Délice, dans ma bouche,
Quand ma langue te touche.
Artisan d’artifice
-Pain d’épice-

Dingues, mes papilles
Sur ces plis, oscillent
Si le papier tu ôtes.
– Papillote –

Douce à mon oreille,
Or et soie, pareils,
C’est ta peau qui m’appelle.
-Cannelle-

Délire d’initiée,
Par sa poudre nacrée,
À lier mais gourmande.
-Amande-

©Emilie BERD 13 décembre 2018

TEMPS

 

 

 

 

Tant que je ne suis pas mort,
Alors qu’on veut me tuer
Tant que je cours encore…

Si je peux toujours compter…
Puisque je me montre utile,
Même si ce n’est qu’à moitié…

Tant qu’avec moi, au moins,
D’un pas sûr mais de travers
Tout s’en va, l’air de rien.

On me prendra comme je viens…

Tant que je ferai la pluie
Que demain reste la proie
Dont je me repais la nuit.

Tant que j’ emporte le vent,
L’ennui et la rage aussi
Que je suis l’oubli et l’argent.

Au mépris du dilemme
Car ce n’est que suspendu
Que vraiment l’on m’aime,

Jamais je ne serai perdu…

© Emilie BERD 15 novembre 2018

JE VIS DANS L’OEIL D’UN GEANT AVEUGLE…

 

Je vis dans l’œil d’un géant aveugle.
Les ombres s’annoncent en colère
Et les orages dessinent sans bruit
Les toiles orange brunes et claires
Jusqu’au fond de ces pupilles noires.

Mon coeur chevauche, à l’allure de ses rêves,
Le voile pourpre de ses paupières
Aux sillons creusés et bleuis.
Les yeux ouverts aux notes de lumière
Du silence souriant de la lune

Je vis dans l’œil du géant aveugle
Mes sombres forêts imaginaires
Où les ténèbres jouent sous la pluie,
Aux dés pipés, et trichent au poker
Avec des monstres à l’effroi vieilli.

Mon âme s’arrête, aux portes de la sienne
Frêles miroirs, fragiles barrières,
Aux paumelles usées par ses larmes de suie
D’épines blanches et de bras de lierres,
Conquérantes domestiques…

© Emilie BERD 13 novembre 2018

 

OCTOBRE INFIDELE

Dehors, assise contre le mur irradiant, le soir m’avait déjà prise, noir et épais, dans ses bras hâtés mais tendres. Les paupières grises et closes, l’âme à fleur de rêve, assoupie malgré moi, dans ce sommeil d’enfant presque méchant tant il est insouciant.
Je n’avais pas froid.

Quand un soupçon glacé se glissa dans mon cou, caresse exquise et imposée, attention requise par l’apparition terrifiante que je languissais.
C’est à mon effroi que je l’ai d’abord reconnue, car Octobre avait changé… et à ses bras aussi, de ramures, décorés, désormais bien moins bleues que cendres, comme si son sang s’était défilé… Incroyable déesse aux pieds gelés, vision d’horreur adorée…
Elle était là…

L’orage battait le ciel. Les éclairs sauvages lui découvraient parfois la couleur triste des corps que l’on ne convoite plus… Blancs comme la mort…
Elle leva les yeux vers la pluie qui ne tombait pas et je vis des grains de sel sur son visage, des larmes en cailloux qui roulaient jusqu’à ses lèvres humides.
Sa voix rousse entrait en moi.

« Mes nuits se sont allongées sous les draps chauds de la lumière… Enveloppées aux confins des astres, par le soleil, trompées… Blotti, à l’abri, j’avais l’illusion morbide de me donner, entière. Fondue, effacée sans laisser de trace, enfermée à double tour dans ce jeu de passe-passe… Lui, ardent et moi, absente…
De cette alliance funeste est né l’automne noir et miel, tandis qu’un désert rouge se dressait dans ma gorge…
J’ai vu des feuilles aux arbres qui toujours s’accrochent, pour éviter leurs sœurs gisantes en bas, en tas, et aux destins incendiaires. J’ai vu les aubes blêmes, dont les brumes et les boues balbutiantes se sauvaient sous les assauts de leur adversaire. »

Sa main était sur ma joue, ses ongles appuyés un peu…
L’odeur de ses doigts était devenue sucrée. De son poignet, couraient des chutes d’eau dont le débit puissant éblouissait par seconde. Chaîne immatérielle ou déferlante des veines ? Mon souffle était rythmé par ce compte à rebours hypnotique, horloge ou tambour, que mon cœur jusqu’à s’arrêter, entendait bien accompagner.

