AZUR

Des volutes vrillent et volent dans un souffle glacé…
L’hiver s’avance, insolent. Le vent lui ouvre la voie.
Les fissures de ma terre, fragiles, sont déjà tracées,
Eventrées dans un lourd fracas. Là, tout devient froid.

Soudain, plus rien ne s’affole. Le silence s’esquisse.
Pour un court instant, l’air même semble en suspens,
Avant que le tonnerre mette le ciel au supplice,
Qu’il ne le passe à tabac de ses coups de feu ardents.

Les fumées du sous-sol fendent l’ombre effrayante.
Un parfum de fer et de sang progresse en surface.
Le désordre et l’enfer en dessous s’impatientent !
La lumière flotte en éclats de verre dans l’espace.

Quelques flammes, frivoles, valsent, rouges d’ivresse,
Et embrasent en dansant, par leurs baisers fébriles,
Les feuilles éphémères qui cèdent sous les caresses.
Elles dévorent, fervents soldats, ces prises si faciles.

Le monde dégringole, s’enfonce dans cet abîme.
S’assombrit en s’offrant à ces démons rebelles.
Quand du gouffre grand ouvert, une main s’anime.
Un ange me tend ses bras. C’est l’azur qui m’appelle.

©Emilie BERD 10/11/2017

LE JOUR OÙ LE TEMPS ME RATTRAPA

Je savais bien qu’il me suivait, lent et invisible, assurant de son regard sombre et insensible chacun de mes pas, les fixant dans la terre un par un, gravant ainsi ses desseins occultes et si sévères dans la voie qu’il m’avait tracée…
Je ne pouvais pas l’ignorer… Je sentais sur moi son ombre lourde, ce poids froid à l’odeur de châtaignes pourries et de tombeau tout frais.

J’avançais… Droit devant… Me concentrant sur ce long sentier qui se déployait sans aucune limite.  Son souffle court qui venait mourir dans le creux de mon cou m’ordonnait d’accélérer. Il était le vent qui gonflait mes voiles…

J’avançais… La tête haute, et les bras tendus pour toucher l’horizon qui s’étalait juste en face de moi. Il me semblait à la fois infini et multiple. Et si beau, avec ses teintes douces du soleil de l’aube, ses équipages habillés de printemps naviguant à vue… Cette force inflexible me tirait à elle, comme les rêves qui, au milieu de la nuit, s’accrochent irrésistiblement à la Lune.  Je voulais oublier ce prince obscur et invincible que le hasard perfide avait glissé dans mon dos, ce monstre qui me poussait sans cesse.

Alors j’ai marché… J’ai même couru, tant que j’ai pu… Pour ne pas tomber, j’imaginais des histoires à dormir debout. Et je m’inventais des armes faites d’épines de rose et de lianes mortes.
J’ai marché… Encore…Imaginant, naïve, réduire la distance qui me séparait de mon but…

Le paysage changea subitement… Les couleurs contrastées du printemps s’étaient fondues dans une harmonie de cannelle et de grenadine… La lumière s’affaissait, et l’air sans chaleur se matérialisait en minuscules gouttes glacées…
Ma peau frémissait mais l’hiver ne m’atteignait pas. La fatigue perçant mon crâne, je décidai de sortir de mon itinéraire pour m’asseoir un peu dans l’herbe qui hibernait désormais…

J’entendis alors une voix fascinante derrière moi… « Tu ne me vois pas, mais je suis là… Et je me prends au piège dans ta chevelure de perles et d’argent … Je creuse mes chemins tout autour de tes yeux… »
Ces mots tapaient dans ma poitrine… « Si je m’acharnais à chercher, je trouverais désormais dans les plis de ta chair, le secret de mes morsures… »
Chacun de mes muscles me crièrent de faire demi-tour… Mes pieds, cloués au sol, ne purent bouger…

Il se tenait là devant moi… Impalpable, indescriptible…
Il avait cet air arrogant qu’ont ces gens qui attendent demain comme un véritable présent…
Il s’agenouilla près de moi et me demanda : « Tu t’es perdue ?»
Je n’avais pourtant quitté la route que pour m’assoupir un peu…

