OCTOBRE INFIDELE

Dehors, assise contre le mur irradiant, le soir m’avait déjà prise, noir et épais, dans ses bras hâtés mais tendres. Les paupières grises et closes, l’âme à fleur de rêve, assoupie malgré moi, dans ce sommeil d’enfant presque méchant tant il est insouciant.
Je n’avais pas froid.

Quand un soupçon glacé se glissa dans mon cou, caresse exquise et imposée, attention requise par l’apparition terrifiante que je languissais.
C’est à mon effroi que je l’ai d’abord reconnue, car Octobre avait changé… et à ses bras aussi, de ramures, décorés, désormais bien moins bleues que cendres, comme si son sang s’était défilé… Incroyable déesse aux pieds gelés, vision d’horreur adorée…
Elle était là…

L’orage battait le ciel. Les éclairs sauvages lui découvraient parfois la couleur triste des corps que l’on ne convoite plus… Blancs comme la mort…
Elle leva les yeux vers la pluie qui ne tombait pas et je vis des grains de sel sur son visage, des larmes en cailloux qui roulaient jusqu’à ses lèvres humides.
Sa voix rousse entrait en moi.

« Mes nuits se sont allongées sous les draps chauds de la lumière… Enveloppées aux confins des astres, par le soleil, trompées… Blotti, à l’abri, j’avais l’illusion morbide de me donner, entière. Fondue, effacée sans laisser de trace, enfermée à double tour dans ce jeu de passe-passe… Lui, ardent et moi, absente…
De cette alliance funeste est né l’automne noir et miel, tandis qu’un désert rouge se dressait dans ma gorge…
J’ai vu des feuilles aux arbres qui toujours s’accrochent, pour éviter leurs sœurs gisantes en bas, en tas, et aux destins incendiaires. J’ai vu les aubes blêmes, dont les brumes et les boues balbutiantes se sauvaient sous les assauts de leur adversaire. »

Sa main était sur ma joue, ses ongles appuyés un peu…
L’odeur de ses doigts était devenue sucrée. De son poignet, couraient des chutes d’eau dont le débit puissant éblouissait par seconde. Chaîne immatérielle ou déferlante des veines ? Mon souffle était rythmé par ce compte à rebours hypnotique, horloge ou tambour, que mon cœur jusqu’à s’arrêter, entendait bien accompagner.

« Les ombres de juin me rappelaient par endroit le parfum des premiers frimas, et pourtant, elles n’étaient que le miroir sans éclat de mes propres pas… Ivre d’espace, j’ai cru que c’était son corps, alors que ce n’était que le mien qui desséchait sur place.
Mais je sais que l’hiver me suivra encore et de toute façon… Car, par nature, la passion se fout des saisons. »

Le tonnerre s’est calmé, apaisé et avec elle, sa colère disparut…
Un courant d’air vint se prendre dans mes jambes revigorant ma peau grâce à quelques gouttes égarées. Il avait plu.
Je fis un détour pour chercher quelques bûches de bois !
Demain, l’hiver sera là !

©Emilie BERD 17 octobre 2018

Photo personnelle

NUITS D’OCTOBRE

De la fenêtre de ma chambre, j’ai vu, un soir,  Octobre traîner sa longue robe, brume et pluie, le long de ma campagne.
Sa marche est lente, épuisée par le poids de l’ombre qu’elle élève et par le goût de l’eau sale qu’elle crache. Elle avance, sûre, sa mission ad vitam æternam affichée sur ses bras marbrés, découverts et tatoués par l’Hiver, son seul amour… Ici pour l’aider à accomplir sa destinée glaciale, que l’on sait perpétuelle et banale. Mais elle, si elle échouait, elle en mourrait !
Alors, avec soin, elle fait son chemin, enferme la lumière dans des boules de verres, chasse les rires pour les mettre sous pierres.