« Les ombres de juin me rappelaient par endroit le parfum des premiers frimas, et pourtant, elles n’étaient que le miroir sans éclat de mes propres pas… Ivre d’espace, j’ai cru que c’était son corps, alors que ce n’était que le mien qui desséchait sur place.
Mais je sais que l’hiver me suivra encore et de toute façon… Car, par nature, la passion se fout des saisons. »

Le tonnerre s’est calmé, apaisé et avec elle, sa colère disparut…
Un courant d’air vint se prendre dans mes jambes revigorant ma peau grâce à quelques gouttes égarées. Il avait plu.
Je fis un détour pour chercher quelques bûches de bois !
Demain, l’hiver sera là !

©Emilie BERD 17 octobre 2018

Photo personnelle

NUITS D’OCTOBRE

De la fenêtre de ma chambre, j’ai vu, un soir,  Octobre traîner sa longue robe, brume et pluie, le long de ma campagne.
Sa marche est lente, épuisée par le poids de l’ombre qu’elle élève et par le goût de l’eau sale qu’elle crache. Elle avance, sûre, sa mission ad vitam æternam affichée sur ses bras marbrés, découverts et tatoués par l’Hiver, son seul amour… Ici pour l’aider à accomplir sa destinée glaciale, que l’on sait perpétuelle et banale. Mais elle, si elle échouait, elle en mourrait !
Alors, avec soin, elle fait son chemin, enferme la lumière dans des boules de verres, chasse les rires pour les mettre sous pierres.

Je l’observe quelques minutes, brunissant tout sous ses pas. Je la vois dérouler son hémorragie, comme un tapis d’honneur, bientôt piétiné par son amant. D’où vient donc tout ce sang ?
« –Me vois-tu ? »
Elle se tourne vers moi et s’approche lentement ! Je crie « Reste loin de moi ! », mais le son de ma bouche ne sort pas ! Pétrifiée par cette beauté humide qui se révèle au gré des réverbères, sa chevelure rousse dégoulinant à ses pieds.

Ses doigts froids sont déjà sur mes yeux, brandissant le passé bien plus haut que l’avenir… Elle les pose sur ma bouche, désertée par la salive sous l’effet de la frayeur…L’odeur de ses promenades nocturnes glisse de ses ongles à mes narines et je l’entends :
« Dès le premier temps des nuits, du moment où elles virent le jour, me dit-elle, on m’appela, moi la huitième, pour les aider à grandir. Et lorsque je l’ai rencontré, je suis tombée amoureuse de l’hiver et de sa splendeur. Je courais dans l’espoir de nous unir, mais je n’avais pas compris que cette passion dévorante était une impasse. Ne me suit-il pas chaque année ? Il est perdu si je l’attends… 
Ne me lâche t-il pas chaque année ? La solitude est son seul présent ! »

Son discours était secoué de sanglots qui semaient leur lot de sang sur le sol.

« Alors, je prépare sa voie, faisant mon possible pour faciliter son issue…, continua-t-elle, Après toutla feuille de l’arbre meurt plus souvent sur un pare-brise que sur la terre qui lui est promise
Je l’aime ainsi à faire son lit pour que seul il se couche ! Je l’aime encore, sans lui, sans qu’il ne me touche. Pourtant si l’on me donnait aujourd’hui le choix, cela n’aurait rien changé…Car c’est le mois de juin que j’aurais préféré…Voir enfin s’épanouir le jour, voir les nuits blanches de Saint-Pétersbourg, imaginer le bruit de mes larmes sans l’assaut obscure, et donner un sens à mes insomnies grises et stupides qui flétrissent mes voiles comme le temps creuse tes rides…
Profiter du ciel pâle, pour me pâmer, impériale, dans les rues animées ou bien faire l’ermite pour ruminer sur ce monde à la fois petit et sans limite… Laisser à la nuit l’ennui, tendre une corde vers l’horizon et ne jamais m’en tirer. Effacer les saisons et les mois, et moi…m’oublier…»

