AGENDA IRONIQUE DE SEPTEMBRE, VOICI L’HISTOIRE DU LOUP

L’Agenda ironique ce mois-ci est chez Martine et chez Carnetsparesseux. Les deux organisateurs nous proposaient deux thèmes. L’un donne sa langue au chat tandis que l’autre s’égare dans des sombres histoires de loup et d’habit rouge. Après le chat, publié hier, voici le loup!

LE PETIT CHAPERON

Il était une fois une petite fille adorable et adorée ! Sa mère l’adorait, sa grand-mère l’adorait !
Cet amour la dota d’un indécrottable caractère. Des règles, elle n’en avait que faire !
Incorrigible, elle obtenait toujours ce qu’elle souhaitait. Les autres enfants de son village l’évitaient et les adultes ragotaient sur ses crises habituelles : « Qu’est-ce que sa mère va bien pouvoir faire d’elle ? ».

Cette petite fille portait un chaperon qui lui allait si bien qu’on l’appelait « Le Petit Chaperon».

Un jour que sa grand-mère fut malade, Le Petit Chaperon partit en ballade lui porter une galette et un petit-pot de beurre. Après tout, elle avait bon cœur.
En chemin, elle rencontra le Loup qui lui demanda :
« Où vas-tu, chère enfant ? »
« Chez ma mère-grand, répondit-elle en s’agaçant déjà, lui porter une galette et un petit pot de beurre que ma mère lui envoie. »
Le Loup lui dit « Voudrais-tu jouer à un jeu avec moi ? »
Le Petit Chaperon rétorqua « Non merci, je suis pressée, je n’ai qu’une hâte, voir ma grand-mère bien-aimée et me retrouver devant l’âtre. »
Le Loup resta sans voix. Il ne souffrait que, pour la première fois, quelqu’un lui résistât   ! Alors, il insista. « C’est que dans ce bois, je m’ennuie. Je ne serai pas contre un peu de compagnie. »
Mais l’enfant le regarda de travers ! « Il croit que je suis née d’hier ! » pensa t-elle alors qu’elle suait d’impatience ! « J’admire votre insouciance, mais voyez-vous, il commence à faire tard. Chercher donc une biche, un lapin, je ne sais pas…un lézard…. »

Le Loup n’y comprenant plus rien, mais se laissant guider par la faim, se jeta sur la pauvre petite qui ni une ni deux l’assomma bien vite ! Un crochet du gauche sans rancune, et un uppercut magistral le mit dans la Lune !
Le Petit Chaperon, rouge de colère, lui dit « Malgré vos grandes oreilles, vous êtes donc sourd, à moins que vous ne soyez tout bonnement lourd ! Quoiqu’il en soit vous m’avez mis à bout ! Je vous ai dit Non et vous en avez fait fi, Loup ! »

©Emilie BERD 21/09/2016

AGENDA IRONIQUE DE SEPTEMBRE

L’Agenda ironique ce mois-ci est chez Martine et chez Carnetsparesseux. Les deux organisateurs nous proposaient deux thèmes. L’un donne sa langue au chat tandis que l’autre s’égare dans des sombres histoires de loup et d’habit rouge.

Je ne sais pas encore si je pourrai pleinement participer au concours car je n’ai à cette heure terminé que le texte à la langue de chat…Mais écrit pour écrit, le voici!

BABEL

Il était un temps lointain où tout le monde parlait le même langage, un temps béni a priori mais ce serait occulter une bonne dose d’ironie…

Il était un temps, donc, où tout le monde parlait la même langue, avant que la pop anglaise envahisse l’espace musical (parce que lorsque l’on comprend les paroles…), avant que les étudiants ERASMUS animent les nuits de Brighton ou de Barcelone, et bien avant que les faux-amis, dont on ne se méfiera jamais assez, s’incrustent dans les conversations.

Jusqu’à ce que quelqu’un eut une illumination:

 « Et si on construisait une Tour ! »

« Pas mal » répondirent les autres

« Une Tour qui toucherait le ciel »

« Mais un monument pareil ! Il lui faudrait un nom ! » (On admire au passage, la discipline de ce temps jadis où tout le monde ou presque parlait d’une seule voix ! )

« Appelons la, la Tour de Babel ! » Il faut préciser que l’homme à l’initiative de ce projet possédait un chat baptisé Babel, car ces miaulements nocturnes ressemblaient plus à la complainte d’un agneau qu’à des miaous de matou ! Malgré tout, c’était un chat d’une grande sagesse et, à son propos, son maître disait souvent qu’il ne lui manquait que la parole.