Je l’observe quelques minutes, brunissant tout sous ses pas. Je la vois dérouler son hémorragie, comme un tapis d’honneur, bientôt piétiné par son amant. D’où vient donc tout ce sang ?
« –Me vois-tu ? »
Elle se tourne vers moi et s’approche lentement ! Je crie « Reste loin de moi ! », mais le son de ma bouche ne sort pas ! Pétrifiée par cette beauté humide qui se révèle au gré des réverbères, sa chevelure rousse dégoulinant à ses pieds.

Ses doigts froids sont déjà sur mes yeux, brandissant le passé bien plus haut que l’avenir… Elle les pose sur ma bouche, désertée par la salive sous l’effet de la frayeur…L’odeur de ses promenades nocturnes glisse de ses ongles à mes narines et je l’entends :
« Dès le premier temps des nuits, du moment où elles virent le jour, me dit-elle, on m’appela, moi la huitième, pour les aider à grandir. Et lorsque je l’ai rencontré, je suis tombée amoureuse de l’hiver et de sa splendeur. Je courais dans l’espoir de nous unir, mais je n’avais pas compris que cette passion dévorante était une impasse. Ne me suit-il pas chaque année ? Il est perdu si je l’attends… 
Ne me lâche t-il pas chaque année ? La solitude est son seul présent ! »

Son discours était secoué de sanglots qui semaient leur lot de sang sur le sol.

« Alors, je prépare sa voie, faisant mon possible pour faciliter son issue…, continua-t-elle, Après toutla feuille de l’arbre meurt plus souvent sur un pare-brise que sur la terre qui lui est promise
Je l’aime ainsi à faire son lit pour que seul il se couche ! Je l’aime encore, sans lui, sans qu’il ne me touche. Pourtant si l’on me donnait aujourd’hui le choix, cela n’aurait rien changé…Car c’est le mois de juin que j’aurais préféré…Voir enfin s’épanouir le jour, voir les nuits blanches de Saint-Pétersbourg, imaginer le bruit de mes larmes sans l’assaut obscure, et donner un sens à mes insomnies grises et stupides qui flétrissent mes voiles comme le temps creuse tes rides…
Profiter du ciel pâle, pour me pâmer, impériale, dans les rues animées ou bien faire l’ermite pour ruminer sur ce monde à la fois petit et sans limite… Laisser à la nuit l’ennui, tendre une corde vers l’horizon et ne jamais m’en tirer. Effacer les saisons et les mois, et moi…m’oublier…»

Silence. Les flots de la mer rouge sont calmés, les pleurs de l’automne arrêtés. Quand j’ai osé regarder autour, il n’y avait plus rien. De la fenêtre de ma chambre, j’ai vu la Terre chercher avec peine un début de clarté, dans un brouillard déjà grisonnant.

Depuis, il me tarde de vivre la première heure noire, de guetter l’apparition, le cœur palpitant devant la probabilité d’un simple mirage…Et l’âme encore pleine d’été consolée à l’idée qu’Octobre aurait pu aimer le soleil.

©Emilie Berd 22/10/2016

 

I WANT TO BELIEVE…

« C’est le cœur tourmenté que je vous écris cette lettre, même si je fais des efforts en surface pour ne rien laisser paraître…
Lorsque j’ai appris cette nouvelle qui, je vous avoue, me glace, j’ai d’abord laissé la place sur mes joues et sur mes lèvres au sillage de mes larmes, pour me laver de ce mauvais rêve.
Et, dans cette tempête, bouleversante et amère, j’en ai beaucoup voulu à ma mère dont les mensonges et l’hypocrisie m’ont écartée du doux chemin de mon enfance. Pourtant quand j’y pense, je m’en doutais un peu… La Terre est immense et vous étiez si vieux !

