En pause (ou en panne)!

Celles et ceux (:D) qui me lisent auront remarqué (ou pas) que depuis quelques temps, je laisse mes petits cahiers en friche… Le caractère hautement confidentiel de mon blog me permet d’habitude d’éviter les annonces « En pause ». Le blog a son propre rythme, sa discipline irrégulière au gré de mon inspiration et de la lutte perpétuelle contre mon penchant à la procrastination (parce que si la procrastination était à l’écrivain ce que l’inspiration est à sa plume, je peux vous dire que Stephen King n’aurait qu’à bien se tenir!).

Donc, en pause pour les vacances ou en panne d’imagination, jusqu’à présent, cela m’importait peu… Mais, en ce moment, le blog vivote…Et c’est moins ma fréquence de post que ma difficulté à vous lire qui me gêne…

Il y a trois mois, j’ai décidé de participer à un concours de nouvelles dont l’échéance était le 15 mai…Et l’échéance dépassée, j’étais seule devant cette date à analyser les jours passés pour comprendre ce qui m’avait empêché de participer…

Il y a deux mois, j’ai décidé de participer à un concours de poésie dont l’échéance était le 31 mai…Et l’échéance dépassée , je suis seule devant cette date à me demander ce qui s’est passé (D’autant que les concours de poésie ont moins d’exigence en matière d’originalité que les concours de nouvelles…Du genre, j’avais qu’à prendre deux heures pour piocher dans la rubrique « poésie » du blog et envoyer l’heureux élu… Mais non, c’était certainement trop dur pour moi…)

Il y a peu (un mois déjà) j’ai décidé de participer à un concours d’écriture dont l’échéance est le 14 juin (La Nouvelle George Sand).

Évidemment, lorsque les idées me viennent, je pense, naïve et blonde que je suis, pouvoir mener tout de front, c’est-à-dire étendre mon linge et établir le plan de ma nouvelle, laver le sol tout en écrivant un petit poème, et travailler mon inspiration tout en passant la chevelure de Mambo 3 au peigne fin (Là, pour le coup, c’était une fausse alerte ! Mais bon, les poux me prenant facilement la tête, je n’ai pas pu résister à évoquer ici cet épisode !). Et le résultat est troublant de vacuité… Parce que, et vous le savez tous, les contours ne suffisent pas à dessiner des histoires…

Aujourd’hui je sais que si je ne m’y mets pas franchement (au moins juste un peu pour semblant), cela sera ma énième participation imaginaire à un concours bien réel.

Ainsi, pour essayer d’envoyer un texte (corrigé et surtout correct) à l’échéance, et aussi pour le plaisir de citer mon ami Mind The Gap, « le bar est fermé » jusqu’au lundi 19 juin. Je vous tiendrai au courant…Enfin, pas d’affolement, à ce jour aucun des textes que j’ai adressés à un  concours quel qu’il soit n’a été retenu. Et de celui-là je n’attends guère plus… Pour autant, si en envoyant un texte, la chance qu’il soit retenu est proche de 0%, elle l’atteint sûrement et strictement si je n’en envoie aucun! C’est donc sur cette pensée du jour que je vous abandonne jusqu’au 19 juin 😀

Bisous à tous

Emilie

Quand le silence fait plus de bruit
Qu’une explosion ou que des cris…
Quand l’espoir trop pâle ne luit
Qu’à la faveur d’un cierge bien gris…
Quand le corps a perdu l’esprit,
Que la honte fige les atomes,
Quand la haine devient sans-abri,
Les entends-tu les fantômes?

Quand, seule, la douleur survit
Au milieu du sang et du verre,
Quand la déchirure grandit,
Qu’elle en étrangle la colère,
Quand les mots ont déguerpi
Devant la cruelle vendange,
Quand l’amour même en vomit
Dis-moi, entends-tu les anges?

(c) Emilie BERD 23/05/2017

CREPUSCULES

Cassés, sans illusion, les faisceaux s’abaissent…
Tombent les rideaux, d’une pesanteur docile.
Le ciel sous perfusion signe sa détresse
Montent les flambeaux, à la lueur fragile.

Les larmes asséchées par l’éclat du jour
Laissent des traces salées d’eaux  et d’ennui.
Du réglisse effilé s’enroule tout autour,
Garde l’audace prisonnière de sa nuit.

L’horizon se perd dans les ombres anthracite
Mime le soleil de ses fumées orange.
Les nues et les couleurs des draps qui le quittent
Tisseront au réveil un puissant mélange.

Entrée par effraction, violant les persiennes,
Soulève les arceaux, et la splendeur luit !
Cernant sans condition la Terre qui est sienne
Fond l’or sur la peau. Et la lumière fuit !

©Emilie BERD 10/05/2017

LA CHAINE ET LE RÉSEAU

La chaîne un jour dit au réseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la conjoncture
Une élection pour vous est un lourd fardeau
Le moindre fake qui d’aventure
Se glisse, même pataud,
Fait tourner toutes les têtes :
Cependant que mon écran, à la stase pareil,
Non content de suspendre les esprits en éveil
Les laisse plats comme une carpette.
Tout vous est tourbillon, tout m’est soupir
Encor si vous naissiez à l’abri des commérages
Vous n’auriez pas tant à médire :
Loin de tout ce qu’on propage.
Mais vous naissez le plus souvent
De ouï-dire et de stupides cancans.
La méthode envers vous me semble bien injuste.

Votre compassion, alors que vous vous tapez l’incruste,
N’est pas sincère ! Quittez ce raccourci.
La rumeur m’est moins qu’à vous redoutable
Je tisse, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre ces bruits épouvantables
Résisté à tous les assauts
Mais attendons la fin. » Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt une furie
Le plus terrible des enfants
Que la maison eût abrités jusque là et pour longtemps.
D’un geste las, la chaîne éteignit,
Saisit la tablette sans effort
Et fait si bien qu’il chemine
Sur celui dont la lumière bleu fascine
Et dont les racines n’ont ni fond ni bord.

©Emilie BERD 05/05/17 avec l’aimable collaboration de Jean de La Fontaine 😀

Voici l’original

LE CHÊNE ET LE ROSEAU

Le Chêne un jour dit au Roseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.

Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. « Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts.

Jean de La Fontaine

LA VALSE DES VOLETS

Le matin, les bras ouverts,
Grand comme la Terre entière,
Pour inviter la lumière
A respirer au travers
Des vitres froides en verre,
Des briques, de la peinture
Qui s’écaille sur les murs,
Gorgés de la pluie d’hiver.

Un vie-à-vie plein d’amour,
Visa sans réserve ni frais:
« Venez donc, mais si entrez ! »
A tous les rayons du jour.
Et ils virent au quart de tour
Alors que la vue se noircit…
Ils découvrent les jalousies
Grincent de leurs destins lourds…

Car le soir, les yeux bien clos,
Délivrés de ce va-et-vient,
Rabattus, et libres de rien,
Ils évaluent leur fardeau.
Ils attendent, verrouillés,
La veilleuse vacillante
Et son ombre effrayante
Qui chante un peu puis se tait.

Tous, des fermes aux écoles,
Si le vent les faisait claquer,
A débloquer gonds et crochets
Et à entamer leur envol.
Ne plus entendre condamnés,
Le silence de la demeure,
Le son d’une maison qui meurt,
La maison aux volets fermés.

©Emilie BERD 03/05/2017