Les travaux commencèrent sous l’œil avisé du chat. Il guettait constamment et n’était jamais à l’abri d’une pierre ou d’une brique jetée par les ouvriers, ces derniers craignant qu’il leur joue un mauvais tour ou qu’il leur porte malheur. Pourtant il n’était pas noir, mais plutôt caramel…mais bon vous savez ce qu’on dit sur les pauvres chats, la nuit ! Du maçon à l’architecte, tous faisaient grise mine à son apparition et de sombres rumeurs ébranlaient les échafaudages. Mais remettons les choses dans leur contexte ! Du côté des hommes, la météo n’était pas clémente. Ils essuyaient de terribles orages et la construction allait de mal en pis…Et si l’on se penche un peu sur le cas du chat, son intelligence qu’il cherchait pourtant à cacher le desservait plutôt.

L’animal, fatigué d’être le bouc-émissaire de l’avancement désastreux du chantier qui somme toute n’était que le résultat de l’avidité des hommes (car se disait Babel, « une tour qui touche le ciel ne sert pas à grand-chose pour ceux qui ne retombent jamais sur leurs pattes ! ») prit ses jambes à son cou sans demander son reste !

Si la fuite du chat clairvoyant est méconnue, l’autre fin de l’histoire l’est beaucoup moins: aucune tour ne vit le jour, et les hommes, disséminés à la surface de la Terre parlèrent différents langages…

Et ce n’est que là que l’homme à l’idée géniale comprit, ayant perdu son fidèle compagnon et sa langue…et se dit qu’à défaut de l’avoir tournée sept fois dans sa bouche, il aurait mieux fait de la donner à son chat.

©Emilie BERD 20/09/2016

PERCEPTIONS

Quand j’effleure la terre du bout de mes doigts,
Que les grains nobles s’accrochent à leur pulpe,
Pour quelques secondes, ou minutes parfois,
J’entends la vie s’agiter comme une brute.

Alors, je pose ma main tout entière
Et je tremble à l’harmonie du tumulte
Je serre le poing sur la courbe nourricière,
Et j’essaie de creuser, j’essaie et je creuse.

Les ongles noircis, le rouge des flammes aux joues,
Amoureuse inhumée, éternelle heureuse,
Je fais mon trou, follement et à genoux,
Puis j’allonge mon corps dans ce lit étrange.

Résonne dans mon ventre et brûle dans ma chair
L’écho des racines profondes et millénaires,
Nourri du fumier des cadavres anonymes
Aux rêves décomposés et réduits à l’infime.

Pose ta main sur la mienne, tu sentiras le pouls métallique qui passe de ma paume à ta peau.

Ferme donc tes yeux ! Ce jour-là est le nôtre !
Laisse venir à toi le frisson des anges,
Le bruit des sangs des saints et des autres…
Ouvre grand la bouche et respire la lumière.

Ton souffle trahit ta crainte de l’Animal,
Bois sans peur le vin des vendanges séculaires.
Car la Bête, libre, humaine et radicale
Se loge dans un royaume contre ton cœur !

Les fruits du dôme tombent déjà par rafales.
Entends-tu leurs noyaux sauter à la chaleur ?
Ecoute l’eau désertant la mer en spirales,
Elle rejoint le ciel et ne laisse que les pierres.

De la surface grise aux cavités souterraines
Progresse sans encombre l’infecte gangrène.
Pourtant, les fleurs noyées par les larmes du matin
Chatouillent encore la Lune de leur léger parfum.

©Emilie BERD 6 septembre 2016

 

RENTREE

La rentrée, ça a comme quelque chose d’évident…Un grand mur que l’on se prend en pleine gueule! Un peu comme lorsqu’on monte sur la balance et que le poids a dangereusement basculé du côté que l’on aurait souhaité bien plus obscure, assez obscure en tout cas pour permettre un déni total!

Pourtant, on devait s’y attendre, hein?! Moi, par exemple, j’ai abandonné le deux-pièces à la fin du mois de juillet…Et j’ai déserté les plages début août…
Surtout que ce soit clair! Rien à voir avec les superbes articles  « Quel maillot de bain sur la plage cet été? »  dont on nous a bassiné en plein mois d’août…J’ai rien compris…Ces choses, ça se décide plus tôt dans la saison, non? Les soldes, tout ça, peut-être…Mais va faire les magasins pour trouver un bikini potable…C’est trop tard! Fini! Au mois d’août, y a plus de soleil dans les rayons! C’est copies double petits carreaux ou grands carreaux, trieurs, cartables et porte-vues…A en perdre ton bronzage d’un coup, et à foutre ton moral dans un gris tellement pourri que même le rosé du soir n’arrive plus à le rafraichir ! Déjà que les cacahouètes, gressins et autres glaces m’avaient rappelé que pendant les vacances il n’y avait pas que les matinées qui étaient grasses…J’ai fermé les yeux le plus longtemps possible…Et la veille de mon départ, il m’a bien fallu les ouvrir…

En effet, pour le retour en avion, j’avais réservé (une fois lavé) au fond de ma valise  le pantalon que je portais pour l’aller. C’est peut-être de la superstition de porter les mêmes habits à l’aller et au retour, mais que voulez-vous? Je m’accroche à peu de choses, une fois en l’air!