Il y a des questions à conserver sous clef pour croire aveuglément, mais c’était trop tard, j’avais demandé à Maman et mes illusions se sont évadées comme mes yeux ont fuit !
« Et le lapin de Pâques ? Et la petite souris ? »
Il paraît que l’on peut parfois retrouver la magie, lorsque plus grand, on laisse croire aux petits les mystères de votre existence… Si, désormais mes listes seront bien plus habiles à mettre sous le sapin des cadeaux d’importance, les choses se présentent de plus en plus fragiles…

Cher Père Noël, avec tant de nostalgie, je regarde en arrière et pour tous ces beaux moments que nous avons passés, je jure de garder le secret ! Croix de bois, croix de fer…

Toutes les belles histoires ont une fin, assurément… Tiens ! Je demanderai ce soir, pour le Prince Charmant ! »

©Emilie BERD 5 octobre 2018

Kafka, ça commence bien par un K ?

« – Vous payez sans contact ? »
«  – Oui , dis- je en posant ma carte bleue sur l’appareil…   La carte bleue touche l’appareil et ça s’appelle un paiement sans contact ?»
« – Si on commence à chercher à tout comprendre, on n’a pas fini… »

Pourtant, j’ai passé le reste de la journée mal à l’aise… Parce qu’au fond, on appelle bien un chat un chat, non ?

Personnellement, j’aurais appelé ce mode de paiement autrement… Le paiement sans code : Simple, efficace… Ou un truc classe, en anglais du genre  Serving the pick-pockets , ou comment la modernité rend service au voleur à la tire (souvent à pied, par ailleurs !)

Mise sens dessus dessous par ce sans contact qui n’en est qu’un, j’ai essayé de me faire une raison… Ne m’est-il pas arrivé de payer en liquide sans me salir les mains ? Et même lorsque l’on paie cash, on paie rarement content…

Aujourd’hui, on fume des cigarettes électroniques, l’informatique écrase le libre-arbitre, et on sait que l’univers s’étire alors qu’il est infini…

« Je ne suis plus à ça près. Et qui suis-je donc pour leur faire un procès ? », me suis-je répétée pour me convaincre.

Mais le soir, ma fille de dix ans rentrant du collège, jette son sac dans l’entrée, pour se précipiter dans mon bureau. « Maman, je vais vérifier que j’ai accès aux manuels en ligne ! »

Accès à quoi ???

Aux manuels en ligne…

Rien à voir et aurais-je réellement préféré, avec un éventuel chat incluant un ancien Premier Ministre aux origines catalanes et/ou un actuel Président très attaché au titre de sa fonction…

Un manuel scolaire en ligne…

J’ai toujours été plus scolaire que manuelle, mais là, j’ai toujours pas compris… C’est quoi l’étymologie de ce mot, déjà ???

Je tourne et retourne le tout dans ma tête! Que puis-je faire ?

Sourire en faisant sembler d’avoir compris, pour pas sentir la honte de ne pas être à la page me monter aux joues ?

Serrer les dents devant les donneurs de leçons hypocrites qui agitent leur table de la loi et leurs commandements pour empêcher les autres de jouer de la tablette.

Être un peu à cran, quand les devoirs et les livres scolaires sont en ligne, que les exposés doivent être présentés sur Power Point et que les versions se font sur internet !

Je ne peux pas m’empêcher de penser que l’on se fout un peu de moi, lorsque l’on interdit aux élèves l’utilisation des téléphones portables à l’école alors que l’enseignement scolaire se fait presque sous écran total !

Et je m’interdis de penser à ce qu’il va advenir, pour le peu qu’il en reste, de l’égalité devant le service public…

C’est vrai, si on commence à chercher à tout comprendre, on n’a pas fini… En attendant, ce que je sais, c’est que Kafka, ça s’écrit bien avec un K, et Bon ça s’est jamais écrit avec un C…

© Emilie BERD 4 octobre 2018

Sources GIFs : giphy.com

Mon fils, c’est le meilleur !