J’essayais de fouiller son regard pour y découvrir quelques indices, un signe de ce qu’il me réservait, mais je n’y trouvais que du fer et du plomb… Il attrapa mon menton et m’embrassa…

Ses lèvres avaient le goût de l’acier, celui du sang dans ma bouche assoiffée…Son parfum humide remontait le long de mes narines…
Juste au-dessous de moi, le sol s’évanouissait en un espace noir et impénétrable, secoué par des ondes blanches et épaisses qui trainaient dans leur sillage des bruits étranges, des chants en lambeaux…

L’angoisse m’avait quittée, remplacée par la tristesse mêlée à une colère sourde… Une fureur enivrée par ces échos insondables qui résonnaient maintenant partout… Des extraits de vie pure qui hurlaient de n’avoir été vécues…Je devinais que c’était bientôt à mon tour de les rejoindre.

Les heures ne se comptaient plus puisqu’il était là, près de moi, à boire mes larmes de rage…
Après tout… J’avais passé mes jours et mes nuits à inventer des histoires de grand méchant loup, de sorcière alors qu’un démon m’avait hantée tout le long… Je n’avais plus qu’à attendre, et rester là, à l’entendre me décomposer jusqu’au dernier de mes os.

Je m’abandonnais à mes pensées lorsque mes doigts accrochèrent une masse brûlante et ferme… Sans hésiter, je la saisis, et le cognai avec… Une fois, deux fois… À la troisième, il lâcha son emprise, le corps renversé en arrière… Les yeux froids dans le vide… Il s’enfonça dans les remous habités, qui tressaillirent à son arrivée. Et j’ai écouté les sourires esquissés, lorsque, à s’en régaler, ces nuées  d’épouvante dévoraient leur vengeance.

Les perspectives avortées, le parcours avalé, je n’avais plus aucune raison d’avancer… Surprise par mon audace, et heureuse de cette issue imprévisible, je ne m’en trouvais pas moins désœuvrée… Et je n’avais même plus le temps à tuer…

©Emilie BERD 2 octobre 2017

 

PREMIER VOL

Le sol est si doux,
Il se mue en mystère…
Un secret tu partout…
C’est un voyage fou
Ma peau respire cet air
Qui se glisse dans mon cou.

Les nuages ont un goût
De fraises et de réglisse,
De soleil au mois d’août…
Et là, tout au bout,
L’horizon qui se plisse,
Pour me montrer la route…

Plus de tapis volant,
Plus de formules magiques…
J’ai des ailes, à présent !
A mon corps défendant,
Les lois de la physique
Sont perdues dans le vent…

Se retire l’océan,
En minuscule ruban …
Et je n’ai plus qu’à fendre
Le ciel, ce géant,
Qui s’ouvre droit devant !
La terre peut bien m’attendre…

© Emilie BERD 23 septembre 2017

Poème minute !

Des paillettes
Que le soleil et le vent chaud
Avait fait pleuvoir sur ma peau,
Il n’en reste que des miettes…

Et des souvenirs
Que le froid mordant et la pluie,
L’hiver et tout son train d’ennui,
Viendront bientôt assombrir…

Cette lumière
Qui pénétrait mes yeux mi-clos,
Jusqu’au plus profond de mes os,
N’est désormais plus que poussière…

Quelques clochettes
Qu’un éclat triste fera naître
Au hasard d’une simple fenêtre
En plusieurs milliers de paillettes…

© Emilie BERD 14 septembre 2017

PERCEPTIONS

Quand j’effleure la terre du bout de mes doigts,
Que les grains nobles s’accrochent à leur pulpe,
Pour quelques secondes, ou minutes parfois,
J’entends la vie s’agiter comme une brute.

Alors, je pose ma main tout entière
Et je tremble à l’harmonie du tumulte
Je serre le poing sur la courbe nourricière,
Et j’essaie de creuser, j’essaie et je creuse.

Les ongles noircis, le rouge des flammes aux joues,
Amoureuse inhumée, éternelle heureuse,
Je fais mon trou, follement et à genoux,
Puis j’allonge mon corps dans ce lit étrange.