C’est sûr qu’au moment d’enfiler THE pantalon (celui qui m’a résisté), j’étais un peu…comment dire…Etonnée? Un peu…Serrée? Beaucoup…Triste? Pas du tout! Que pouvais-je y faire ? Pour une fois, j’ai fait contre mauvaise fortune bon coeur, comme on dit. Je me suis dit qu’ en cas de crash, je tomberai plus vite!

C’est vrai que c’est violent, la rentrée! Le pire, c’est son côté scolaire! Après tout, faut bien retourner au boulot pour repartir en vacances (enfin, j’dis ça, j’bosse pas !) Mais, les gamins,  chaque année, ils changent de niveau. Et là, on reçoit une méga claque! Comme si les gifles de mon anniversaire, de leur anniversaire aussi…ou encore du Jour de l’An ne suffisaient pas! Et franchement, je ne trouve pas ça juste parce que plus tu vieillis, plus tu t’en prends, des baffes! On n’élève pas les enfants, ce sont  eux qui nous élèvent, il paraît…Et j’vois bien où il va me mener, cet ascenseur !

Pourtant, j’aurais dû m’y attendre…Moi, par exemple, j’ai Mambo One qui rentre en sixième en septembre…Enfin, demain, quoi! Et le transport scolaire m’angoisse! Pendant mes insomnies, j’imagine la chair de ma chair, perdue, sans défense, seule, aux abois dans cette sombre forêt de cars, inquiétants et malins, qui s’amusent à semer la confusion dans la numérotation de leurs travées…Je vois le sang de mon sang, aveuglé par les fumées de gasoil brûlé, aux prises avec un J.R. pré-pubère qui lui expliquera, une clope au bec, la complexité du monde (parce que c’est connu, les parents, ils y connaissent rien).

En effet, dans mon monde, c’est plus facile…Dans le premier cas, une fée douce aux ailes carmin menacera de tailler les cars en pièces s’ils ne se remettent pas en place. Et dans le second,  je ferais bouffer son chapeau et sa clope à J.R.

C’est sûr que, au moment où j’écris, j’me sens comme THE pantalon…Oublié au fond de la valise, j’en mène pas large! Mais bon, c’est comme l’avion, la rentrée, c’est un mauvais moment à passer…

©Emilie BERD 31/08/2016

UN ECRIVAIN DU DIABLE ! (3 et fin)

Le lendemain, à la fin de son jogging quotidien, il reçut une alerte sur son smartphone. Le chroniqueur Xavier Nolan avait été retrouvé mort, à l’aube, dans son loft parisien. Les articles relataient une mort subite, bien que des éléments curieux, à son domicile, interrogent les journalistes…Tous les sites d’information titraient sur ce décès énigmatique…Enigmatique… « Tout ce qu’ils ne comprennent pas est énigmatique » se dit Pierre.
Il n’était pas du genre à se réjouir de la disparition de quelqu’un. Même si ce quelqu’un lui avait fait du tort, même si ce quelqu’un avait pris plaisir à le descendre médiatiquement pour un peu d’audience… La nausée, au contraire, le secouait face à cet évènement tragique, qui jeta l’interview désastreuse aux oubliettes, par une coïncidence ironique.

L’humiliation publique évitée, il ne lui en restait pas moins un pesant embarras qui paralysait sa plume.
Une phrase revenait sans cesse, pendant ses nuits sans sommeil…Une phrase qui lui cognait dans le crâne comme on frappe avec un heurtoir contre une porte lourde…L’écho d’un sort jeté pour le purger de ce paradoxe vital, ce besoin inhumain qui lève les vivants et enterre les morts. Cette phrase, elle venait cramer l’essence des promesses, et racler les puits du désir…
Au crépuscule du soir ou du matin, à l’heure du crime ou de la sérénité, ce refrain lancinant vandalisait sa raison… Ces notes dingues, dans sa conscience, allumaient un feu macabre, autour duquel ses pensées tournaient en orbite…Il ne pouvait plus fermer l’œil.
« Aucun éditeur, aucun chroniqueur, aucun style ne te résistera. » D’où venait cette parole ? Qui l’avait prononcée ? La brume qui enveloppait cette soirée diabolique se dissipait au fur et à mesure de la multiplication des insomnies…Et si c’était vrai? Etait-il possible, rien qu’un peu, que cette discussion avec ce César ait eu lieu ? Etait-il possible que la mort de Xavier Nolan fut un assassinat dont il était le complice ? Avait-il vendu son âme au diable ?