Mon fils, c’est le meilleur ! Il est grand, il est beau, il est fort et (ce qui n’enlève rien), il est intelligent ! Et je ne dis pas ça parce que je suis sa mère !
L’idée même de l’avoir enfanté me dépasse…Comme lui aujourd’hui ! Lorsque je le vois, je me demande comment j’ai fait ça… C’est vrai quoi ! Il y a douze ans, c’était une crevette. Prématuré, léger, une plume… Il tenait dans le creux de mon coude !
Aujourd’hui, lorsque j’enroule mes bras autour de lui et que je pose ma tête sur son épaule, je n’ai plus besoin de plier les genoux et je sens qu’il est déjà prêt à me soutenir. J’avale mes larmes dans un sourire, lorsque j’entends sa voix d’enfant disparaitre sous des accents mâles, graves, encore hésitants mais certains de l’emporter…
Ou quand j’aperçois juste au-dessus de ses lèvres, cette ombre qui se dessine en trompe l’œil…
Je vois dans ses mouvements l’homme qu’il devient, sûr de lui et serein… À chaque fois, je suis surprise !

Mon fils, c’est le meilleur ! D’ailleurs, de plus en plus souvent, il me donne son avis, d’une constance étonnante, qui se résume à « Mais qu’est-ce que tu t’en fiches ! Arrête de te prendre la tête ! »
Je demande rarement un conseil à un enfant de douze ans, mais ayant la vieille habitude (ou habitude de vieille) de parler à haute voix, il s’aventure à me répondre.
Si je suis fâchée contre lui, il s’approche de moi en me disant « Fais- moi un bisou ! ». Et si je suis inquiète parce que j’ai fait quelque chose de mal, il me regarde, taquin, « Ma mère, c’est une thug ! »

Mon fils, c’est le meilleur ! Comme beaucoup de mamans, je pourrais justifier ce jugement par une grossesse difficile…Vous raconter mes déboires pendant six mois, alors qu’il partageait mon ventre avec une tumeur d’une taille incroyable… Heureusement (pour vous), au bout d’un moment, on oublie… La douleur et l’angoisse, non. Les détails, oui… Y a pas à s’inventer d’histoires ! C’est seulement un état de fait : L’amour maternel est sans condition !

Aucune

Enfin, jusqu’au jour où, ça commence ! Cette fameuse crise d’adolescence ! Ok, je n’en suis qu’au début ! Ok, la communication n’est pas rompue ! Mais sérieux ! Je suis limite à envoyer une lettre à la mienne de mère, pour lui présenter des excuses !!!

C’est quoi ce truc ???

Je ne sais pas ce que je préfère, en fait :

D’abord, le mètre soixante-dix est devenu sourd… Je ne vais pas me précipiter pour prendre rdv chez un ORL non, non… Je ne m’inquiète pas vraiment pour son audition, il est juste passé en mode « balec ». Le mode « balec », il est hyper tendance chez moi, à un point tel que je me demande pourquoi je ne l’ai pas utilisé moi-même… C’est brillant, parce que simple ! Pas besoin de boules Quiès, ni d’écouteurs… On te pose une question, tu ne réponds pas ! On te répète la question, tu ne réponds toujours pas ! À mon époque, lorsque j’étais jeune, on appelait ça « mettre un vent », mais ça ne se dit plus… Aujourd’hui, on met des « clash » ou on ne fait rien, à cause des restrictions budgétaires ou d’économies d’énergie, je suppose…

Pour varier un peu et tromper l’ennemi, il y a un mode « balec » disons plus concerné :« Ouaih ! Ouaih ! T’inquiète ! » 99 fois sur 100, ça passe crème ! L’agresseur, désespéré, s’est occupé de tout, toute seule tout seul…

Le mètre soixante-dix se lève de son pieu pour se croûter direct sur le canapé, genre « J’ai trop dormi, je suis crevé ! » Attention !!! Il ne se précipite pas sur la PS, ou sur son téléphone… Il se réveille et il l’est vraiment, fatigué !

La variante ici, c’est le rituel : « J’en-ai-marre- ça-me-saoule- j’ai-la-flemme »

Et c’est là où le mental joue… Parce que devant la vague phénoménale des « Fous-lui-un -coup-de-pied-au-cul » qui te submerge, tu fais bloc ! « C’est hormonal ! C’est hormonal ! » Et, parce que tu as beau faire, tu n’es pas un ange, tu penses à sa future femme pour rire un peu !