Silence. Les flots de la mer rouge sont calmés, les pleurs de l’automne arrêtés. Quand j’ai osé regarder autour, il n’y avait plus rien. De la fenêtre de ma chambre, j’ai vu la Terre chercher avec peine un début de clarté, dans un brouillard déjà grisonnant.

Depuis, il me tarde de vivre la première heure noire, de guetter l’apparition, le cœur palpitant devant la probabilité d’un simple mirage…Et l’âme encore pleine d’été consolée à l’idée qu’Octobre aurait pu aimer le soleil.

©Emilie Berd 22/10/2016

 

I WANT TO BELIEVE…

« C’est le cœur tourmenté que je vous écris cette lettre, même si je fais des efforts en surface pour ne rien laisser paraître…
Lorsque j’ai appris cette nouvelle qui, je vous avoue, me glace, j’ai d’abord laissé la place sur mes joues et sur mes lèvres au sillage de mes larmes, pour me laver de ce mauvais rêve.
Et, dans cette tempête, bouleversante et amère, j’en ai beaucoup voulu à ma mère dont les mensonges et l’hypocrisie m’ont écartée du doux chemin de mon enfance. Pourtant quand j’y pense, je m’en doutais un peu… La Terre est immense et vous étiez si vieux !

Il y a des questions à conserver sous clef pour croire aveuglément, mais c’était trop tard, j’avais demandé à Maman et mes illusions se sont évadées comme mes yeux ont fuit !
« Et le lapin de Pâques ? Et la petite souris ? »
Il paraît que l’on peut parfois retrouver la magie, lorsque plus grand, on laisse croire aux petits les mystères de votre existence… Si, désormais mes listes seront bien plus habiles à mettre sous le sapin des cadeaux d’importance, les choses se présentent de plus en plus fragiles…

Cher Père Noël, avec tant de nostalgie, je regarde en arrière et pour tous ces beaux moments que nous avons passés, je jure de garder le secret ! Croix de bois, croix de fer…

Toutes les belles histoires ont une fin, assurément… Tiens ! Je demanderai ce soir, pour le Prince Charmant ! »

©Emilie BERD 5 octobre 2018

Kafka, ça commence bien par un K ?

« – Vous payez sans contact ? »
«  – Oui , dis- je en posant ma carte bleue sur l’appareil…   La carte bleue touche l’appareil et ça s’appelle un paiement sans contact ?»
« – Si on commence à chercher à tout comprendre, on n’a pas fini… »

Pourtant, j’ai passé le reste de la journée mal à l’aise… Parce qu’au fond, on appelle bien un chat un chat, non ?

Personnellement, j’aurais appelé ce mode de paiement autrement… Le paiement sans code : Simple, efficace… Ou un truc classe, en anglais du genre  Serving the pick-pockets , ou comment la modernité rend service au voleur à la tire (souvent à pied, par ailleurs !)

Mise sens dessus dessous par ce sans contact qui n’en est qu’un, j’ai essayé de me faire une raison… Ne m’est-il pas arrivé de payer en liquide sans me salir les mains ? Et même lorsque l’on paie cash, on paie rarement content…

Aujourd’hui, on fume des cigarettes électroniques, l’informatique écrase le libre-arbitre, et on sait que l’univers s’étire alors qu’il est infini…

« Je ne suis plus à ça près. Et qui suis-je donc pour leur faire un procès ? », me suis-je répétée pour me convaincre.

Mais le soir, ma fille de dix ans rentrant du collège, jette son sac dans l’entrée, pour se précipiter dans mon bureau. « Maman, je vais vérifier que j’ai accès aux manuels en ligne ! »

Accès à quoi ???