Pierre n’osait imaginer une réponse affirmative, car, même l’esprit intoxiqué, il ne se figurait pas capable d’un tel acte…
Assommé par sa douleur, effrayé par les supplices infernaux, il s’ébrouait dans ce tribunal impitoyable, où le jugement dernier rendait une sentence terrible et sans appel.
Puis les nuits grignotèrent le jour, mettant peu à peu fin à l’alternance salutaire de l’ombre et de la lumière. Et il finit par ne plus mettre un pied dehors…

C’était les voisins de la rue des Cordonniers, les époux Mathews, des retraités anglais très affables au demeurant, qui avaient contacté les pompiers. Ces derniers avaient trouvé Pierre étendu sur le sol, au milieu du couloir qui reliait le salon à la salle à manger. Les murs intérieurs de la maison étaient couverts de mots dessinés au feutre rouge, parce que, expliquera t-il plus tard, il lui était impossible d’arrêter d’écrire…
Pierre fut interné quelques mois à l’Hôpital Saint Charles. Le psychiatre lui avait expliqué qu’il souffrait d’un « syndrome de dissociation de la personnalité, probablement causé par son succès sans précédent » que « la guérison était conditionnée par une prise rigoureuse de son traitement. » Et non sans lui avoir préalablement demandé une dédicace de son roman, il lui fit promettre de se reposer…Pierre avait surtout compris, lorsqu’il fut enfin en état de comprendre, que s’il voulait sortir de cet hôpital, il ne devait plus parler de lutin rouge, de César ni d’obscures transactions…Le repos, il le souhaitait aussi. Mais à défaut du repos céleste qu’il ne connaitrait jamais, il aspirait à un répit terrestre…Et ce n’était pas dans sa maison du bord de mer qu’il le trouverait…Cette maison, il y avait peu vécu et il savait à ses dépens que ce n’était qu’un endroit de passage, une transition…

Les badauds qui l’observaient sur la plage avaient disparu…De toute façon, il ne courait plus ! Madame Mathews lui avait ramené un tas de papiers. Pendant l’hospitalisation de Pierre, elle enlevait le courrier qui dépassait de sa boite aux lettres car, disait-elle, « Une boite aux lettres pleine attire les cambrioleurs ». Pierre la remercia pour sa prévenance.
Il l’enviait, cette petite dame toute menue, toute jolie dans son bermuda gris et son T-shirt rose…Il voyait bien en la regardant que la chaleur de la vie s’évaporait. Ses cheveux étaient de la couleur des eaux glaciaires des hauts sommets, d’un éclat si pur que le soleil y animait des reflets jaunes et bleus luminescents. Ses paupières clignaient souvent, luttaient contre le vent et les poussières qui leur rappelaient qu’il faudrait bientôt se fermer…

Il aurait aimé être à sa place…Eprouver cette ineffable attente mêlée de crainte et de regrets. « Heureux les pauvres d’esprit, se dit-il en riant, car le temps compte pour eux ! »…Pour lui, il n’était rien d’autre qu’une formalité à accomplir avant sa condamnation.
« – Le diable est-il déjà venu vous voir, Madame Mathews ?
Pardon ?
– Le diable ? Vous savez ? Est-ce qu’il est déjà venu vous rendre visite ?
– Il faut…Il faut vraiment que je parte.
»
Lui aussi, il fallait qu’il s’en aille, vite !

Les murs de sa villa repeints, il la vendit sans difficulté. Et pour s’abriter, il habitait désormais un chalet dans les Alpes. Les massifs saupoudrés déglaçaient ses angoisses. Là il apprenait à apprivoiser sa solitude, à discerner ses arômes subtils. Elle était son allié, sa compagne aimante… Elle avait toujours été présente, ostensible ou discrète. Il la flattait à travers les chemins escarpés de montagnes, lui dédiait des poèmes, des recueils entiers. Car il continuait à écrire. Il ne s’en privait pas. A quoi bon chasser les démons, ils reviendraient en nombre et au galop !
Mais voilà, les nouvelles bucoliques, les romans d’amour, les polars, il en était lassé. « La laisse est tendue, pensa t-il, pourquoi ne pas essayer de s’amuser ? » et il se laissa tenter par les histoires drôles ! Comme toujours, la tâche lui parut aisée. Il en publia quelques unes dans une revue du coin. Puis les éditeurs le sollicitèrent régulièrement !