Mais le mètre soixante-dix, c’est mon fils… Alors même s’il me demande d’aimer ses photos sur Insta, parce que, ça lui fait plus de likes et que personne ne sait que je suis sa mère (« Ben si, Maman, like, steuplé ! C’est pas grave ! Ils savent pas que tu es ma mère, c’est pas ton vrai nom !), je ramasse mes dents et avec ce qu’il m’en reste, je lui fais un grand sourire !

Parce que voyez-vous, mon fils… C’est le meilleur !

©Emilie BERD 26 septembre 2018

Publié avec l’autorisation expresse de Mambo One

Sources GIF : Giphy.com

MON RÊVE

Je t’ai rencontré dans cette heure de miel tendre à laquelle l’aube tend la main pour inviter le teint à s’allumer. Tu sais, lorsque l’esprit tente de se noyer dans les remous amoureux de l’ombre… Je te vois dans ces moments de luttes inégales : incandescent.

Mon corps reste immobile dans l’espoir fou de plonger, de se prolonger dans le mystère de ses propres méandres et de s’y perdre enfin, car là c’est déjà si loin que ni la soif ni la faim ne parviennent à s’y rendre. Et tu es là, jusqu’à ce que le réveil, cruel, pointe au matin et que s’enchaînent les temps gris et moites, à l’odeur sombre du chagrin.

Je te vois encore dans l’instant brunissant où les yeux frissonnent de sommeil derrière les paupières bleuies par leur tâche régulière. Tu sais, lorsque tu apprends à marcher à l’amorce de mes nuits… A la seconde où tu tâtonnes, où tu prends appui…Juste avant que tu ne t’élèves et prennes l’horizon tout entière.

S’échappant et filant sans fin, tes brumes se posent sur ma bouche. Elles répandent leur beauté d’épouvante, évanescente et absolue. Il n’y a plus d’hiver, plus de vent…Rien ne bruit. La chaleur sur ma peau respire sous ton hâle de printemps qui m’enveloppe. Et même si tu sais à quel point je suis morte, tu me transportes et me soulèves, mon Rêve.

©Emilie BERD 17/03/2017

SEPTEMBRE

L’été qui se termine, ça fait penser à une fin d’histoire d’amour… Tu t’y attends et pourtant ça fait bizarre, toujours…

Avec le mois de septembre en prime, humide, ravageur budgétaire, et torpilleur du moral…
Tu aimerais bien traîner un peu la patte, mais même pour une procrastinatrice confirmée, c’est de la haute-voltige, du saut en chute libre… Ce n’est pas possible.

D’abord, il fait gris, un gris si sale que même la pluie hésite à tomber… Chez les températures, en tout cas, aucun flottement. Tu te retrouves à retourner les armoires, pour mettre la main sur un pauvre jean et un gilet dans lesquels, de toute façon, tu ne rentres plus… Car, oui, aujourd’hui, dans le miroir, tu vois les Aperol Spritz des soirées de juin que tu dégustais en te disant que, « après tout, c’est les vacances »… Tu vois les frites que tu dévorais quand tu étais en voyage, parce que là où tu étais, ils ne connaissent pas la baguette, et l’amour (et le manque) rendant aveugle, tu t’es dit que, « après tout, les frites remplaceront bien le pain ».
Tu essaies de reprendre le dessus… Ces bourrelets là…C’est un peu comme une carte postale que tu te serais envoyée à toi-même, ça reste des souvenirs…