Aux manuels en ligne…

Rien à voir et aurais-je réellement préféré, avec un éventuel chat incluant un ancien Premier Ministre aux origines catalanes et/ou un actuel Président très attaché au titre de sa fonction…

Un manuel scolaire en ligne…

J’ai toujours été plus scolaire que manuelle, mais là, j’ai toujours pas compris… C’est quoi l’étymologie de ce mot, déjà ???

Je tourne et retourne le tout dans ma tête! Que puis-je faire ?

Sourire en faisant sembler d’avoir compris, pour pas sentir la honte de ne pas être à la page me monter aux joues ?

Serrer les dents devant les donneurs de leçons hypocrites qui agitent leur table de la loi et leurs commandements pour empêcher les autres de jouer de la tablette.

Être un peu à cran, quand les devoirs et les livres scolaires sont en ligne, que les exposés doivent être présentés sur Power Point et que les versions se font sur internet !

Je ne peux pas m’empêcher de penser que l’on se fout un peu de moi, lorsque l’on interdit aux élèves l’utilisation des téléphones portables à l’école alors que l’enseignement scolaire se fait presque sous écran total !

Et je m’interdis de penser à ce qu’il va advenir, pour le peu qu’il en reste, de l’égalité devant le service public…

C’est vrai, si on commence à chercher à tout comprendre, on n’a pas fini… En attendant, ce que je sais, c’est que Kafka, ça s’écrit bien avec un K, et Bon ça s’est jamais écrit avec un C…

© Emilie BERD 4 octobre 2018

Sources GIFs : giphy.com

Mon fils, c’est le meilleur !

Mon fils, c’est le meilleur ! Il est grand, il est beau, il est fort et (ce qui n’enlève rien), il est intelligent ! Et je ne dis pas ça parce que je suis sa mère !
L’idée même de l’avoir enfanté me dépasse…Comme lui aujourd’hui ! Lorsque je le vois, je me demande comment j’ai fait ça… C’est vrai quoi ! Il y a douze ans, c’était une crevette. Prématuré, léger, une plume… Il tenait dans le creux de mon coude !
Aujourd’hui, lorsque j’enroule mes bras autour de lui et que je pose ma tête sur son épaule, je n’ai plus besoin de plier les genoux et je sens qu’il est déjà prêt à me soutenir. J’avale mes larmes dans un sourire, lorsque j’entends sa voix d’enfant disparaitre sous des accents mâles, graves, encore hésitants mais certains de l’emporter…
Ou quand j’aperçois juste au-dessus de ses lèvres, cette ombre qui se dessine en trompe l’œil…
Je vois dans ses mouvements l’homme qu’il devient, sûr de lui et serein… À chaque fois, je suis surprise !

Mon fils, c’est le meilleur ! D’ailleurs, de plus en plus souvent, il me donne son avis, d’une constance étonnante, qui se résume à « Mais qu’est-ce que tu t’en fiches ! Arrête de te prendre la tête ! »
Je demande rarement un conseil à un enfant de douze ans, mais ayant la vieille habitude (ou habitude de vieille) de parler à haute voix, il s’aventure à me répondre.
Si je suis fâchée contre lui, il s’approche de moi en me disant « Fais- moi un bisou ! ». Et si je suis inquiète parce que j’ai fait quelque chose de mal, il me regarde, taquin, « Ma mère, c’est une thug ! »

Mon fils, c’est le meilleur ! Comme beaucoup de mamans, je pourrais justifier ce jugement par une grossesse difficile…Vous raconter mes déboires pendant six mois, alors qu’il partageait mon ventre avec une tumeur d’une taille incroyable… Heureusement (pour vous), au bout d’un moment, on oublie… La douleur et l’angoisse, non. Les détails, oui… Y a pas à s’inventer d’histoires ! C’est seulement un état de fait : L’amour maternel est sans condition !

Aucune

Enfin, jusqu’au jour où, ça commence ! Cette fameuse crise d’adolescence ! Ok, je n’en suis qu’au début ! Ok, la communication n’est pas rompue ! Mais sérieux ! Je suis limite à envoyer une lettre à la mienne de mère, pour lui présenter des excuses !!!

C’est quoi ce truc ???