Evidemment, elles plaisaient. Elles plaisaient tant… C’était pourtant couru d’avance, au prix que lui coûtait ce talent ! Du haut des cimes, il atteignait un public large, voire inattendu, puisque dans la fosse de l’Enfer, le Malin ne s’ennuyait plus ! Des bruits couraient dans la galerie des tortures qu’il ne pouvait plus se passer de Pierre et de ses lectures, au point de lui avoir promis l’immortalité pour divertir son éternité. Ses sbires en avaient des sueurs froides. Que pouvaient-ils tirer de ce Diable ? Mais pour lui, tout ça n’importait plus, il lisait désormais les histoires de Pierre et en serait mort de rire, s’il avait pu !

©Emilie BERD 12/05/2016

UN ECRIVAIN DU DIABLE !(2)

Lorsqu’il se réveilla, vers midi, Pierre convint qu’il en tenait une bonne !

Pour des raisons dont le secret était encore noyé dans ses veines gonflées, la seule vue de la bouteille de whisky le dégouta. Il ne put réprimer un spasme. C’était un signal ferme, un ordre clair ! Sans attendre la réplique, il se précipita aux toilettes. Quelques bribes de sa conversation avec César lui revinrent en traversant le couloir, mais il devait en priorité se pencher sur autre chose que sur ces visions éméchées.

Une fois l’étape brutale du lavage d’estomac terminée, il s’assit sur le carrelage pour essayer de se souvenir…Rien de ce qui lui revenait en mémoire ne pouvait être réel…
Il se sentait mieux. Il se leva sans chanceler, sûr de ses pas. Et plutôt que sa rasade d’alcool matinale, il avala un café noir.

Son regard flottait dans la cuisine, mi-endormi mi-ahuri, essayant à la fois de se rappeler ce qui s’était passé et d’oublier ce qui lui en restait. Dans le bac de l’imprimante, gisaient les feuilles imprimées la veille ! Il les ramassa et sans les lire, mit le paquet à la poubelle.
Pierre sentit un grondement sourd monter en lui, une sorte d’impatience, une effervescence. Il s’agita nerveusement devant son PC comme un chien fou tournerait autour de son panier sans le reconnaître. Enfin, il s’installa, prit une grande inspiration et se mit à écrire, à écrire sans fin mais à écrire si fin ! Au rythme de ses doigts s’élevait, de son clavier, une musique fluide et magique de celle que les mains habiles du pianiste virtuose répandent dans le corps des mélomanes jusqu’au vertige. De l’encre noire, il habillait les pages nues. Il figeait sans faillir les murmures sournois de ses personnages, les dédales de leurs sentiments vertueux, et sa propre espérance…. Le temps n’existait pas, la soif non plus.

C’est à partir de ce moment-là que tout s’accéléra ! A l’envoi de son manuscrit, les maisons d’édition ne cessèrent de le harceler pour obtenir le contrat ! Lui qui avait oublié jusqu’à la sonnerie de son téléphone, calfeutré dans son isolement où seuls les borborygmes internes et ses marmonnements d’ivrogne troublaient le silence, il fut d’abord gêné par cette attention nouvelle. Et puis, il s’était rapidement habitué ! Il recevait des cadeaux et des fleurs de ses courtisans qui voyaient en lui un auteur à succès.
Le livre, enfin publié, fut reçu avec un engouement phénoménal. Quelques semaines après sa sortie, il fut édité en cinq langues et on parlait de l’étudier au lycée dès la rentrée.
Devant cette ascension inédite, Pierre dut changer de vie ! Il quitta son travail, il emménagea au bord de la mer, s’offrit une voiture de course et tous les gadgets à la mode. Il connut une femme, puis une autre…

Il faisait même du sport ! Ses admirateurs pouvaient le voir traverser chaque matin, en courant, l’unique rue, la rue des Cordonniers, qui séparait sa maison de la mer pour rejoindre la côte et longer la plage à pleine foulée.
De loin, il sentait les autres le flairer et le reconnaître…Il aimait ça ! Il avait peur parfois de se faire dévorer, et pensait sérieusement à engager un garde du corps mais, malgré tout, il appréciait cette notoriété.