Mais une fois sortie de ta bulle, c’est encore une autre affaire : ça se bouscule dans l’essaim, ça bourdonne, ça bouchonne et contre cette effervescence, tu ne peux rien… Tu contemples, effarée… Tu ne peux même pas participer parce qu’en vraie flemmarde, tu avais tout prévu, avant mi-juillet. (Je fais partie de ces personnes qui, à défaut d’adaptation, passent leur temps à anticiper… Alors quid du temps présent, me direz-vous ? Mais c’est un autre sujet.)
J’entends déjà les « oui, mais toi tu as le temps… Tu ne travailles pas… ». Pourtant, cela n’a rien à voir avec l’idée terrorisante d’aller dans un supermarché le week-end précédant la rentrée ! Rien à voir avec une sorte de méfiance viscérale à l’encontre de cet instinct grégaire qui nous pousse à faire tous la même chose, en même temps, dans une Communion célébrant la beauté de l’espèce humaine. Pour preuve, je vais souvent faire les courses de Noël, le 24 décembre ! C’est surtout que si je ne frappe pas le fer tant qu’il est chaud, je me connais : mes enfants iraient en classe avec un sac Leclerc ou au mieux Super U, en guise de cartable. Je ne peux pas leur faire ça. En plus, l’ainé est plus grand que moi, à présent. Faut que je fasse gaffe…

Du jour au lendemain, tu changes de planète. Il est vrai que le mois d’août n’est pas le plus bouleversant. Pour le coup, avec trente et un jours de suite qui ressemblent tous, de près ou de loin à des dimanches, c’est clair que septembre, tu le prends en pleine face, direct et sans sommation… Une boule te monte à la gorge et tu n’as plus qu’une envie, c’est de regarder encore une fois et le plus vite possible « Seul sur mars ».
Tout se presse ! Tout va plus vite ! Sauf sur la route, évidemment…Ce n’est pas tant le fait de conduire au pas qui dérange :  depuis le 1erjuillet, tout le monde roule à 60km/h. C’est juste étonnant… À croire qu’on a organisé un programme d’accélération du changement climatique dans la nuit du 31 août au 1erseptembre, et que tu n’étais pas au courant…
En réfléchissant un peu, tu aurais pu te douter que quelque chose se tramait. Depuis une petite semaine, l’ambiance est électrique à la maison. Y a un parfum qui traine entre le trac et l’excitation… Les enfants se précipitent et palpitent. La petite fait et défait son sac, pendant que les deux grands se demandent comment s’habiller le jour J.

L’émotion palpable dans l’air alors que l’aventure se meut et s’avance jusque dans leurs rêves pour leur donner envie.
Envie de revoir les copains, de s’en faire de nouveaux, de voir à quoi ressemblent les professeurs.
L’été qui se termine, c’est une nouvelle année qui commence. En plus, l’hiver est encore loin. Et puis, va savoir… Peut-être que l’été, il se cache juste en attendant de jouer avec l’automne aux cows-boys et aux indiens.

©Emilie BERD 1erseptembre 2018

Un dimanche au mois d’août

Le matin à l’eau déjà
Brouillé par la gueule de bois
Et le sable qui reste loin au bout…

Un petit parfum de noix
De goudron mâché, de boue,
Pousse alors un peu par ci par là…

Des draps de buées aux doigts,
la brume balance ses longs bras
Si précise et toujours prête à tout…

Le ciel, sens dessus dessous,
Le bleu aux vagues, les pleurs froids
Se grise comme un dimanche au mois d’août.

 

©Emilie BERD 24 août 2018

AILES

Tu me prends pour un drôle d’oiseau, prêt à te mener en bateau, à te bercer de ritournelles tendres et incroyables… À t’offrir comme un cadeau, une ribambelle pitoyable de mensonges et de maux.
Suis-je donc un si traître sir, qui ne chercherait qu’à vouloir te tromper avec des histoires, des délires de toute sorte puis les laisser lettre morte ?

Tends-moi un L et je serais ces voyelles qui sauront t’envoler.

Tu es ce miracle ma belle, les ténèbres et l’éclat, qu’une pâle aquarelle aux pastels délicats ne suffirait à croquer. Ton corps est cet autel, adorable adorée, où l’encens enfin se mèle à tes frissons agités…Et à ton goût un peu sucré, de chaleur et de cannelle, de prières exaucées…

Pas de corde ni de chaine qui nous lie… Juste la grâce de ces bretelles alanguies qui glissent sur ton épaule et que mon doigt frôle jusqu’à ton sein généreux et maternel. Tes baisers ne sont que tes mots, rubans de dentelles qui t’échappent infidèles et réveillent ma peau.