Je ne sais pas ce que je préfère, en fait :

D’abord, le mètre soixante-dix est devenu sourd… Je ne vais pas me précipiter pour prendre rdv chez un ORL non, non… Je ne m’inquiète pas vraiment pour son audition, il est juste passé en mode « balec ». Le mode « balec », il est hyper tendance chez moi, à un point tel que je me demande pourquoi je ne l’ai pas utilisé moi-même… C’est brillant, parce que simple ! Pas besoin de boules Quiès, ni d’écouteurs… On te pose une question, tu ne réponds pas ! On te répète la question, tu ne réponds toujours pas ! À mon époque, lorsque j’étais jeune, on appelait ça « mettre un vent », mais ça ne se dit plus… Aujourd’hui, on met des « clash » ou on ne fait rien, à cause des restrictions budgétaires ou d’économies d’énergie, je suppose…

Pour varier un peu et tromper l’ennemi, il y a un mode « balec » disons plus concerné :« Ouaih ! Ouaih ! T’inquiète ! » 99 fois sur 100, ça passe crème ! L’agresseur, désespéré, s’est occupé de tout, toute seule tout seul…

Le mètre soixante-dix se lève de son pieu pour se croûter direct sur le canapé, genre « J’ai trop dormi, je suis crevé ! » Attention !!! Il ne se précipite pas sur la PS, ou sur son téléphone… Il se réveille et il l’est vraiment, fatigué !

La variante ici, c’est le rituel : « J’en-ai-marre- ça-me-saoule- j’ai-la-flemme »

Et c’est là où le mental joue… Parce que devant la vague phénoménale des « Fous-lui-un -coup-de-pied-au-cul » qui te submerge, tu fais bloc ! « C’est hormonal ! C’est hormonal ! » Et, parce que tu as beau faire, tu n’es pas un ange, tu penses à sa future femme pour rire un peu !

Mais le mètre soixante-dix, c’est mon fils… Alors même s’il me demande d’aimer ses photos sur Insta, parce que, ça lui fait plus de likes et que personne ne sait que je suis sa mère (« Ben si, Maman, like, steuplé ! C’est pas grave ! Ils savent pas que tu es ma mère, c’est pas ton vrai nom !), je ramasse mes dents et avec ce qu’il m’en reste, je lui fais un grand sourire !

Parce que voyez-vous, mon fils… C’est le meilleur !

©Emilie BERD 26 septembre 2018

Publié avec l’autorisation expresse de Mambo One

Sources GIF : Giphy.com

MON RÊVE

Je t’ai rencontré dans cette heure de miel tendre à laquelle l’aube tend la main pour inviter le teint à s’allumer. Tu sais, lorsque l’esprit tente de se noyer dans les remous amoureux de l’ombre… Je te vois dans ces moments de luttes inégales : incandescent.

Mon corps reste immobile dans l’espoir fou de plonger, de se prolonger dans le mystère de ses propres méandres et de s’y perdre enfin, car là c’est déjà si loin que ni la soif ni la faim ne parviennent à s’y rendre. Et tu es là, jusqu’à ce que le réveil, cruel, pointe au matin et que s’enchaînent les temps gris et moites, à l’odeur sombre du chagrin.

Je te vois encore dans l’instant brunissant où les yeux frissonnent de sommeil derrière les paupières bleuies par leur tâche régulière. Tu sais, lorsque tu apprends à marcher à l’amorce de mes nuits… A la seconde où tu tâtonnes, où tu prends appui…Juste avant que tu ne t’élèves et prennes l’horizon tout entière.

S’échappant et filant sans fin, tes brumes se posent sur ma bouche. Elles répandent leur beauté d’épouvante, évanescente et absolue. Il n’y a plus d’hiver, plus de vent…Rien ne bruit. La chaleur sur ma peau respire sous ton hâle de printemps qui m’enveloppe. Et même si tu sais à quel point je suis morte, tu me transportes et me soulèves, mon Rêve.

©Emilie BERD 17/03/2017

SEPTEMBRE

L’été qui se termine, ça fait penser à une fin d’histoire d’amour… Tu t’y attends et pourtant ça fait bizarre, toujours…

Avec le mois de septembre en prime, humide, ravageur budgétaire, et torpilleur du moral…
Tu aimerais bien traîner un peu la patte, mais même pour une procrastinatrice confirmée, c’est de la haute-voltige, du saut en chute libre… Ce n’est pas possible.