Pierre était l’invité que toutes les émissions, littéraires ou non, s’arrachaient. Cela avait l’air si simple ! Comment n’avait-il pas franchi les barrières de l’édition plus tôt ? C’est justement en répondant à cette question, posée par un chroniqueur du dimanche, Xavier Nolan, que Pierre commit une erreur.
« – Je ne sais pas ! Une rencontre peut-être…Une sorte d’illumination…
– Vous communiquez peu sur votre manière d’écrire. Aujourd’hui, j’aimerais en savoir plus ! Comment travaillez-vous ? Quelles sont vos influences ? Cette histoire d’amour que vous racontez dans votre livre, l’avez-vous vécue? Mais surtout, s’agit-il vraiment de votre premier roman, car j’ai tout de même du mal à croire que l’on se réveille un matin écrivain de best-seller !
– Pourtant…Je ne dis pas qu’écrire est facile ! En général, cela demande temps et travail.
– En général ? Vous ne vous comptez pas parmi les généralités ? Vous êtes hors norme !
– La réussite de mon roman tend à le démontrer !  Bon, je ne peux pas vous en vouloir ! Tout bien considéré, que connaissez-vous de l’écriture ?
– Nous ne sommes pas là pour parler de moi, mais j’ai tout de même…
– Je vous parle d’écriture, de littérature, pas de vos bouquins ridicules !
»
A ce moment, devant le sourire narquois du chroniqueur, il comprit qu’il avait perdu, que son arrogance faisait déjà le tour des réseaux sociaux et que l’épisode allait bientôt être relayé par les journaux à sensation. Son essor s’achèverait en même temps que l’émission… Il essaya de trouver une parade, une personne parmi ses nouvelles connaissances qui aurait pu l’aider… Mais il était trop tard. Personne ne pouvait plus rien pour lui !

Lorsqu’il fut rentré, seul, il pensa au réconfort qu’il aurait pu trouver dans une bonne bouteille… Un haut-le-cœur violent l’en dissuada. Il but un grand verre d’eau et veilla en ressassant l’exercice raté.

©Emilie BERD 12/05/2016

UN ECRIVAIN DU DIABLE ! (1)

Pierre jeta un coup d’œil à sa montre : il était plus d’une heure passée. La lune était belle et dorée comme une viennoiserie qui aurait fait saliver des gamins du mauvais côté de la vitrine. L’air frais de la nuit rentrait dans l’appartement par la fenêtre de la cuisine restée grande ouverte. Il n’avait pas faim. Il n’avait pas froid. Enfin, il avait réussi !
L’imprimante vomissait le dernier chapitre de son manuscrit, dans un gargouillis métallique à faire fuir les chats de gouttière du quartier ! Six-cent-soixante-six pages ! Il n’en revenait pas ! Pierre savait bien ce que ce roman valait, il ne se faisait pas d’illusion. L’intrigue était pauvre, les personnages n’avaient pour profondeur que leur mise en terre préméditée…Une sorte de roman policier…Du moins c’est ainsi qu’il le voyait !
Il avait mis un point d’honneur à terminer cette histoire, même si, au final, elle ne le mènerait nulle part !

Il ferma la fenêtre, sortit de la cuisine et se dirigea vers la petite armoire, au fond du salon, qui tenait lieu de bar. Il n’y avait pas grand-chose à l’intérieur : une bouteille de whisky aux trois-quarts vide, deux autres pleines, bien rangées derrière elle, et un verre à soda. Il saisit la première bouteille, la jaugea en fronçant les sourcils, versa son contenu dans le grand verre et se laissa tomber sur le fauteuil…
Il commença à boire. Il admirait béatement la rapidité avec laquelle le whisky descendait, car il ne lui restait déjà plus beaucoup d’espoir au fond de ce verre… Il l’effleurait avec nostalgie. Il lui rappelait celui dans lequel sa grand-mère servait le sirop d’orgeat, lorsque, enfant, il jouait au ballon avec ses camarades. Ils s’asseyaient sur les marches en pierre, à l’ombre du seul arbre du jardin, et buvaient à grandes lampées cette bénédiction sucrée qui électrisait la langue et reléguait les rancœurs du jeu aux souvenirs d’une belle partie entre copains.
Maintenant, il ne jouait plus à la balle. Ses genoux supportaient à peine l’épreuve des escaliers pour monter jusqu’à son appartement. Plus personne ne venait le voir…
Avant, dans son petit placard, il y avait des flûtes à champagne et un service à thé pour les soirées entre amis. Avant, il y avait des rires de femme aussi…
Il était curieux de savoir à quel moment il aurait enfin ce courage, quand il déciderait de faire le grand saut… Quel stade d’humiliation, de désaffectation de lui-même devait-il atteindre ? Il avait bien plus de résistance que ce que les gens pensaient…
« Bah, l’Enfer, c’est les autres », répéta t-il plusieurs fois et en avalant son quatrième verre, il envoya tout ça au diable ! Quand un coup de vent violent rouvrit la fenêtre de la cuisine…