Résonne dans mon ventre et brûle dans ma chair
L’écho des racines profondes et millénaires,
Nourri du fumier des cadavres anonymes
Aux rêves décomposés et réduits à l’infime.

Pose ta main sur la mienne, tu sentiras le pouls métallique qui passe de ma paume à ta peau.

Ferme donc tes yeux ! Ce jour-là est le nôtre !
Laisse venir à toi le frisson des anges,
Le bruit des sangs des saints et des autres…
Ouvre grand la bouche et respire la lumière.

Ton souffle trahit ta crainte de l’Animal,
Bois sans peur le vin des vendanges séculaires.
Car la Bête, libre, humaine et radicale
Se loge dans un royaume contre ton cœur !

Les fruits du dôme tombent déjà par rafales.
Entends-tu leurs noyaux sauter à la chaleur ?
Ecoute l’eau désertant la mer en spirales,
Elle rejoint le ciel et ne laisse que les pierres.

De la surface grise aux cavités souterraines
Progresse sans encombre l’infecte gangrène.
Pourtant, les fleurs noyées par les larmes du matin
Chatouillent encore la Lune de leur léger parfum.

©Emilie BERD 6 septembre 2016

Recyclage pour le jeudi poésie en vert d’Asphodèle.

L’Ange Egaré

Tous les jours, installé à la même place, il m’attendait, assis sur le banc de pierre, au centre du parc déserté.

Je posais ma tête, lourde et triste, sur ses genoux.  Il laissait courir son regard sur mon visage.
Lorsque j’ouvrais les yeux, je pouvais contempler ses ailes mouvantes et immenses aux couleurs de la lune pleine. Elles créaient tout autour de nous une éclipse réconfortante, une forteresse douce et invincible, un nid en forme d’île… Un territoire paisible n’apparaissant sur aucune carte que moi seule avais découvert.
Il me disait des histoires plutôt étranges à propos d’un endroit que je ne connaissais pas.

Là-bas, paraît-il, il y avait des astres ardents qui brûlaient de n’être que ce que l’on admire sans jamais pouvoir être touchés… A un tel point qu’ils s’élançaient, complètement désaxés, et tombaient en foudre pour éprouver le sol et goûter l’impact. On en cueillait souvent des débris.  Je t’en ramènerai un, c’est promis… 

Il y avait, à ce qu’il m’a décrit, une lumière si chaude, à faire fondre l’âme… Que les créatures de cette terre avaient mélangée maladroitement avec les ténèbres froides qui s’étendaient bien plus haut. Ces jus des fruits célestes s’assemblaient alors en une soupe tiède et bien fade, sobre et tempérée en somme… Ils ont appris à s’en contenter…

L’amour, chuchotait-il, était si épais qu’on pouvait, avec un peu d’adresse, le chatouiller et parfois l’entendre rire… De temps en temps, il arrivait qu’un inconscient par mégarde, ou un insensible par sottise, le laisse tomber. Il éclatait en milliers de morceaux sur le sol… Alors, riait-il, on suçait comme des bonbons les restes de cet amour brisé.

Et pendant qu’il parlait, pendant que j’avalais les fragments de ses souvenirs et de rêve, lui, du bout de ses ongles, épelait sur ma peau, des clavicules jusqu’aux reins, les lettres de ses mots…

Une fois, je lui ai demandé de m’emmener voir ces merveilles… Ce n’était pas possible. Il ne voulait pas. Ce n’était pas pour moi. Je devais rester là et il reviendrait me retrouver…
Au lieu de m’expliquer ceux d’un monde que je ne verrai jamais, lui ai-je dit, raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu ici aussi.(*)

Il ne répondit pas et continua à m’étourdir des choses extraordinaires qu’il murmurait si bien…

Et il y eut ce jour… Un jour comme autant d’autres, peut-être un peu gris… Un jour comme avant d’autres de solitude et d’ennui… Celui où ses mots gravés dans mon dos, autant de plumes qu’il avait plantées une par une, m’ont permis de m’envoler.