Si un jour tu voulais te retourner, m’abandonner, t’enfuir, plutôt que te retenir, je te ferais statue de sel, à mes yeux, rivée, et à mon désir, immortelle.
A tes pieds, vestale aux courbes figées, je pourrais t’admirer à genoux, éternelle, à en devenir fou. La passion me dévorant, mon délice et mon châtiment, balancelle désaxée où vacille ma raison…
Et tu deviendras cette stèle, passerelle sacrée entre tes jours infinis et mon amour sans condition.

©Emilie BERD 13 juin 2018

Pour les Plumes d’Asphodèle reprise par Mind The Gap (ici)

Il fallait placer les mots suivants : Aquarelle Voyelle Mirabelle Maternelle Stèle Eternel Bretelles Ribambelle Infidèle Dentelle Cannelle Passerelle Balancelle Ritournelle

J’ai pris une petite liberté avec Mirabelle.

LA LOI DE MURPHY (Ou « C’est pas grave »)

La Loi de Murphy, ce n’est pas une fille facile… Elle n’est pas du genre à se coucher tout de suite pour que tu comprennes à qui tu as affaire…

Tu ouvres les yeux… Jusque là, tout va bien ! Tu t’es peut-être réveillée un peu trop tôt parce que l’aube est saisissante, traversant, violemment certes, les rideaux de ta chambre, et parce que tout un monde extérieur célèbre le lever du jour en fanfare !  Alors forcément, ça vient te piquer un peu derrière les paupières… Si on t’avait donné le choix, tu aurais bien dormi une petite heure de plus, mais ce n’est pas grave… Tu te dis que tu ne vas pas faire ta chieuse de bon matin, surtout un comme celui-là… Vu l’ambiance Walt Disney, tu pourrais même imaginer Blanche-Neige dans ta cuisine en train de faire Ton ménage en fredonnant « Siffler en travaillant » !

Tu te lèves, tu prends ton café, tu te mets sous un rayon de soleil… Tes nains à toi finissent leur petit déjeuner…
Mais tu ne te doutes pas, à ce moment-là, que la Loi de Murphy plane sur toi, en un vol circulaire à effrayer les corbeaux !
C’est chouette ! Il fait beau ! Tu vas pouvoir enfiler un short, enfin !!! Puis, rapidement, tu te souviens que, comme ça fait dix jours que le temps est pourri, tu as laissé la cire dépilatoire prendre la poussière sur l’armoire de la salle de bains !
Alors, ce n’est pas grave ! Tu remets ça au prochain jour de beau temps et tu enfiles un jean!
La matinée défile. Faut que tu ailles faire un tour à la pharmacie pour acheter un vaccin à Mambo 3…

Et c’est ce truc-là qui va faire basculer toute ta première partie de journée, cette petite course insignifiante qui, si tu ne fais pas gaffe, risque de te transformer en Maléfique (Celle qui, pour le coup, fallait inviter).

Sur le trajet (en voiture), tu tombes sur une conductrice en M*n* qui, je ne sais pas pourquoi n’arrête pas d’appuyer sur son klaxon. En fait, c’est plutôt elle qui est tombée sur toi, vu qu’elle te collait assez pour que tu distingues son blond platine et son brushing tout frais (D’ailleurs, Chérie, si tu te reconnais, une voiture pareille avec une coiffure pareille, ça fait vraiment vulgaire. Si tu veux vraiment te la péter, par pitié sors une Ferrari!)

Effectivement, cette gentille dame t’a bien énervée. D’autant plus que lorsque tu t’arrêtes pour lui demander (poliment, bien sûr) ce qu’elle avait… Pfiouf… Elle a pris la poudre d’escampette, la Fée Clochette !

