescents…

©Emilie BERD 24 novembre 2017

AZUR

Des volutes vrillent et volent dans un souffle glacé…
L’hiver s’avance, insolent. Le vent lui ouvre la voie.
Les fissures de ma terre, fragiles, sont déjà tracées,
Eventrées dans un lourd fracas. Là, tout devient froid.

Soudain, plus rien ne s’affole. Le silence s’esquisse.
Pour un court instant, l’air même semble en suspens,
Avant que le tonnerre mette le ciel au supplice,
Qu’il ne le passe à tabac de ses coups de feu ardents.

Les fumées du sous-sol fendent l’ombre effrayante.
Un parfum de fer et de sang progresse en surface.
Le désordre et l’enfer en dessous s’impatientent !
La lumière flotte en éclats de verre dans l’espace.

Quelques flammes, frivoles, valsent, rouges d’ivresse,
Et embrasent en dansant, par leurs baisers fébriles,
Les feuilles éphémères qui cèdent sous les caresses.
Elles dévorent, fervents soldats, ces prises si faciles.

Le monde dégringole, s’enfonce dans cet abîme.
S’assombrit en s’offrant à ces démons rebelles.
Quand du gouffre grand ouvert, une main s’anime.
Un ange me tend ses bras. C’est l’azur qui m’appelle.

©Emilie BERD 10/11/2017

LE JOUR OÙ LE TEMPS ME RATTRAPA

Je savais bien qu’il me suivait, lent et invisible, assurant de son regard sombre et insensible chacun de mes pas, les fixant dans la terre un par un, gravant ainsi ses desseins occultes et si sévères dans la voie qu’il m’avait tracée…
Je ne pouvais pas l’ignorer… Je sentais sur moi son ombre lourde, ce poids froid à l’odeur de châtaignes pourries et de tombeau tout frais.

J’avançais… Droit devant… Me concentrant sur ce long sentier qui se déployait sans aucune limite.  Son souffle court qui venait mourir dans le creux de mon cou m’ordonnait d’accélérer. Il était le vent qui gonflait mes voiles…

J’avançais… La tête haute, et les bras tendus pour toucher l’horizon qui s’étalait juste en face de moi. Il me semblait à la fois infini et multiple. Et si beau, avec ses teintes douces du soleil de l’aube, ses équipages habillés de printemps naviguant à vue… Cette force inflexible me tirait à elle, comme les rêves qui, au milieu de la nuit, s’accrochent irrésistiblement à la Lune.  Je voulais oublier ce prince obscur et invincible que le hasard perfide avait glissé dans mon dos, ce monstre qui me poussait sans cesse.

Alors j’ai marché… J’ai même couru, tant que j’ai pu… Pour ne pas tomber, j’imaginais des histoires à dormir debout. Et je m’inventais des armes faites d’épines de rose et de lianes mortes.
J’ai marché… Encore…Imaginant, naïve, réduire la distance qui me séparait de mon but…

Le paysage changea subitement… Les couleurs contrastées du printemps s’étaient fondues dans une harmonie de cannelle et de grenadine… La lumière s’affaissait, et l’air sans chaleur se matérialisait en minuscules gouttes glacées…
Ma peau frémissait mais l’hiver ne m’atteignait pas. La fatigue perçant mon crâne, je décidai de sortir de mon itinéraire pour m’asseoir un peu dans l’herbe qui hibernait désormais…

J’entendis alors une voix fascinante derrière moi… « Tu ne me vois pas, mais je suis là… Et je me prends au piège dans ta chevelure de perles et d’argent … Je creuse mes chemins tout autour de tes yeux… »
Ces mots tapaient dans ma poitrine… « Si je m’acharnais à chercher, je trouverais désormais dans les plis de ta chair, le secret de mes morsures… »
Chacun de mes muscles me crièrent de faire demi-tour… Mes pieds, cloués au sol, ne purent bouger…

Il se tenait là devant moi… Impalpable, indescriptible…
Il avait cet air arrogant qu’ont ces gens qui attendent demain comme un véritable présent…
Il s’agenouilla près de moi et me demanda : « Tu t’es perdue ?»
Je n’avais pourtant quitté la route que pour m’assoupir un peu…

J’essayais de fouiller son regard pour y découvrir quelques indices, un signe de ce qu’il me réservait, mais je n’y trouvais que du fer et du plomb… Il attrapa mon menton et m’embrassa…

Ses lèvres avaient le goût de l’acier, celui du sang dans ma bouche assoiffée…Son parfum humide remontait le long de mes narines…
Juste au-dessous de moi, le sol s’évanouissait en un espace noir et impénétrable, secoué par des ondes blanches et épaisses qui trainaient dans leur sillage des bruits étranges, des chants en lambeaux…

L’angoisse m’avait quittée, remplacée par la tristesse mêlée à une colère sourde… Une fureur enivrée par ces échos insondables qui résonnaient maintenant partout… Des extraits de vie pure qui hurlaient de n’avoir été vécues…Je devinais que c’était bientôt à mon tour de les rejoindre.