J’ai fait le tour de la Terre, j’ai même essayé d’embrasser le Soleil sans qu’il me consume… J’ai enchaîné les points cardinaux, en lettres capitales, jusqu’à en devenir folle à lier… J’ai regardé partout, partout où je pouvais, les détails de ses contes ricochant sans arrêt contre les parois de mon crâne…mais je n’ai jamais repéré le lieu dont il me parlait.

Alors, je suis revenue, dans ce parc déserté… Le banc de pierre n’y était plus. Et j’ai commencé à pleurer…Plus d’enceinte indestructible, plus de légende à écouter… A moins que devenu invisible, il ne marche à mes côtés…

Si vous, vous le voyez, au coin d’une rue ou dans un aéroport, dites-lui s’il vous plait que je le cherche encore… L’ange gardien que j’ai égaré… Mes ailes sont fatiguées et j’ai mal dans la tête… à m’en cogner jusqu’à l’évanouissement… Ces histoires me manquent… Dites-lui, si vous le voyez, que vous m’avez rencontrée et que j’ai juré de rester là à l’attendre…

© Emilie BERD 22 août 2017

Ecrit pour l’Agenda Ironique du mois d’Août hébergé par Laurence Délis.

Le thème était le suivant :

(*)« Raconte, raconte tous les miracles qu’il y a eu ici aussi », citation tirée du roman Jules et Jim de Henri-Pierre Roché lue sur le blog Du Jaune sur les Cils.

« De cette phrase le sens restera libre, large comme les océans, et pourra être décliné comme bon vous semble, en prose, poésie, haïku, tangua, ou pourquoi pas photos, collages, dessin… La création n’a pas de limites et sa richesse inépuisable 🙂

Seule contrainte la phrase citée devra apparaître dans votre texte ou toute autre création choisie. »

 

 

 

 

 

VENT

Je l’entends là flânant le long des fenêtres
Et des murs,
Fouillant quelques fissures,
Pour qu’enfin sa rôde s’arrête.
Il suit les failles et pénètre.
Tremblent portes et rideaux
Devant ses cris de revenant.

Je l’attends là effleurant juste mon visage
Et mes yeux
Filant dans mes cheveux
Des fragments d’étoile et d’orage
Alors, il se glisse et engage
Ses frissons sur ma peau
Par son assaut effervescent.

Je m’étends là sa fraicheur ressuscitée,
Brutale.
De l’amour en rafales…
L’eau salée perlant m’a quittée
Sous ses caresses précipitées.
Ma bouche fait écho
À ses souffles languissants.

Je l’entends là éloignant ses ondes exquises.
Une trêve…
Je retrouverai en rêve
Ses nuances de blanc indécises
Le goût de la mer qu’il a conquise.
Lorsque j’aurai trop chaud
L’ardeur le ravivant d’autant.

©Emilie BERD 7 août 2017

BAIN DE SOLEIL (2)

Assoupie sur le sable,
Une caresse insaisissable,
Dépose son safran sur ma peau.

Brille sous la chaleur,
Brûle en douceur,
Mon corps immobile.

Derrière mes paupières,
Saturées de lumière
Des ombres orange oscillent

Dessinent des cieux sauvages
Secoués de forts orages.
Mon corps au repos.

Mais l’étau se resserre
Et la fièvre se libère
À la fois poison et merveille

Amorce sans ardeur
L’appel de la fraîcheur
Mon corps en dérive.

Des sensations étranges
S’éveillent et se mélangent
Les mauvais rêves s’esquivent…

Caresse inoubliable,
Etendu sur le sable
Mon corps au soleil.

©Emilie BERD 20/07/17

LE FANTÔME

On raconte, dans le village, qu’il cherche quelque chose. Certains parlent d’un trésor égaré, d’autres sont sûrs qu’il voudrait retrouver son âme. Il se chuchote enfin, dans des cercles restreints, qu’en route pour le fond de la vallée, il laissa, un jour, tomber son amour…
Celui qu’il avait cueilli un soir de fin d’été à la cime de ce mont. Par hasard, ces yeux s’étaient arrêtés sur ce qui lui avait d’emblée semblé comme une merveille, offerte, à lui seul, posée sur une couche de lichen : un morceau d’étoile… Un petit bout… De rien du tout… Pas plus gros qu’une brindille…
Lorsqu’il la prit, cette étincelle, il devint fou d’elle. Il oublia de manger et en perdit le sommeil… Il ne la quittait pas, ne la lâchait pas ! Il la tenait dans son poing, bien serré… Il n’osait la mettre dans sa poche de crainte qu’elle ne cesse de briller. Il ne voulait la mettre dans une boîte de peur d’en être séparé… S’il la gardait ainsi, elle serait à l’abri, pensait-il.