D’abord, il fait gris, un gris si sale que même la pluie hésite à tomber… Chez les températures, en tout cas, aucun flottement. Tu te retrouves à retourner les armoires, pour mettre la main sur un pauvre jean et un gilet dans lesquels, de toute façon, tu ne rentres plus… Car, oui, aujourd’hui, dans le miroir, tu vois les Aperol Spritz des soirées de juin que tu dégustais en te disant que, « après tout, c’est les vacances »… Tu vois les frites que tu dévorais quand tu étais en voyage, parce que là où tu étais, ils ne connaissent pas la baguette, et l’amour (et le manque) rendant aveugle, tu t’es dit que, « après tout, les frites remplaceront bien le pain ».
Tu essaies de reprendre le dessus… Ces bourrelets là…C’est un peu comme une carte postale que tu te serais envoyée à toi-même, ça reste des souvenirs…

Mais une fois sortie de ta bulle, c’est encore une autre affaire : ça se bouscule dans l’essaim, ça bourdonne, ça bouchonne et contre cette effervescence, tu ne peux rien… Tu contemples, effarée… Tu ne peux même pas participer parce qu’en vraie flemmarde, tu avais tout prévu, avant mi-juillet. (Je fais partie de ces personnes qui, à défaut d’adaptation, passent leur temps à anticiper… Alors quid du temps présent, me direz-vous ? Mais c’est un autre sujet.)
J’entends déjà les « oui, mais toi tu as le temps… Tu ne travailles pas… ». Pourtant, cela n’a rien à voir avec l’idée terrorisante d’aller dans un supermarché le week-end précédant la rentrée ! Rien à voir avec une sorte de méfiance viscérale à l’encontre de cet instinct grégaire qui nous pousse à faire tous la même chose, en même temps, dans une Communion célébrant la beauté de l’espèce humaine. Pour preuve, je vais souvent faire les courses de Noël, le 24 décembre ! C’est surtout que si je ne frappe pas le fer tant qu’il est chaud, je me connais : mes enfants iraient en classe avec un sac Leclerc ou au mieux Super U, en guise de cartable. Je ne peux pas leur faire ça. En plus, l’ainé est plus grand que moi, à présent. Faut que je fasse gaffe…

Du jour au lendemain, tu changes de planète. Il est vrai que le mois d’août n’est pas le plus bouleversant. Pour le coup, avec trente et un jours de suite qui ressemblent tous, de près ou de loin à des dimanches, c’est clair que septembre, tu le prends en pleine face, direct et sans sommation… Une boule te monte à la gorge et tu n’as plus qu’une envie, c’est de regarder encore une fois et le plus vite possible « Seul sur mars ».
Tout se presse ! Tout va plus vite ! Sauf sur la route, évidemment…Ce n’est pas tant le fait de conduire au pas qui dérange :  depuis le 1erjuillet, tout le monde roule à 60km/h. C’est juste étonnant… À croire qu’on a organisé un programme d’accélération du changement climatique dans la nuit du 31 août au 1erseptembre, et que tu n’étais pas au courant…
En réfléchissant un peu, tu aurais pu te douter que quelque chose se tramait. Depuis une petite semaine, l’ambiance est électrique à la maison. Y a un parfum qui traine entre le trac et l’excitation… Les enfants se précipitent et palpitent. La petite fait et défait son sac, pendant que les deux grands se demandent comment s’habiller le jour J.

L’émotion palpable dans l’air alors que l’aventure se meut et s’avance jusque dans leurs rêves pour leur donner envie.
Envie de revoir les copains, de s’en faire de nouveaux, de voir à quoi ressemblent les professeurs.
L’été qui se termine, c’est une nouvelle année qui commence. En plus, l’hiver est encore loin. Et puis, va savoir… Peut-être que l’été, il se cache juste en attendant de jouer avec l’automne aux cows-boys et aux indiens.

©Emilie BERD 1erseptembre 2018