En s’approchant pour la refermer, il vit un petit bonhomme rouge qui le fixait du regard !
« Faut vraiment que j’écoute le toubib et que j’arrête de picoler ! », dit-il à voix haute.
Son régime quotidien l’avait habitué à ce type d’hallucinations, mais cette rencontre fut pour le moins étonnante !
 «     – Bonsoir, Pierre ! »
L’intrus ne manquait pas de politesse, qualité qui n’était point partagée par son hôte involontaire.
   « – Qu’est-ce que tu fous là ? Et comment tu connais mon nom ?
– Je suis le Malin. Je sais tout, c’est connu ! Je viens te proposer un marché !
– Le Malin ?
– Oui, le Malin ! Tu n’as jamais entendu parler de moi ?
– …
– Le Diable, Lucifer, Belzebuth, quoi ! »
Pierre éclata de rire !
« – Toi !? Si petit machin, le Malin ?  
– Effectivement, on me le dit souvent ! Mais, cela a certains avantages !
– Ah…Lesquels ?!
– Cela me permet de passer inaperçu ! Je garde, disons…un effet de surprise !
Je veux bien le croire ! Bon ! Tu m’as l’air sympa. On rigole bien tous les deux, mais tu comprends, je suis complètement bourré…Ce qui, pour autant que je sache explique ta présence ici! J’ai envie de me pieuter en rêvant au prochain godet que je vais me jeter ! »

Il claqua la vitre au nez du minuscule visiteur et risqua un coup d’œil…Machin était parti. Il alla dans sa chambre, et s’allongea au milieu des draps froissés. Son lit ressemblait à un champ de bataille, un champ où se livraient des luttes cruellement solitaires, un lit que l’on ne faisait plus…

Au bout de dix minutes, un besoin impérieux le força à se lever et, dans le couloir, il faillit écraser le lutin rouge !
« – Encore toi ?!
– Je t’ai dit : je viens te proposer un marché !
– Du genre ?
– Le genre de proposition que tu ne pourras pas refuser ! Une proposition qui peut changer toute une vie et plus encore !
– Le genre de proposition que je ne pourrais pas refuser ? C’est une réplique célèbre du film « Le Parrain », tu connais ?
– Plutôt oui ! Je lis beaucoup et je suis cinéphile à mes heures, qui sont de moins en moins perdues et que je ne compte plus, par ailleurs. J’ai une nette préférence pour les films drôles…Les histoires comiques…Je le confesse, j’ai une sainte horreur de la violence !
– Cela doit être difficile avec ton boulot…
– Tu ne crois pas si bien dire ! Avec toute cette pression…J’ai songé partir, un jour…Je n’en pouvais plus…Le burn-out, tu vois…Mais le monde a besoin de moi, c’est indéniable…Comment l’imaginer en mon absence, alors que pendant tous ces siècles, j’ai su me rendre indispensable…Il y a les bons et les mauvais côtés dont je dois m’accommoder…Et tu me vois mettre une petite annonce dans le journal pour mon remplacement ? C’est ma croix, tu comprends…
– Bon, écoute, Machin !
– Appelle-moi par mon prénom !
– Et comment dois-je t’appeler ? A ma connaissance, tu es celui qui est le plus nommé dans sa catégorie. Il y en a dont on n’ose à peine prononcer le nom, alors que pour toi, on ne sait lequel choisir !
– Appelle-moi César. »

Pierre applaudit.

« – César ! Très bien, César, écoute-moi ! Retourne d’où tu viens ! Ce soir, ça ne le fait      pas ! Je sais pas, moi, reviens demain ? Hein !? Demain matin ! On s’boit un canon à la fraîche ! Pas trop tôt, vers 11h00 !»

Il essaya de regagner sa chambre.

« – Je peux faire de toi un homme riche et célèbre ! »

Pierre s’arrêta net !

« – Tu m’as pris pour une starlette !? Et en échange de quoi ? Sérieusement ? Et puis, excuse-moi d’être franc, mais j’me sens pas très fier, à cet instant précis ! J’suis tellement raté que c’est un gnome qui vient négocier mon âme !
– Je t’offre le talent, le succès et la sobriété!
– Attends, ce serait pas mieux la prospérité en troisième ?
– Si tu veux, mais il faut bien commencer par quelque chose, non ? Je te promets ceci : aucun éditeur, aucun chroniqueur, aucun style ne te résistera.
– J’suis pas dans le meilleur état pour prendre une décision importante…
– Talent, Succès et Prospérité.
– J’ sais pas trop, tu m’prends de court…
– Talent, Succès et Prospérité.
– Et comment tu la récupères mon âme ? Je te signe un papier et tu me zigouilles dès que je sors de chez moi, c’est ça ? »

Ce fut au tour du lutin d’éclater de rire !