Les heures ne se comptaient plus puisqu’il était là, près de moi, à boire mes larmes de rage…
Après tout… J’avais passé mes jours et mes nuits à inventer des histoires de grand méchant loup, de sorcière alors qu’un démon m’avait hantée tout le long… Je n’avais plus qu’à attendre, et rester là, à l’entendre me décomposer jusqu’au dernier de mes os.

Je m’abandonnais à mes pensées lorsque mes doigts accrochèrent une masse brûlante et ferme… Sans hésiter, je la saisis, et le cognai avec… Une fois, deux fois… À la troisième, il lâcha son emprise, le corps renversé en arrière… Les yeux froids dans le vide… Il s’enfonça dans les remous habités, qui tressaillirent à son arrivée. Et j’ai écouté les sourires esquissés, lorsque, à s’en régaler, ces nuées  d’épouvante dévoraient leur vengeance.

Les perspectives avortées, le parcours avalé, je n’avais plus aucune raison d’avancer… Surprise par mon audace, et heureuse de cette issue imprévisible, je ne m’en trouvais pas moins désœuvrée… Et je n’avais même plus le temps à tuer…

©Emilie BERD 2 octobre 2017

 

PREMIER VOL

Le sol est si doux,
Il se mue en mystère…
Un secret tu partout…
C’est un voyage fou
Ma peau respire cet air
Qui se glisse dans mon cou.

Les nuages ont un goût
De fraises et de réglisse,
De soleil au mois d’août…
Et là, tout au bout,
L’horizon qui se plisse,
Pour me montrer la route…

Plus de tapis volant,
Plus de formules magiques…
J’ai des ailes, à présent !
A mon corps défendant,
Les lois de la physique
Sont perdues dans le vent…

Se retire l’océan,
En minuscule ruban …
Et je n’ai plus qu’à fendre
Le ciel, ce géant,
Qui s’ouvre droit devant !
La terre peut bien m’attendre…

© Emilie BERD 23 septembre 2017

Poème minute !

Des paillettes
Que le soleil et le vent chaud
Avait fait pleuvoir sur ma peau,
Il n’en reste que des miettes…

Et des souvenirs
Que le froid mordant et la pluie,
L’hiver et tout son train d’ennui,
Viendront bientôt assombrir…

Cette lumière
Qui pénétrait mes yeux mi-clos,
Jusqu’au plus profond de mes os,
N’est désormais plus que poussière…

Quelques clochettes
Qu’un éclat triste fera naître
Au hasard d’une simple fenêtre
En plusieurs milliers de paillettes…

© Emilie BERD 14 septembre 2017

PERCEPTIONS

Quand j’effleure la terre du bout de mes doigts,
Que les grains nobles s’accrochent à leur pulpe,
Pour quelques secondes, ou minutes parfois,
J’entends la vie s’agiter comme une brute.

Alors, je pose ma main tout entière
Et je tremble à l’harmonie du tumulte
Je serre le poing sur la courbe nourricière,
Et j’essaie de creuser, j’essaie et je creuse.

Les ongles noircis, le rouge des flammes aux joues,
Amoureuse inhumée, éternelle heureuse,
Je fais mon trou, follement et à genoux,
Puis j’allonge mon corps dans ce lit étrange.

Résonne dans mon ventre et brûle dans ma chair
L’écho des racines profondes et millénaires,
Nourri du fumier des cadavres anonymes
Aux rêves décomposés et réduits à l’infime.

Pose ta main sur la mienne, tu sentiras le pouls métallique qui passe de ma paume à ta peau.

Ferme donc tes yeux ! Ce jour-là est le nôtre !
Laisse venir à toi le frisson des anges,
Le bruit des sangs des saints et des autres…
Ouvre grand la bouche et respire la lumière.

Ton souffle trahit ta crainte de l’Animal,
Bois sans peur le vin des vendanges séculaires.
Car la Bête, libre, humaine et radicale
Se loge dans un royaume contre ton cœur !

Les fruits du dôme tombent déjà par rafales.
Entends-tu leurs noyaux sauter à la chaleur ?
Ecoute l’eau désertant la mer en spirales,
Elle rejoint le ciel et ne laisse que les pierres.

De la surface grise aux cavités souterraines
Progresse sans encombre l’infecte gangrène.
Pourtant, les fleurs noyées par les larmes du matin
Chatouillent encore la Lune de leur léger parfum.

©Emilie BERD 6 septembre 2016

Recyclage pour le jeudi poésie en vert d’Asphodèle.