Un matin, en descendant, il se rendit compte qu’elle n’était plus dans sa main… Il fit le trajet, une fois, dix fois, mille fois… Depuis le temps, il aurait dû être mort. Personne n’a jamais retrouvé son corps.

Car on peut voir toutes les nuits déambuler la lumière blanche qui le précède, ce halo qui l’accompagne et éclaire les sentiers sur lesquels il effectue sa ronde.

Cela commence toujours ainsi, lorsque le jour s’est endormi. Un souffle impérissable se murmure entre les rochers de la montagne. La mémoire du massif s’éveille, s’étire et frissonne sous la caresse de cette si discrète douceur.
La terre en tremble un peu. L’humidité se dépose à sa surface, rentre en elle pour s’assoupir, au chaud contre ses miettes de châtaignes et de charbon. Quelques bras de brume venus bercer la buée fuient sans bruit pour laisser place au sortilège.

Il approche…

Le silence s’agite dans les branches des arbres, se blottit et se cache, alors que les ténèbres haletantes, attendent sa venue.

Il est là.

Là-haut, tout en haut, où la roche et les nuages s’aiment en secret, là où le ciel se prend au sommet et s’y menotte, un point lumineux se dessine et descend en dodelinant. Cette lueur qui annonce qu’il marche le long du chemin, torturé…

Il s’évapore puis se ramasse. Il coule des hauteurs, glisse, effrayante rivière, lente mais déterminée. La tête baissée, il scrute le sol.

On l’entend, il l’appelle et fulmine. Sa rage résonne en tonnerre et dérange ce silence étrange qui angoisse la mort même.
Sa plainte s’étend jusqu’à la plaine, dans le souffle devenu vent, et terrorise les enfants qui, malgré l’avertissement de leurs parents, ne rêvent pas encore…
Tous les pores de sa peau pleurent des gouttes d’argent qui vernissent les herbes couchées et chatouillent les pierres brisées.
Il cherchera… jusqu’à ce que le soleil revienne… Et il sait déjà qu’il sera là… Demain soir, ou plus tard…

Un écrin blanc et rose s’émousse dans le ciel ouvrant les portes du ciel au jour. Il remonte la pente, espérant que bientôt l’obscurité gagnera et que là, dans l’ombre, il verra enfin briller son brin d’astre qu’il a laissé échapper…

On raconte, dans le village, qu’il cherche quelque chose. Certains parlent de plusieurs diamants, d’autres disent qu’il a perdu la tête… Si, une seule fois, il la relevait, il verrait que c’est son bout d’étoile qu’il suit, chaque nuit.

©Emilie BERD 17/07/17

 

 

MUE

 

Déjà, la toile se tisse
Et les étoiles s’étirent,
Une par une.
Quand, sous sa peau, respire
L’ambre des épices
Aux odeurs brunes.
Trop de démence satine
Le soufre qu’il expire
Qu’il expulse.
La souffrance se dessine
Aux silences qu’il soupire.
Il convulse.

L’heure de la pénitence.
C’est la danse qui commence,
Et s’éternise…
Au diable les apparences !
C’est juste une évidence
Qui se déguise…

Déjà le soir s’esquisse
Et les ombres conspirent
Avec la brume.
Lorsque sa peau aspire
Le mystère qui s’immisce
Et s’allume.
La créature devine
Que l’ange, lent, se glisse
Sous sa fourrure.
Et le démon s’incline
Soumet ses cicatrices
Aux sutures.

C’est l’heure de la naissance.
La splendeur qui s’avance
Et se dépose…
Docile et sans défense,
Il subit son intense
Métamorphose.

©Emilie BERD 5 juillet 2017