« – Un papier ! Quel papier ? Pourquoi ne pas le graver dans du marbre tant qu’on y est ! Ces paperasseries, ces contraintes matérielles, ce n’est bon que pour vous autres mortels, prompts à oublier les promesses faites la veille pour peu que l’omission vous arrange ! Entre personnes de bonne compagnie, ce n’est pas nécessaire…Cela reste entre toi et moi, rien qu’entre toi et moi…La parole sincère, sans intention bonne ni mauvaise, suffit…Et s’agissant des modalités de l’extraction, elle ne s’exerce qu’après mort naturelle ou accidentelle mais attention, il y a tout de même une réserve, le suicide est inclus !
– Mort naturelle…
– Exactement ! Je ne toucherai pas à un seul de tes cheveux ! »

Pierre passa instinctivement la main sur sa tête.

– La sobriété, ce serait pas mal, alors ?
– C’est à toi de voir ! Il ne faut pas non plus changer les habitudes trop brutalement…
– Et une fois que tu as mon âme, qu’est-ce qu’il lui arrive !
– Pas de salut ! Tu resteras près de moi jusqu’à la fin des temps…
– Près de toi jusqu’à la fin des temps…C’est pas rien, tout de même !
– Je ne vais pas te mentir, ce n’est pas mon genre ! Je suis pressé ! J’ai, comme vous dites,  quelque chose sur le feu. Est-ce vraiment utile de faire un résumé de ta situation ? Soit, si tu y tiens ! Regarde-toi ! Tu n’es rien ! Des amis ? Non ! Des femmes ? Même pas une ! Au bureau ? Tout le monde se fout de toi et dans dix-huit mois tout au plus, tu craches ton foie !
– C’est sûr que vu comme ça…dix-huit mois ?
-Je t’assure…J’ai consulté le registre avant de venir ! C’est pour ça que je suis devant toi…dix-huit mois, c’est vache, je trouve !
-Tu es venu pour me sauver la vie…
– Et garde en mémoire que même si aujourd’hui tu poursuis ton existence minable, rapide certes mais minable, peut-être me rejoindras-tu malgré tout…
-Comment ça ?
-Quelles bonnes actions, quels dons as-tu fait ici bas pour te garantir une place là-haut ?
-…
– Donc, hésite…Je t’en prierai presque, parce que si tu refuses mon offre, dans peu de temps, tu seras à moi…Gratuitement…
– Mais y a pas un endroit là, entre les deux?!
 – Le purgatoire !? Tu plaisantes ! Ils sont débordés ! Aucun dossier à jour ! Alors dès qu’ils peuvent m’en envoyer un…Et puis, on s’entend bien toi et moi ! Je t’offrirai une place de choix !
-Talent, Succès et Prospérité…
-Voilà ! Mort naturelle ou accidentelle garantie !
-Sobriété ?
-Et sobriété ! Parce que c’est toi et qu’il faut vraiment que j’y aille !
– C’est fait !
– Marché conclu !»

Dans un souffle, les murs du couloir s’enflammèrent. Un être géant aux yeux injectés de sang se dressa en vociférant « Amuse toi bien et je viendrai te chercher ! ». D’un coup il disparut !

©Emilie BERD 12/05/2016

Et c’est reparti (enfin presque…)

Me revoilà!

Bon, vacances scolaires obligent, et bloguer, écrire ne sera pas une mince affaire!

Pour preuve: A peine assise devant l’écran, Mambo 3 est venue me harceler « Je peux écrire quelque chose moi  aussi ? » Mignon tout plein, mais pas pratique! Disons que l’espoir fait vivre ou que je vis d’espoir. Peu importe! Après tout, advienne que pourra!J’espère tout de même pouvoir participer à l’Agenda Ironique chez Grumots, entre deux batailles d’eau (parce que trois, bonjour les dégâts!) et quelques parties de boules de pétanques

Bref, je vous propose pendant que je planifie mon évasion une nouvelle en trois épisodes, nouvelle que j’avais écrite pour un concours et qui n’a pas séduit.

Ce n’est pas tout, il est temps que j’aille nourrir les fauves, sinon ce sont eux qui me dévoreront!!!