Ce n’est pas grave. Tu laisses même passer devant toi un conducteur aimable (conducteur d’une caisse bonne pour la casse, comme quoi les clichés…) pour mettre de la distance entre elle et toi, et ainsi étouffer cette pulsion, qu’au final seuls quelques noms d’oiseaux tairont tout à fait !
Tu arrives à la pharmacie. Tu dis bonjour. Et tu tends naïvement au préparateur ta carte vitale, ta carte mutuelle et l’ordonnance datant de six mois d’un vaccin rien de plus banal pour une gamine de six ans… Naïvement et presque sûre de toi, parce que l’ordonnance est bien rédigée, que tu t’y prends pour une fois en avance et que tu t’es rendue exprès dans la plus grande pharmacie de la petite ville… Et là, coup bas, le vaccin n’existe plus… Pire, il n’y aurait pas de produit de remplacement. Il faut absolument joindre le médecin prescripteur pour obtenir son avis… Tu ne te fais aucune illusion… Tu sais bien, au fond de toi, qu’il est plus facile d’avoir les services de la CAF au téléphone un mercredi après-midi que de parler directement à un toubib à 11h00.

Même si tu es perdue, ce n’est pas grave… Tu es désoeuvrée, en vrai car autant dans une parfumerie, si la vendeuse revient de l’arrière-boutique en t’annonçant que la production de ton parfum préféré est arrêtée, tu maitrises… Tu es déçue, mais tu te sentiras totalement à la hauteur pour dire quelque chose comme : «  C’est pas grave, je vais en tenter un autre… » Le truc un peu fou, mais t’assumes… Là, dans une pharmacie… Pour un antalgique, pourquoi pas ! Si demain, on arrêtait la production des anti-inflammatoires, tu oserais peut-être demander du paracétamol ou de l’aspirine à la place ! Pour un vaccin… Alors, tu adoptes la technique du «Tu bouges pas, elle te pique pas ». Tu attends sans bouger, en espérant que tout va bien se passer.
Et pendant que tu commences à rédiger mentalement une dissertation (en deux parties et deux sous-parties) sur le sujet suivant : « Comment le gouvernement peut-il avoir l’affront de vouloir rendre obligatoire onze vaccins, alors que les produits exigés par le calendrier vaccinal actuel sont introuvables en pharmacie ? », le préparateur te sort d’affaire…

Tu rentres à la maison. Tu jettes un coup d’œil à ton téléphone… Appel manqué de la pharmacie. Partie sans ta carte vitale, ton sauveur laisse sur ta boîte vocale un message t’informant qu’il a oublié de te la rendre… Ce n’est pas grave…Tu te dis qu’il vaut mieux y aller tout de suite, tu en profiteras pour aller à la boulangerie parce que, en bonne mère au foyer que tu es, tu as complètement zappé de faire le déjeuner pour les enfants…
Tu vas récupérer ta carte vitale, en scrutant les autres véhicules (si par hasard, tu ne croiserais pas ta nouvelle copine), et tu t’arrêtes à la boulangerie.
Elle est vide. Aucune file d’attente. Tu as à peine passé la porte que la boulangère te demande ce qu’il te faut. Le rêve…Sauf que la machine à rendre la monnaie ne fonctionne pas, que tu n’as pas l’appoint, et que tu sais très bien où est ta carte bleue (justement pas dans ton sac à main!).  La vendeuse essaie plusieurs fois de relancer la machine… Une autre cliente commence à s’impatienter derrière toi…Alors, « Ce n’est pas grave, dis-tu, je vais repartir sans… Je suis désolée. » Tu retournes à ta voiture, qui décide aussi d’éprouver tes nerfs, de faire la capricieuse… Tu lèves le nez et vois la boulangère qui secoue ses bras en grand pour que tu la remarques : la machine fonctionne. Tu vas donc récupérer ta commande en la payant cette fois…

Rien de fluide, rien d’évident…Le commencement-type qui te donne qu’une envie c’est de te cacher sous la couette jusqu’à l’heure du coucher. Et malheureusement tu n’as le temps de te cacher sous cette couette… Comme tout le monde, en fait…Mais ce n’est pas grave, parce que, vous savez quoi ? Il fait un soleil magnifique aujourd’hui !

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